Le Rendez-vous des Grandes Gueules a vingt-cinq ans

Texte | Gabrielle Ayotte Garneau
Photo | Valérie Lavoie

Wow! Vingt-cinq ans ! Lorsqu’on parle de la fête d’une personne, on aime rappeler qu’il s’agit d’un quart de siècle ; on parle de la vie adulte, des responsabilités, du marché de l’emploi et même d’enfants ! On dit aussi : “ Ah ! La belle jeunesse ! » ; “ On est encore bien en forme à 25 ans, il faut en profiter ! » Qu’estce qu’on va dire pour parler de la fête d’une fête ? La belle jeunesse ? Le quart de siècle ? Pour un festival de contes, je pense qu’on peut dire que 25 ans est un âge vénérable ET que le festival est dans la fleur de l’âge ! N’est-ce pas magnifique ? On peut en dire des affaires… On a toujours aimé ça les grandes gueules par ici de toute façon.

UNE PETITE GENÈSE DU FESTIVAL POUR COMMENCER

Il y a 25 ans, un jeune fou s’est mis dans la tête de faire un premier festival de contes à Trois-Pistoles. À cette époque, les événements du genre étaient peu nombreux, et ceux loin des centres urbains de Montréal ou de Sherbrooke, inexistants. Surfant sur l’inspiration du renouveau du conte au Québec, vivant la révélation des légendes pistoloises, bénéficiant d’un esprit fertile, il a poussé son projet dans la direction des réalités.

Comme si cette idée n’était pas déjà suffisamment saugrenue, l’énergumène de génie a convaincu le forgeron Bérubé que l’événement ne pouvait être ailleurs que dans sa forge. Ainsi est né, en 1997, le premier Rendez-vous des Grandes Gueules à la Forge à Bérubé. Maurice Vaney, l’homme aux idées folles, en est le fondateur et en assure la direction artistique depuis le quart de siècle.

Dès sa tendre enfance, le festival s’est lié d’amitié avec les écoles de la région pour offrir des spectacles privés et adaptés aux groupes scolaires du primaire et du secondaire. C’est lors de sa première année qu’il a également offert le Concours de la plus grande menterie, premier du genre au Québec. Dès le départ, Hydro-Québec s’est aussi embarquée dans la folie et a choisi de soutenir le bébé festival. D’autres partenaires ont emboîté le pas avec le temps, bien sûr, parce que plus on est de fous·folles, plus on rit !

Avec le temps, les folies se sont ancrées ; il fallait créer une structure pour les consolider. Ainsi est né, en 2000, l’organisme à but non lucratif Les Compagnons de la mise en valeur du patrimoine vivant de Trois-Pistoles. Fier porteur du Rendez-vous des Grandes Gueules, l’organisme s’est aussi montré acquéreur de la forge lors de sa vente, à la même époque.

Plus solide et plus mûr, le festival a pris de la bedaine vers ses cinq ans. Il s’est déployé partout au Bas-Saint-Laurent (en trichant un peu en Gaspésie et dans Chaudière-Appalaches) avec son volet le Rendez-vous s’épivarde. Plusieurs partenaires de diffusion se sont donc ajoutés au projet, permettant ainsi d’offrir une vaste accessibilité au conte à une diversité de publics. C’est qu’il prenait ses aises, le jeune Rendez-vous des Grandes Gueules !

L’événement s’est fait connaître par les conteurs et conteuses du Québec, du Canada, du monde. Sa réputation n’est maintenant plus à faire ; les plus grands artistes veulent y passer, y revenir, s’y retrouver. Et les retrouvailles s’y font de gaieté de coeur grâce au fameux Café des conteurs qui prend le nom du Café des Grandes Gueules cette année. Ce lieu de rencontre, d’échange, d’agapes et de fête est le parfait rendez-vous (!!) des conteurs et conteuses, des bénévoles et du public. Accessible et chaleureux, ouvert et festif… 24 années d’anecdotes et d’histoires pas possibles pourraient être racontées… ou peut-être pas !

