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Le miracle Canawish

texte et photos Maurice Gagnon

Soupir de soulagement au sein de la communauté kamouraskoise. Le camp Canawish de Rivière-Ouelle accueillera ses premiers campeurs ce mois-ci après avoir été fermé pendant un an. Cette réouverture relève presque du miracle tant les défis étaient nombreux. Le nouveau président-directeur général, Jean-Denis Guignard, et son équipe ont multiplié les efforts au cours des derniers mois pour que le soleil éclaire à nouveau les visages ravis de ces nombreux.euses campeur.euse.s. Plus ouvert à la communauté, le camp n’en rejette pas moins sa mission initiale d’accueillir des personnes de tous âges vivant avec une déficience intellectuelle et/ou un handicap physique.

APRÈS UNE PÉRIODE SOMBRE

Au printemps 2018, le camp Canawish, aux prises avec une pénurie de moniteur.trice.s, annonce qu’il devra suspendre ses activités estivales et amorcer une importante réflexion sur son avenir. Impossible avec seulement quatre moniteur.trice.s recruté.e.s d’offrir un séjour sécuritaire et stimulant aux campeur.euse.s. Pour y parvenir, il en faudrait au moins 14, affirme devant la presse le vice-président, Sylvain Thiboutot.

L’annonce de la fermeture tombe un mois après le décès subit et inattendu de son président et cofondateur, l’abbé Odilon Hudon. Il avait fondé le camp en 1973 en compagnie de monsieur Paul-Émile Hudon et en était toujours président et directeur général.

Nouvellement retraité comme curé des paroisses de Rivière-du-Loup, Odilon Hudon prévoyait d’ailleurs s’impliquer davantage au sein du camp, comme à l’époque où il était curé de Rivière-Ouelle, rapporte alors madame Margot Lavoie, adjointe à la direction du camp depuis 25 ans.

Aux yeux de tous, Canawish, c’était l’oeuvre de l’abbé Hudon. Bref, on avait du mal à imaginer la suite des activités sans celui dont le maire Louis-George Simard comparait la mission humanitaire auprès des démuni.e.s à celle de Jean Vanier. Cette mission devait être préservée, disait-il.

Le 28 août 2018, une trentaine de personnes participent à une consultation sur l’avenir du camp. L’objectif : rouvrir en 2019. Le projet est ambitieux. Il faudra trouver des partenaires convaincus de l’importance d’offrir des services aux personnes ayant une déficience intellectuelle et un répit aux familles.

UN NOUVEAU PDG

Le 6 septembre 2018, monsieur Jean-Denis Guignard est nommé président du conseil d’administration. S’ajoute à ses fonctions, quelques semaines plus tard, celle de directeur général. Monsieur Guignard a oeuvré pendant plusieurs années dans le domaine de l’éducation et auprès de clientèles ayant, entre autres, une déficience intellectuelle ou des difficultés d’adaptation. « L’absence de services pour les personnes vulnérables et leur famille m’a interpellé et incité à m’impliquer dans la relance du camp », dit-il.

Rapidement, monsieur Guignard mobilise différent.e.s partenaires, bénévoles et administrateur.trice.s dans le but d’assurer la relance du camp dès l’été 2019. Grâce à un fonds de secours, le conseil d’administration lance aussitôt un chantier de rénovation des bâtiments et des infrastructures afin de préserver les actifs et de se préparer à accueillir les campeur.euse.s lors de la réouverture.

Le camp élargit aussi ses orientations en matière de clientèle. « Une plus grande ouverture à la communauté est nécessaire pour assurer la pérennité du camp », affirme monsieur Guignard. Bien que les personnes ayant une déficience intellectuelle demeureront le point cardinal de sa mission, le camp accueillera en outre des personnes ayant des besoins particuliers.

Le nouveau PDG lance un appel aux organismes sans but lucratif de la région qui desservent le même type de clientèles. Il pourra notamment compter sur la collaboration de la Traversée, Tandem-Jeunesse, Projektion 16-35 et l’Association pocatoise des personnes handicapées du Kamouraska-Est.

