L’écologie, c’est suivre le chemin du bonheur : Entretien avec Jean Bédard, fondateur de SageTerre

Texte | Ananda Dubé-Gauthier

Qu’est-ce que SageTerre ?

SageTerre est une FUSA (fiducie d’utilité sociale agricole) fondée par Jean Bédard et Marie-Hélène Langlais. C’est un patrimoine insaisissable entièrement consacré à une mission, indépendamment du jeu de la propriété. Les bénéficiaires généraux sont les citoyen·ne·s, qui doivent surveiller le capital du patrimoine.

SageTerre appartient donc à une mission, à perpétuité : le développement de l’écologie, dans toutes ses dimensions. Tous les projets de cette FUSA convergent vers l’écologie, que ce soit un projet artistique, scientifique, philosophique, agricole ou social, pour rendre la nourriture plus accessible, par exemple.

À SageTerre, le terme « conscience » est très présent. C’est une composante nécessaire au développement et à la transition socioécologique. Est-ce que vous pouvez développer là-dessus ?

Lorsque l’on parle de patrimoine, on parle de celui qui est physique, mais il y a aussi le patrimoine spirituel, le développement de l’esprit, de la philosophie ; une sorte d’intangible, d’expérience de la conscience. Et ça, on ne peut pas y arriver par un cadre moral qui dicte des interdits et des permissions sur ce qui est écologique de faire ou non. Chaque fois que nous avons agi comme cela dans l’Histoire de l’humanité, ça nous a nui.

C’est pour cette raison qu’à SageTerre, on mise plutôt sur la notion de conscience, de vision de la réalité, sur l’éducation, sur faire l’expérience de ce qu’est une plante, un animal. II y a des immersions en forêt et dans les jardins afin que les gens puissent faire des expériences de conscience, de prise de conscience affective en fait.

Ce n’est donc pas une écologie sortie de l’expérience concrète, car dans l’expérience concrète, nous prenons conscience de quelque chose. La conscience étant toujours affective, nous finissons par aimer les plantes, par aimer les écosystèmes, les marais avec leurs oiseaux et leur diversité. Et cette préservation se fait par l’amour. Il faut aimer les écosystèmes parce que la base du comportement, c’est l’amour, pas les règlements.

Photo | Nicolas Paquet

Le collectif est une composante importante du projet SageTerre. En quoi le collectif, tel que vous le voyez se déployer sur votre ferme, fait-il partie des solutions à la transition ?

En fait, on doit parler au sens de communautarisation, soit d’avoir le sentiment de faire partie d’une communauté. Si tout le monde se construit une maison écologique, avec des moyens écologiques, une voiture électrique, une petite serre personnelle, donc son petit système écologique personnel, nous aboutirons à une impasse évidente d’un point de vue économique et social, car il n’y a rien de moins écologique que plusieurs petits systèmes indépendants les uns des autres. Les rivières, les lacs, le vent et les nappes phréatiques n’obéissent pas à ça ! Parce que justement, l’écologie est nécessairement globale et communautaire.

Nous devons apprendre entre communautés à nous parler, à nous connaître, à nous comprendre et apprendre à nous articuler ensemble. Nous n’avons pas le choix. Il faut donc apprendre à vivre en réelle démocratie. Pour cela, nous devons commencer par la sociocratie. C’est le premier pas, le plus difficile, mais une fois que c’est acquis, on peut aller vers la démocratie, entrer dedans et dire comment nous allons l’influencer. Nous n’avons pas besoin d’être conseiller·ère municipal·e. Il y a un million de manières d’influencer notre collectivité ; il faut seulement trouver la sienne. Toutefois, l’influence doit être locale. Il y a plus d’impact lorsque nous influençons 100 personnes localement que 100 personnes sur les réseaux sociaux dispersées sur le territoire.

Photo | FranCdoc

Par quoi commence-t-on quand on veut faire partie du changement ?

D’abord, nous éduquer à la sociocratie et commencer par participer au changement au meilleur de nos capacités, à influencer notre communauté avec nos moyens. La Rumeur du Loup en est une, si on la prend comme exemple. Ça change le monde, et c’est plus fort que l’on pense. Il faut miser sur la qualité, c’est ça l’important. La joie de vivre d’une personne a beaucoup d’importance aussi, car elle influence les autres autour, c’est contagieux.

Pour en découvrir davantage sur les FUSA, visitez le site de Protec-terre, services d’accompagnement pour les FUSA.

Photo (gauche) | François Pesant
Photo (droite) | Nicolas Paquet
Photo | Nicolas Paquet

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