Accueil / Nos sens / La Réflexion / Le Pacte et la psyché de son chialeux

Le Pacte et la psyché de son chialeux

texte Max Bélisle | Préposé au délire

T’as-tu signé le Pacte ? (Insérez l’intonation de votre choix.) Le Pacte de transition. Celui qui a comme porte-parole le metteur en scène Dominic Champagne et qui dit en gros : « Pour l’environnement, checke donc tes shits pis gosse le gouvernement pour qu’il checke les siennes. » Cette idée… ne fait pas consensus. Parlons-en !

Moi aussi je suis étourdi quand j’y pense. Signer à côté de l’idée d’essayer de sauver le derrière de l’humanité… ne fait pas l’unanimité. Faut le faire ! Même quand on demande juste une signature et six minutes pour se regarder dans le miroir, des gens « débrouillards » arrivent à chialer. Vraiment ? L’entente est plutôt simple, non ? Tu écris ton nom, tu te remets en question, même pas psychologiquement, et en échange, un paquet de gens vont faire pareil. T’accroches où ? En même temps, le chialeux doit bien avoir ses raisons. Cet être vit une tristesse, un désarroi, une impuissance, une violente diarrhée au pire, mais quelque chose cloche. Comment résister à une idée aussi logique ?

Hypothèse : Peut-être que le chialeux du Pacte est en deuil. Non, pas comme après la perte d’un proche. Ce serait presque pratique comme explication ! Parlons plutôt du deuil d’un mode de vie, le sien. Imagine avoir tout donné à l’école jusqu’à passer à côté de ta jeunesse, avoir « nuit-blanché » pour « scorer » aux examens, grimpé les échelons un à un, le tout pour te payer un confort choisi, magasiné, payé, et enfin, apprécié. Et là, apparaissent artistes et scientifiques qui te tapent sur l’épaule : « Heille, dude. La manière dont t’as vécu, tout ce que t’as voulu dans la vie, câlice-moi ça aux vidanges. La planète va pas ben ! » Le choc, la première étape du deuil. Le consensus est là. Ça va mal, c’est de notre faute. Faut que les individus, les gouvernements et les entreprises se grouillent le péteux pour que ça change. Depuis 30 ans, des gens qui totalisent plusieurs milliers d’années d’études approfondies tapissent les publications scientifiques de constats et de solutions pour améliorer le sort de l’humanité. Cependant, pour une partie nonnégligeable de la population, appelons-les « les Courageux », c’est de la pure fabulation ! Ces phénomènes de confiance en soi intellectuelle ont même inventé des expressions comme « croire aux changements climatiques ». Ils les utilisent régulièrement dans des phrases ultrasensées comme « Moi, ces histoires-là de réchauffement de la planète, j’crois pas à ça ! L’hiver a commencé en novembre c’t’année, changement climatique mon cul. C.Q.F.D. » Quelle détermination ! Rocky Balboa en VUS contre « l’oppressante » opinion vertueuse ! Sexy, non ? Hélas, leur farouche bataille a un nom : le déni, l’étape du deuil.

Arrive Dominic Champagne et une première cuvée de signataires du Pacte de transition. Dans la même foulée arrive la vague de gens mêlés, dans le déni, et cokés aux réseaux sociaux. Leur objectif : trouver la crosse. Cette démarche a forcément des bibittes, et ces défenseurs de monsieur et madame Tout-le-Monde la trouveront. Il en va de leur piscine, bout d’ciarge ! Microscope à portée de main, ils éplucheront méthodiquement les habitudes des signataires vedettes, et le caca déferlera, je vous le rappelle, sur l’idée d’essayer de se sauver le popotin ! Le char de Catherine Dorion, les hélicos de Guillaume Lemay-Thivierge, tout y passera. Le constat : des signataires du Pacte ont des habitudes néfastes ! Quelle surprise ! C’EST POUR S’AMÉLIORER QU’ON SIGNE, VIARGE ! Si on était tous sans reproches, il n’y en aurait pas de Pacte, l’air serait respirable, il y aurait de la verdure pis des animaux pas exterminés !