Néanmoins, le problème de la main-d’oeuvre demeure toujours entier. Pour y remédier, Jean-Denis Guignard et son équipe développent des collaborations avec les organismes en employabilité de la région et participent à des activités de recrutement, dont la Foire de l’emploi à Montréal et le Bistro Emploi de la SAE Kamouraska. Les conditions de travail sont aussi revues à la hausse. Un carnet passionrégion développé avec des partenaires comme la Sebka et Zone aventure permettra d’offrir des activités gratuites aux étudiant.e.s pendant les congés. Un programme de bourses d’études est mis sur pied afin de soutenir la formation et la persévérance scolaire.

CAMPAGNE DE FINANCEMENT

Une campagne de financement est aussi lancée. Ayant pour titre Ensemble pour Canawish 2019, cette campagne, nécessaire en raison de la suspension temporaire de la subvention au fonctionnement du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, a pour objectif d’amasser au moins 50 000 $ avant le 30 juin 2019. On peut y souscrire en visitant le site Internet du camp : www.campcanawish.com. Déjà, plusieurs entreprises et clubs sociaux y ont contribué.

Un premier déjeuner-bénéfice sera l’occasion, le 16 juin prochain, de rendre hommage à l’abbé Odilon Hudon. Un spectacle de l’auteurecompositrice- interprète Sophie Pelletier suivra, le 28 juin. Ces activités se dérouleront sur le site principal du camp Canawish.

Que l’objectif soit atteint ou non, monsieur Guignard confirme l’ouverture du camp, ce qui lui permettra d’ailleurs de se qualifier pour la subvention en 2020. À ce jour, on estime qu’avec le personnel en place, le camp pourra accueillir une centaine de campeur.euse.s cet été. Ce nombre pourrait grimper jusqu’à 120 ou 125 campeur.euse.s, selon monsieur Guignard.

Le 11 mai dernier, la députée de Côte-du-Sud et ministre responsable du Bas-Saint-Laurent, Marie-Ève Proulx, a annoncé une aide financière de 50 000 $ essentiellement destinée aux opérations du camp. Elle permettra aussi la mise à niveau de certaines installations en prévision de la réouverture.

De plus, une subvention de 20 000 $ provenant du Fonds de développement des territoires (FDT) de la MRC du Kamouraska permettra la réfection de la piste d’hébertisme et du mur d’escalade. La Municipalité de Rivière- Ouelle investira 2 000 $ pour la réparation de la piscine.

Plus de 4 000 $ de matériel et d’équipements de loisir ont été achetés pour les campeur.euse.s grâce à des octrois provenant de l’Association québécoise pour le loisir des personnes handicapées (AQLPH) et de l’Unité régionale de loisirs et de sport du Bas-Saint-Laurent (URLS).

Le camp Canawish est donc sur une bonne lancée. « Parce que nos partenaires ont cru à l’importance de la mission du camp et grâce au soutien financier de la population et du ministère de l’Éducation, nous serons en mesure d’accueillir nos premier.ère.s campeur.euse.s pour la Fête nationale », conclut Jean-Denis Guignard.

SOPHIE PELLETIER
marraine d’honneur

C’est avec bonheur que Sophie Pelletier a accepté d’être marraine d’honneur 2019 de la réouverture du camp Canawish. Bien qu’elle habite maintenant à Montréal pour mener à bien sa carrière d’auteure-compositrice-interprète, elle est demeurée profondément attachée à son village natal. Ayant une formation en éducation spécialisée, Sophie est sensible à la cause des personnes ayant des besoins particuliers. « Je m’associe avec fierté à cette belle ressource qui aide des jeunes en difficulté, ayant une déficience intellectuelle ou un trouble de comportement ainsi que des familles dans leur développement et leur bien-être », a-t-elle déclaré en visite au camp le 18 mai dernier. Les 27 et 28 juin, elle offrira des ateliers de composition de chanson (Projet Victoire musique) lors d’un camp spécialisé (détails à venir) et un spectacle intimiste au profit du camp. Seulement 100 billets seront en vente.


À propos Marie-Amélie Dubé

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