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Le semeur de bonheur

Marcel serait gêné, mal à l’aise. Il se demanderait ce qu’il a fait pour mériter une telle attention, une couverture dans les pages d’un magazine culturel, lui qui menait, disait-il, sa petite vie. Mais quelque part au fond de lui-même, il serait en même temps fier. Et il rougirait en essuyant aussi probablement quelques discrètes larmes… Si Marcel Caron était aimé de tous, c’est que toute sa vie, il nous a marqués en étant lui-même. N’est-ce pas ce qu’il y a de plus difficile de nos jours ? Être soi-même ? Marcel était inspirant. Et il a inspiré plusieurs d’entre nous. Beaucoup.

Il jouait avec moi le rôle de celui qui admire le personnage médiatique que je suis. Et l’on en riait mutuellement. Reste que lorsqu’il a eu son commerce sur la rue Lafontaine, jamais je n’ai été capable de payer une seule pâtisserie, un seul café. « Monnnsieur Larouche, mais c’est un honneur de vous recevoir en ces lieux », disait-il en me saluant de l’un des grands salamalecs exagérés dont il avait le secret. Il laissait devant la caisse l’argent que j’insistais pour lui laisser. « Ça servira à ceux qui en ont besoin », ajoutait-il. Et j’en ressortais le sourire aux lèvres, comme toutes celles tous et ceux qui croisaient son chemin. Marcel Caron était un semeur de bonheur. Ce sourire, on le retrouvait chaque fois qu’il nous accueillait au Vrac. Un sourire franc, honnête, un tantinet cabotin. Jamais il ne faisait semblant. Avec Marcel, on se sentait important. Toujours. Il prenait le temps de nous écouter, de s’informer. Intéressé, jamais pour la forme.

Acteur dans l’âme
Nous avons ensemble joué dans Le Reliquaire et Médée, deux pièces de théâtre réalisées par l’École de théâtre Françoise-Bédard. Il adorait jouer et mettait du coeur à peaufiner ses personnages dans une atmosphère toujours agréable. Au sein de la troupe, il savait désamorcer les petits problèmes comme personne. Savait-il alors tout le bien qu’il faisait ? Je suis arrivé à Rivière-du-Loup il y a plus de 30 ans. Je n’arrive pas à me souvenir à quel moment je l’ai connu. Il me semble qu’il a toujours été dans ma vie. Il me devinait, à tel point que lorsqu’il me demandait si j’allais bien, je voyais dans son oeil qu’il devinait. Et la confidence s’installait. « Bof », répondait-il, ricanant et regardant en l’air. D’un grand geste du revers de la main, il ajoutait : « Oublie donc ça. » Et j’oubliais.

Jamais il ne m’a parlé de ses problèmes à lui. J’imagine que c’était la même chose avec tout le monde et c’est certainement l’une des raisons pour lesquelles la communauté a été si choquée en apprenant sa foudroyante maladie, puis son décès. Personnage plus grand que nature, Marcel Caron était de la trempe de ceux que l’on considère comme éternels, qui ont toujours été et ne peuvent pas mourir. Il avait la classe et l’attitude de ceux qui restent. Et c’est la raison pour laquelle il restera en nos coeurs.
Éternellement. Salut, mon ami.

Marc Larouche


Crédit photo François Gamache, Collection privée Marc Larouche

À propos Marie-Amélie Dubé

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Un commentaire

  1. J’ai lu plusieurs hommage au sujet de Marcel….ils sont tous si vrais dans la description et la perception ainsi que l’émotion que suscitait Marcel.
    Marcel tu me manques et je pense que tu nous manquras à tous à cause du réconfort, de la joie, du bien être que tu nous apportais . Jamais je ne n’oublierai. Merci .

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