Le deux-pour-un du mois de juin

Texte | Max Belisle
Image d’en-tête | Gerd Altmann

C’est juin. C’est le Mois national de l’histoire autochtone ET le Mois de la Fierté et vous croyez vraiment qu’en tant qu’homme blanc, cisgenre, hétéro et impertinent, je n’en parlerai pas? Deux en un mois, guys, c’est là qu’on est rendu pour se rentrer dans la tête que ça serait le fun que les rations de marde soit distribuées pour des raisons qu’on a cherchées. Je négocierais même pour qu’elles soient distribuées complètement au hasard.

Oui, l’acronyme LGBTQ+, y’est long. Faut juste se souvenir que si tu peux pas juste être content d’être qui tu veux sexuellement et genrement (est-ce un mot ?), parlant, y’a de quoi qui marche pas. La fierté, elle vient de la marde de plus que tu vis injustement. L’exclusion, la violence, l’incompréhension, quand tu te claques ça, se rassembler avec du flamboyant ça devient une rébellion justifiée. Je suis hétéro et cisgenre, j’ai absolument aucune fierté là-dedans, j’ai passé au travers de rien avec ces caractéristiques-là, je suis juste ben content! Dans ce cas là, peut-être qu’une parade de la fierté du mariage ça serait jouable. Pourquoi pas ? C’est tough le mariage! Des chars allégoriques avec des mamans portant des serviettes pleines de vomi, des papas cernés, des couples habillés pareil! Le monde irait là avec leurs enfants en leur disant : “Tu peux être ce que tu veux dans vie!” Ah, on me confirme un cas de comparaison boiteuse!

Ouin, dans le plus dark, il y a des centaines de corps d’enfants autochtones qui ont été retrouvés à Kamloops et d’autres au Manitoba. Et on commence à chercher. Je dis même pas le nombre parce que ça va mal vieillir… Quand il y a des atrocités aussi absurdes qui arrivent à ceux qui ont eu la fatalité de naître à la même place que toi ou avec une génétique semblable à la tienne, ça se peut que le traumatisme perdure. Surtout s’il est entretenu à coup de disparitions, de viols ou de maltraitance de toutes sortes. Qui n’a pas déjà eu de “trust issues” pour beaucoup moins que ça? Vas-y, je te laisse à tes souvenirs de toi qui pense que Partenaire de Vie est parti te tromper ! Ça leur tente peut-être pas non plus que, pendant que tout ça se passe, leurs symboles culturels soient repris par des équipes sportives ou par ton déguisement d’Halloween. Peut-être aussi que la raison pour laquelle ça leur tente pas réside dans le “pendant que tout ça se passe”. Si j’étais un être condescendant sur les réseaux sociaux je terminerais avec un :”J’dis ça, j’dis rien!”

Qui dit “un mois, deux causes” dit aussi “deux cycles à briser”. Tant d’absurdité, ça peut avoir l’air facile à briser comme cycle. Un bon argumentaire logique, on est en business! Euh, ouin, pas tant, parce que c’est pas juste absurde, c’est haineux aussi! Haineux et absurde, c’est une recette pour un désastre d’une volatilité déconcertante, un trou noir de sens. C’est pas mêlant, dans les deux causes, y’a eu de la rééducation ! Par quel christie de chemin ça a passé pour arriver là? Volatile. Eux fallait pas juste qu’ils votent du bon bord, fallait qu’ils naissent du bon bord ! Volatile. La discrimination, ça revient à se promener dans une pouponnière en disant : “Toi t’es cool, toi aussi, toi aussi, oh fuck non, pas toi!” Non seulement, tu donnes pas de chances au coureur, t’en donnes même pas une au “pas tout à fait tourneur dos-ventre”. Après le jugement dernier : v’là le jugement premier! À noter que dans mon scénario, personne braille et toutes les couches sont vides!

Au-delà de la haine, il y a un confort dans la majorité. La prison perçue et vécue par les gens marginalisés, pour la majorité, c’est leur maison! Ça peut être laitte que le cul dans leur maison, mais c’est leur confort à eux. La maison est bâtie sur mesure pour la majorité : ergonomie, aménagement, TOUT! Et c’est entièrement normal. La minorité y touche, elle touche à du sur-mesure. As-tu déjà dit à quelqu’un en pleine face que c’est laid chez eux? C’était quoi la réaction? Je prends vos témoignages! Ça se peut que la douleur vécue et la sensibilité vis-à-vis l’absurde de la situation donne le
gout à la minorité de rentrer sans cogner, jeter deux murs à terre pour agrandir les pièces, enlever les cadres laittes pis calicer toutes les bibelots dins vidanges. Toute la manoeuvre pour ensuite dire : “Y’étaient laittes tes gogosses poussiéreuses pis tes murs de marde, c’est ben mieux de même. Si je l’avais pas fait, tu serais restés dans ta même vieille cabane!” Ça peut même avoir l’air aussi évident que d’enlever les barreaux dans les fenêtres. C’est peut-être pas la meilleure idée quand l’essentiel de ce que tu veux c’est que plus personne n’entre dans la pouponnière où dort ton enfant, le pointe du doigt ne serait-ce que métaphoriquement en disant : pas cool.

Cette relation minorité/majorité c’est pas simple. Ça cogne aux portes de la maison pour essayer de changer les meubles de place, de réparer le toit qui coule, de changer la bouffe qu’il y a dans ton frigidaire, name it! Parce qu’à quelque part, on le sait, le changement part d’une minorité, d’une sensibilité divergeante, mais se cimente par la majorité. Alors, ça cogne, et crissement pas toujours pour les bonnes raisons. Ça s’acharne de toutes sortes de façons pour essayer de modifier les comportements du plus grand nombre. Y’a une piasse à faire en plus. On n’a qu’à penser à ceux qui te soulignent que tu ne possèdes présentement pas de F-150 et qu’il faudrait vraiment que t’en possèdes un. Ils sont polis en simonaque eux autres! Les gens qui veulent que tu croient que la terre est plate. Ils cognent
à la porte, mais s’en vont en laissant des pamphlets dans la boite à mail, ça pop quelque part quand tu traînes trop longtemps sur Youtube. J’en passe et des meilleures. Faut comprendre que la minorité s’adresse à une majorité dont on sollicite le changement constamment. La méfiance s’installe en la demeure sans le vouloir. Ça peut bien prendre du temps! Au fond, peut-être que si les gens des Premières Nations et les gens de la communauté LGBTQ+ n’étaient plus malmenés sans raison, on pourrait rire de nous et de nos stéréotypes, se réapproprier un vocabulaire, vivre harmonieusement etc. mais qu’on est juste déconcentré par des pubs de bebelles vendues par, vous l’aurez deviné, une minorité qui nous enfirouape toute la gang!

À propos de Marie-Amélie Dubé

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