Le Rendez-vous des Grandes Gueules aime les paroles, les mots, les histoires, les récits, et surtout, il aime la richesse et la diversité de ceux-ci. Maurice Vaney s’est toujours donné comme point d’honneur d’offrir une programmation étoffée de cultures variées. Déjà, dès la naissance du festival, des artistes européens et africains offraient leurs paroles aux murs de la Forge à Bérubé, et bien sûr, à un public lui aussi tout jeunot. Au fil des ans, ce public émerveillé a découvert des artistes des Premières Nations, de l’Acadie et du Canada francophone en plus de développer ses connaissances des différentes formes de conte. Toujours à la recherche de paroles qu’on entend trop peu dans l’espace public, le Rendez-vous des Grandes Gueules a tenté, dès le départ, de faire une place sur scène aux paroles inaudibles.

Le festival a offert et offre encore des scènes aux artistes émergent·e·s, aux nouvelles créations, aux projets contemporains, à la poésie, aux idées folles, toujours… Il a été le premier à offrir la scène à une relève en pleine éclosion, crinquée à l’effervescence de la contre-culture, à encourager l’émergence de nouveaux territoires de création tout en suivant les pas des premiers arpenteurs de notre imaginaire. Encore aujourd’hui, le Rendez-vous des Grandes Gueules se renouvelle, s’actualise et reste dans le vent ! Faut dire qu’au Bas-Saint-Laurent, le vent, ça nous connaît. “ Ah ! La belle jeunesse ! »

Ce qu’on a envie de raconter par ailleurs, ce sont tous les souvenirs, les grands moments, les petits comiques, les émotions, les transformations, la transmission, la passion, les rires, les gens. Jamais il n’y aura suffisamment de pages dans une Rumeur du Loup pour les contenir tous ! Jamais il n’y aura assez de mémoire vive dans une seule personne pour nous les rappeler tous.

Les artistes qui viennent au festival depuis plusieurs années vous parleront sûrement de l’ambiance : de la chaleur de l’accueil, de l’odeur de la Forge à Bérubé, des repas “ comme chez grand-maman », du fleuve qui se met toujours sur son 31, des soirées longues et belles et festives… Il·Elle·s vous raconteront leur premier spectacle à Trois-Pistoles, vous parleront de cette représentation qui “ cassait » une nouvelle création. Les conteur·euse·s vous parleront de la confiance reçue pour une proposition déjantée, de l’accueil réservé à leur travail.

Les membres de l’équipe des Compagnons pourront parler de l’excitation qui monte tout au long de l’été avec l’organisation de l’événement, de la fierté de voir les yeux plein d’étoiles des festivalier·ère·s, de la sensation du vent dans le toupet quand il faut courir partout, du flair de Maurice Vaney à la programmation, des spectacles difficiles qui ont été de vraies réussites. Il·Elle·s nommeront les défis de faire parler d’un festival de contes à l’échelle nationale, de faire connaître le côté contemporain de cette forme d’art, d’attirer un nouveau public. Il·Elle·s vous parleront peut-être des pauses bien méritées pour aller à la rivière ou manger une crème glacée lorsqu’il faut trop chaud !

Nous aurions envie de vous donner les noms des personnes qui y ont cru dès le départ, des personnages mythiques du festival, des artistes qui y ont fait leurs premiers pas et qui sont les vedettes du conte de nos jours, des bénévoles infatigables, des conteur·euse·s de toutes les époques, des fêteur·euse·s insatiables, des employé·e·s imaginatif·ve·s qui pensent à tout, des partenaires qui embarquent dans les folles idées… Nous aurions envie de vous nommer tous les gens qui ont fait de cette histoire une réalité, belle, vivante, vivifiante ! Il y en aurait trop, on en oublierait, mais nous écrivons gros et clairement : elles sont nombreuses et ô combien importantes les personnes fantastiques qui ont permis au Rendez-vous des Grandes Gueules d’atteindre ses 25 ans !

À propos de Marie-Amélie Dubé

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