L’école du XXIe siècle

Texte | Hubert Cotton
Photo | Sara Dumais-April

Les enfants du primaire ne sont-ils et elles pas un peu jeunes pour la pratique éducative entrepreneuriale ? Un rapide coup d’oeil au dictionnaire nous informe que le mot « entreprise » est synonyme d’« action » et d’« oeuvre ». OK. Il n’est pas du tout question d’argent ici !

Pas non plus question de gagner des concours à tout prix. Certes, remporter le volet régional du défi OSEntreprendre en 2018 a comblé les élèves de sa classe de l’époque, mais David Lord soutient que sa pratique éducative dépasse le concours. »

Enseignant d’une classe de 1re et 2e année, M. Lord travaille de concert avec Mme Lavoie, enseignante de la classe de 3e et 4e, pour faire profiter de cette façon innovante d’enseigner à tou·te·s les jeunes de l’école Clair-Matin à Lejeune. En fait, ces professeur·e·s pratiquent une forme d’enseignement conjoint dans une seule grosse classe du primaire.

La vision de la pratique éducative entrepreneuriale consiste à fournir des intentions réelles aux productions afin de faire naître un engagement de la part des élèves. À partir d’une problématique, les enfants soumettent des solutions, ciblent leurs forces et intérêts afin de mener à terme un projet. Plusieurs compétences du programme touchant l’ensemble des matières sont développées dans ces contextes réels. L’école traditionnelle est bel et bien révolue à Lejeune.

L’organisation des deux complices repose sur une « ruse pédagogique ». Cette ruse revient à exposer les enfants à plusieurs situations pour qu’ils et elles en viennent à une production au bout de ces apprentissages. Leur rôle ne consiste alors qu’à les accompagner et à les questionner pour faire avancer leur travail, tout en tricotant l’horaire sans arrêt puisque cette façon de faire demande beaucoup de flexibilité.

Voici un exemple concret d’un projet récent de cette école à vocation artistique (la musique, le cirque et l’art dramatique y sont enseignés). Les élèves sont d’abord sensibilisé·e·s à des contes et légendes en « français ». En « éduc’ », les élèves font du cirque. En « arts dram’ », ils et elles voient le théâtre d’ombres. Résultat ? Les élèves choisissent de monter un spectacle en totalité. Ils et elles créent une légende, des décors, une mise en scène inspirée du théâtre d’ombres, avec des entrées inspirées du cirque. Les enseignant·e·s spécialistes collaborent au projet, tout comme les parents. « Oui, le processus est plus long, confirment les deux profs, mais les choix viennent des élèves. »

Ce travail reposant sur l’action des élèves permet plusieurs observations révélatrices. Les grand·e·s de 4e aident les petit·e·s de 1re avec une bienveillance fraternelle. Les rôles traditionnels éclatent ; d’elles-mêmes, des filles s’impliquent au travail manuel, tandis que des garçons rédigent des lettres de sollicitation avec un engagement pour le français rarement vu. Les frontières de l’école ou celles qui séparent les rôles professionnels et personnels tombent parce que les parents s’impliquent, à la demande de leurs enfants. M. Lord rappelle qu’à la base de l’enseignement, le lien d’attachement est fondamental. Quand la classe se transforme en une communauté en action, des liens sont tissés tous les jours.

En même temps, cette classe-là, le lieu même, n’est pas non plus classique. C’est une classe flexible où la mobilité est encouragée, où différentes façons d’apprendre sont permises. Le résultat de chaque projet est célébré pour gonfler le sentiment de fierté.

D’ailleurs, parlant résultat – assoyez-vous bien –, aucune note chiffrée n’est communiquée aux enfants, même si bien sûr, pour l’administration et les parents, une notation littérale est donnée. Ce principe permet une autoévaluation beaucoup plus forte chez les enfants. Ils et elles deviennent plus conscient·e·s des défis à relever propres à leur cheminement.

Alors non, les présentations ne sont pas parfaites à l’école Clair-Matin. Mais elles sont significatives parce qu’elles proviennent des enfants, de leur entreprise. Force est de constater qu’avec les conditions d’apprentissage dans lesquelles David Lord et Stéphanie Lavoie placent les jeunes, ceux-ci et celles-ci rencontrent des défis, progressent à leur rythme et s’enrichissent à tous les coups.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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