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Le crédit communautaire ; Le microcrédit à la sauce québécoise

texte Éric Dubois

POUR UNE ÉCONOMIE PLUS PARTICIPATIVE
Le Québec est bien connu pour être une terre fertile pour l’entrepreneuriat. Les Bombardier, Cirque du Soleil, St-Hubert et autres fleurons de ce qu’on appelait le Québec inc. profitent d’une renommée qui dépasse les frontières et sont le fruit de notre audace, de notre inventivité et de notre fierté. Mais avant de devenir un fleuron, un projet d’entreprise, qu’il soit à petite ou à plus grande échelle, débute par une personne qui a une bonne idée et qui souhaite la développer. C’est, pour ainsi dire, la première période critique du développement d’un projet d’affaires : formuler l’idée, la réfléchir sous plusieurs angles, démontrer sa faisabilité et sa rentabilité et planifier sa mise en oeuvre. Beaucoup de bonnes idées s’apprécient lors de ce processus ; d’autres s’effondrent carrément. Il est difficile de traverser cette période seul, sans soutien et sans conseils. Mais heureusement, il y a des ressources à cette fin ! J’ai été l’une de ces ressources pendant quelques années, comme conseiller en crédit communautaire dans un organisme au Saguenay. J’y ai rencontré plusieurs porteuses et porteurs de projet et j’ai pu apprécier l’importance du soutien et du microfinancement offerts par le crédit communautaire pour rendre plus accessible l’économie, souvent à des gens qui en étaient éloignés.

COMME UNE PAIRE DE MITAINES
Ma coordonnatrice de l’époque avait cette belle façon d’expliquer l’approche du crédit communautaire en reprenant l’analogie de la paire de mitaines : une mitaine pour représenter l’accompagnement et une autre pour représenter le microcrédit. Les deux sont complémentaires et vont de pair. Elles offrent, ensemble, un bon coup de main à celles et à ceux qui portent un projet d’affaires, souvent de petite envergure, pour leur permettre d’en tirer un revenu et de participer à leur économie locale. Mais en quoi consiste concrètement ces outils ?

UN ACCOMPAGNEMENT DE PROXIMITÉ
L’idée de partager le quotidien d’un nouvel entrepreneur est au centre de la démarche d’accompagnement offerte par les organismes de crédit communautaire. Nous déterminons avec l’entrepreneur(e) un plan de match, un échéancier et un coffre à outils qui lui permettront de préparer un plan d’affaires et produire différentes études de marché pour bien cibler le projet, le tout en respectant son rythme et son niveau de connaissances. Un bon projet va permettre à une personne de prendre part activement à l’économie locale, selon ses talents, ses capacités et ses aspirations personnelles et professionnelles. Pour cela, des suivis fréquents sont nécessaires et permettent au conseiller de bien connaître l’entrepreneur(e), son projet, ses possibilités et ses risques, pour ensuite poursuivre l’accompagnement du côté du financement.

UN FONDS DE MICROCRÉDIT
Les organismes de crédit communautaire offrent, en complémentarité avec l’accompagnement de proximité, des prêts de petite envergure sous la forme du microcrédit, souvent sans intérêts ou encore avec des intérêts moindres que ceux du côté des banques. De plus, le crédit offert est souvent plus accessible que celui offert par le banques, qui exigent souvent des garanties substantielles avant d’allonger les premiers dollars. Pas toujours facile pour un(e) jeune entrepreneur(e) ou une personne disposant d’un revenu limité d’y avoir accès. On choisit d’accorder des prêts d’honneur à des projets porteurs qui démontrent une possibilité d’améliorer les conditions de vie de celles et de ceux qui les portent. Et souvent, les 5000 $ ainsi prêtés (c’était le montant maximum prêté dans mon temps, souvent remboursable en 24 mois) servent de levier pour soulever d’autres sommes pour le projet. D’où vient l ’argent prêté ? De donateur(-trice)s, d’investisseur(-euse)s patient(e)s et qui croient en la cause du crédit communautaire, et des deniers publics via les politiques de développement entrepreneurial du gouvernement du Québec. Et est-ce que le taux de remboursement est bon ? Oui, il est excellent. Les données de remboursement avoisinent les 95 % des sommes prêtées, parfois avec un peu de patience. Mais on peut affirmer hors de tout doute que le système de prêt sur l’honneur fonctionne bien.

OCCUPATION DU TERRITOIRE ET EMPOWERMENT
Le crédit communautaire et, plus largement, l’entrepreneuriat sous toutes ses formes sont des moteurs d’occupation du territoire et d’économie participative. Moi qui découvre le tissu entrepreneurial incroyable du Bas- Saint-Laurent, je peux concrètement réaliser l’importance des petites et moyennes entreprises, qu’elles soient individuelles ou collectives, pour les économies locales. L’entrepreneuriat est aussi un incroyable outil d’empowerment individuel et collectif. Cette démarche permet à la personne et aux communautés de comprendre le monde qui les entoure et de devenir des acteurs de leur développement, de leur vie et de celle de leur environnement immédiat. Et ça, une communauté et des citoyen(ne)s mobilisé(e)s et actif(-ve)s dans leur milieu, c’est la clé d’un milieu de vie en santé. Et la paire de mitaine du crédit communautaire peut y contribuer.

Pour en apprendre d’avantage sur le crédit communautaire ou pour connaître les organismes qui le pratiquent dans votre milieu (deux sur le territoire du Bas-Saint-Laurent), visitez le www.microentreprendre.ca.

À propos Marie-Amélie Dubé

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