« Oui, mais Max, réveille. C’est des hypocrites en quête de sympathie ce monde-là ! Je veux pas mettre mon nom à côté de ces petits moralisateurs à cinq cennes ! » J’accueille ta proposition, mais … ton nom vaut tant que ça ? Tu vas le salir à jamais à l’ajouter aux milliers d’autres qui ont le destin de l’humanité à coeur et à une petite gang qui vont essayer de se « booster » l’égo ? Je dis bien « essayer » parce qu’honnêtement, qui est admiré pour ça ? Qui a « Signataire du Pacte de transition » comme titre de paragraphe dans son article sur Wikipédia ? Personne, ou super-personne ? En quoi est-ce que l’idée devient moins bonne parce que quelques faux-culs y adhèrent par opportunisme ? C’est des p’tites idées fâchées ça. Des petites perles de… colère, l’étape du deuil. « Oui, mais Max, je vis en région. Mon auto, j’en ai besoin. Je veux continuer de voyager. Amazon vit pas dans ma cour ! Je peux pas tout faire ! » Regarde, on va y aller psycho-pop. Ça va frapper un grand coup. Vas-y avec ce que tu peux contrôler. OK, assois-toi deux minutes, ça va être correct. Chaque jour, t’as des choix à faire, des microdécisions qui s’additionnent. Profites-en donc pour prendre les bonnes ! « Oui, mais là, il y a plein de gestes qui se contredisent. Si je rince mes affaires pour les récupérer, je gaspille-tu de l’eau ? Qu’est-ce que je fais ? » Misère. Première des choses, slaque l’hyperventilation ! Je viens de te le dire : ça va bien aller. T’es en train de te poser des questions sur ton mode de vie. C’est ça le but ! Et by the way, t’es en train de marchander, l’étape du deuil !

« Oui, mais Max, mettons que je signe, les entreprises vont continuer à polluer, pis mon petit effort va rien donner ! » Sais-tu quoi ? Je te donne ce point-là ! Entreprises et gouvernements feront fuck all. La croissance au prix de nos vies, ça existe encore. La culture du p’tit geste qui a bercé notre enfance a juste servi à « patcher » très partiellement des énormités. Chaque « laisse pas l’eau couler quand tu te brosses les dents » est saboté par une usine de bebelles cheaps qui emploie des enfants ou par un Monsanto qui pisse des lois dans les oreilles des États. Déprimant, non ? Le discours défaitiste prend du galon, et c’est difficile de trouver du sens à cette bêtise qui nous a rendus là. La dépression, l’étape du deuil.

Mais on peut gosser. On a ce pouvoir-là comme citoyen. Gosser. Gosser les gouvernements, gosser les entreprises. Voter autrement, acheter autrement. Gosser à l’année. Gosser nombreux. Me voyez-vous venir ? Signer le câlice de Pacte ! Checke ben comment ça se passe. Tu vas sur lepacte.ca , tu lis et tu signes. Ensuite, le site te réfère à des questionnaires de type « Combien de planètes il faudrait si tout le monde vivait comme toi ? ». Tu vois grossomodo à quel point t’es un douchebag pour la planète. Tu verses une larme (optionnelle), et tu lis les solutions offertes pour être l’ami de la Terre. Pour ma part, je me suis rendu compte qu’il faudrait 1,8 planète si tous vivaient comme moi ! Quand même bien pour un gars d’une région qui n’offre pas toutes les commodités planet-friendly des grands centres ! Voyez-vous toute cette sympathie ? Quelle vertu ! De toute beauté ! Je continue les efforts enclenchés depuis longtemps. Et je gosse ! L’acceptation : la fin du deuil.

À propos Marie-Amélie Dubé

Voir aussi

Naviguer avec les enfants et les adolescents dans un océan d’écrans ?

texte Myriam Lapointe-Gagnon, doctorante en psychologie, Université du Québec à Trois-Rivières | photo @parcellesduquotidien C’est …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *