Le fou du village

Texte | Tommy Pelletier
Illustration | Léa Delignies

C’est l’histoire du fou du village
Qui, soudain, plia bagage,
Pour voir s’il aurait l’air aussi fou,
Dans un autre paysage

Y’avait le dos rond,
pis les dents croches,
Les bras qui pendent
les mains din’s poche ;
Du vieux linge sale, qui sent pas bon

Et une collection de roches

Des lunettes grafignées d’un pouce d’épais,
Des poils de chat sur son gilet,
Et à chaque fois qu’il parlait
Ça laissait les gens circonspects ;

Mais regardez cet animal,
qui n’a pas lu le contrat social,
Il fait fi des petits règlements,
qui existent, tacites, entre les gens
Il ne parle pas de météo, il n’écoute pas La Voix
Au moins il paye ses impôts et se rase la face des fois

Y’était allé loin, pendant longtemps,
Mais nul ne savait ce qu’il avait fait pendant ce temps
Pourquoi partir d’ici, qu’est-ce qui a d’important,
À aller faire si loin du Saint-Laurent ?

Il avait vu les marais de l’Ontario,
Où l’air est composé de maringouins quand il fait beau
Et apprécié les libellules au point d’en prendre de jolies photos.

Fait du pied de tranchée jusqu’à se rendre au sang,
et gagné sa vie, le dos cassé les pieds pesants

Après c’était les rocheuses et puis les terres du nord,
mais qui aurait pu se douter oui qu’un mouflon, des fois, ça
mord ?

Misé sa paie à Dawson City,
trouvé de l’or dans la rivière et devenu l’ami d’un Husky

Mais quand tu vas vers le sud, tu deviens vite au courant
Que ça peut devenir une habitude de voir un junkie mort à la
sortie d’un restaurant

Mais quand tu vas vers le sud, plus loin c’est toujours mieux :
Y’a des palmiers pareils comme à TV, quecé de plus que tu veux ?
Mais à San Francisco les hommes d’affaires,
Enjambent les itinérants qui sont couchés par terre,
Pour aller se jaser de REER,
Autour d’un burger ben trop cher,

Pis sans même tipper la caissière

Pis si tu vas encore plus loin : Nica, Guat pis San Cristobal
Des révolutionnaires en sang essayent de tisser un tissu social
En espérant qu’un jour, ça arrête d’être normal
Des enfants saouls qui vendent leurs atours
pendant qu’un pimp lit son journal

Pis que le bord de l’eau serve d’autre chose que de paradis fiscal

Pu capable y’a décidé, de retourner à’ maison
Quand c’t’un peu toi le problème,
Ben partir c’t’une solution

Mais y se rappelleras toujours, les paroles de la chanson
Qui sortait d’un walk-man pendant qu’y’attendait son avion :
Merci, merci d’encourager l’économie,
En achetant toutes nos ressources à petit prix,
Merci, merci, nos terres, nos fruits, nos vies
Merci, merci, d’encourager l’économie,
en achetant toutes nos ressources à petits prix ;
nos terres, nos fruits, nos vies,
On a pu les moyens de vivre dans notre pays

Mais regardez cet animal,
qui n’a pas lu le contrat social :
Il fait fi des petits règlements,
qui existent, tacites, entre les gens.

Il ne parle pas de météo, il n’écoute pas La Voix
Au moins il droppe le micro et se ferme la boîte des fois.

Colombine

Colombine,
cherche son Colombo.

Moi, j’pas ornithologue, j’connais pas les noms d’oiseaux.

Elle, c’était proche d’être la plus fine,
lui c’était loin d’être le plus beau,
C’est dans ce temps-là qu’on patine,
Pour trouver les bons mots.

Elle l’a vu par une vitrine,
Derrière le comptoir d’un resto,
C’t’un peu gênée qu’elle s’imagine,
Le voir sans tablier su’l dos

Colombine,
Cherche son Colombo
Malgré l’esprit de bottine,

Les histoires de même j’trouve ça beau.

Et c’est alors que je reviens à mon moi-même
Dans mon appart délabré,
Le coeur du problème,
C’est clairement moé.

Y’a un poêlon dans l’évier,
Ça fait deux semaines que je l’regarde
Le jus de jambon,
Collé dans le fond,
Commence à se sentir sur ses gardes.

Mais c’est alors que ma moustiquaire,
Laisse passer, bien plus que de l’air.
C’pas des insectes,
Ni de la pluie,
Mais bien un cri,
Qui m’exaspère.

C’pas des insectes,
Ni de la pluie,
Mais bien un cri,
Qui m’exaspère :

« Hey B’bé, t’as-tu acheté tes jambes dans section des filets
mignons ? Parce que même si t’étais saignante, j’te mangerais. »

C’est un cat call dans ma rue,
Provenant d’un grossier m’as-tu-vu,
Qui a aperçu Colombine,
À rêvasser devant la vitrine.

Elle en a brûlé, de la gazoline
Et entendu plusieurs gros mots,
Mais scène rurale, ou citadine,
Les machos fachos c’est un fléau.

Les machos fachos c’t’un ostie de fléau.

Non mais on peut tu se mettre une belle robe,
Sans être exposée à l’opprobre
Des attaques de macaques qui matraquent le tarmac sans équivoque
Quand les chouclaques qui le martèlent font clic et cloc ?

Clic et cloc (bruit de talons hauts)

J’ai revu passer Colombine,
Comme d’habitude, rue d’Avigneau.
Astheure c’est rendu qu’a marche en sprint,
Les yeux à terre, sans dire un mot.

https://tommypelletier.bandcamp.com/album/quand-le-hamster-senfarge

Ce texte est le SLAM gagnant de la soirée SLAM RDL du 19 Avril 2022

À propos de Marie-Amélie Dubé

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