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Le polyamour, ou comment redéfinir le modèle du couple

Texte | Entrevue avec Frank Malenfant, par Marie-Amélie Dubé
Image | Jess Bailey de pixabay.com

Le polyamour semble être un phénomène relationnel dont on entend de plus en plus parler. Je connais quelques personnes de mon entourage louperivois qui expérimentent ce nouveau modèle qui redéfinit les limites de la relation amoureuse et suscite plusieurs questionnements.

1- Est-ce que le polyamour est une mode passagère, qui se déploie dans l’éphémère ? Ou peut-on envisager vivre un état évolutif stable? Comment s’est vécu ton expérience ? Est-ce qu’elle correspond davantage à l’un ou l’autre de ces aspects ?

L’attrait du polyamour, dans mon cas, repose sur son opposition à un modèle très poussiéreux de la monogamie. Parce qu’il y a la monogamie et le stéréotype de la monogamie, tout comme il y a la masculinité et le stéréotype parfois toxique de la masculinité. Bien des courants actuellement semblent se construire dans la liberté de  s’affranchir de ces stéréotypes. On connait tous très bien les stéréotypes les plus courants, dont l’obligation de vivre ensemble, de fonder une famille, certains rôles sexistes, etc. Bien entendu, la monogamie en tant que telle n’impose rien de ça, mais toutes les constructions sociales autour y ont mené.

Le polyamour me semble en partie répondre au besoin de certaines personnes de s’affranchir de cette pression et de s’assumer en dehors du poids de ces étiquettes.

2- Le polyamour se vit à 2 ? À 3 ? À 4 ?

On peut déduire que je ne crois pas que le polyamour doit chercher à se définir par ce genre de limites ou de contraintes. Bien entendu, il faut penser au temps qu’on a à consacrer à son ou ses partenaires et s’assurer que tout le monde est à l’aise avec l’existence d’autres partenaires, ou leur présence dans un même endroit. Comme justement le cadre dépend des individus davantage que d’un livre de règles prédéfinies. Je crois que les limites ne dépendent que de l’entente que les partenaires définissent les uns avec les autres. Il y a quelque chose de très stimulant pour une relation à avoir ce besoin de communiquer ses intentions et ses limites, à construire ensemble les règles de sa relation et à savoir communiquer sainement et régulièrement.

3- Le polyamour est-il genré ?

Les modèles relationnels peuvent exister indépendamment de l’identité genre ou de l’orientation sexuelle.

4- On a l’impression que dans une triade polyamoureuse il doit y avoir de la jalousie, de l’insatisfaction ou une personne qui sera lésée si elle se joint à un couple existant.

Je ne recommanderais absolument pas ce modèle de relation à des gens possessifs, jaloux ou dépendants. Pour le reste, il faut travailler à trouver et à maintenir un équilibre. Est-ce que l’équilibre signifie que tout le monde doit revendiquer des proportions égales? Peut-être aux yeux de certains, mais peut-être vaut-il mieux apprendre à faire confiance sans trop compter si on ne souhaite pas empoisonner la relation. Si on a confiance aux sentiments de son partenaire, si on communique clairement et régulièrement, cet équilibre n’est pas passif mais actif, un peu comme le corps humain qui donne à tout moment de l’information au cerveau pour nous permettre de rester debout. Je n’aime pas vraiment le concept d’absolu dans une relation pour cette raison : nous sommes humains, nos besoins évoluent, nos émotions fluctuent, la vie change, il vaut mieux avoir une bonne communication qu’un « punch clock » sur le bord de sa porte d’entrée.

5- Est-ce que ton expérience t’as donné le goût de revivre cela ?

Absolument. Je prendrais volontiers aussi une relation monogame qui puisse se construire sur une communication saine plutôt que sur de vieux stéréotypes. On m’a déjà demandé justement si une relation polyamoureuse ne rendait pas ça difficile de faire des projets. Je présume bien que oui. Mais c’est pas tout le monde qui a besoin de planifier sa relation 10 ans d’avance alors tout dépend de ce qu’on recherche.

6- Est-ce que le polyamour implique nécessairement de la sexualité ?

L’amour existe-il en dehors de la sexualité. Je crois que oui.

7- La notion d’exclusivité est-elle évacuée du polyamour ?

Pas nécessairement. Certains partenaires peuvent définir des limites. Certains voudront établir une hiérarchie entre les partenaires et d’autres pas. Tant que tout le monde est à l’aise avec ça…

8- Y a t’il des règles dans le polyamour?

Les limites du concept dans mon esprit sont que les relations sont égalitaires et basées sur l’amour.

9- Est-ce viable à long terme, du genre ménage à trois et avec des enfants ? D’après toi ?

Je n’ai pas connu de modèles où les partenaires formaient un quelconque triangle, mais je ne vois pas en quoi ce serait plus impossible de construire une famille ainsi que dans un modèle de famille reconstituée. Après ça, faut quand même penser au fait que la loi ne reconnaîtra probablement que deux parents officiellement alors ça peut probablement mener à des problèmes et à des revendications à l’avenir si tout le monde se considère parent à part égale.

10- Est-ce que le couple, sur lequel est basé notre société de consommation, est automatiquement remis en question par le polyamour?

Ça a déjà le potentiel de chasser le sens malsain de propriété que certains amalgament avec le fait d’être en relation avec une autre personne. Mais oui ça doit remettre en question les stéréotypes de la monogamie. Je crois que la majorité des grands attraits du polyamour sont aussi possibles dans un modèle de la monogamie basé sur l’égalité et la communication plutôt que sur la tradition. Il y a certainement quelque chose de subversif dans l’intérêt actuel de la population pour le polyamour.

11- Peut-on faire un parallèle entre la consommation fast food ou la surconsommation et le polyamour ?

On peut sûrement avoir les yeux plus grands que la panse, mais ça ne peut pas durer bien longtemps parce qu’on n’aura jamais assez de temps pour développer de bonnes relations. Est-ce que certains utilisent ce concept pour faire tout et n’importe quoi de manière égocentrique? Tout le monde, tout le temps, pollue et abuse de tous les concepts par pur individualisme. C’est vrai en amour comme en économie ou en politique, il faut savoir garder sa confiance pour les gens qui s’en montrent dignes. S’il y a des coureurs de jupons qui sont ou se prétendent polyamoureux, être polyamoureux n’est pas synonyme de coureur de jupons. On peut même être très fidèles à ses relations en cours et ne rien vouloir de plus, il faut un certain sens de la fidélité pour savoir être transparent avec ses partenaires et connaître et respecter leurs limites.

12- Peut-on faire un lien entre la difficulté / peur d’attachement et le polyamour ?

Probablement, mais il ne faut pas croire que quelqu’un qui aime deux personnes les aime toutes les deux à moitié. On peut être 100% là pour quelqu’un a un moment et 100% là pour quelqu’un d’autre le jour suivant. Je n’apprécierais pas me retrouver dans une relation avec quelqu’un qui considère ladite relation comme une idylle sans conséquences, ce n’est pas de l’amour. L’amour implique une bonne proportion de vulnérabilité.

À propos Marie-Amélie Dubé

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