Le consentement, pour le meilleur et pour le pire ?

Texte | Table de concertation des groupes de femmes du Bas-Saint-Laurent
Projet Bas-Saint-Laurent : Terre d’égalité
Image d’en-tête | Pexels de pixabay.com

Le terme « consentement sexuel » fait maintenant partie du discours social et est fréquemment utilisé dans les médias, notamment depuis les dernières vagues de dénonciations telles que #MoiAussi.

En effet, nos élu·e·s et la population en général semblent être en éveil au fait que ce concept paraisse mal compris. D’ailleurs, on a souvent tendance à se complaire dans l’idée qu’on a fait du chemin en matière d’égalité, « qu’on est rendu ailleurs ». Dans les faits, comment se fait-il encore qu’aujourd’hui, certaines personnes ne respectent pas le consentement d’autrui alors que la définition est pourtant très claire ?

Pour mieux saisir les origines de cette incompréhension, revenons un peu en arrière. En mai 1955, le mensuel américain The Housekeeping Monthly publie un article à sensation intitulé « Le guide de la bonne épouse ». Celui-ci inclut des conseils et règles de conduite à adopter au quotidien, à destination des femmes mariées. On se rappelle aussi que la religion catholique mettait énormément de pression sur les femmes afin qu’elles accomplissent le « devoir conjugal » dans le but de procréer. Le corps des femmes était ainsi mis au service des hommes, objectivé et dénaturé.

Au fil des années, et malgré le changement des mœurs, on conserve un arrière-goût de cette idéologie patriarcale judéochrétienne au sein des unions modernes (couple/fréquentation/ mariage). En effet, la société néo-libérale capitaliste ne semble pas avoir remédié à cette problématique. L’augmentation de l’accessibilité à Internet et à la pornographie, truffée de stéréotypes sexistes, grossophobes, racistes, etc., en parallèle avec le manque d’éducation à la sexualité tend à maintenir, voire complexifier cet enjeu, et ce, même chez les couples homosexuels. La société de performance et les inégalités sociales semblent toujours se tailler une place dans les relations interpersonnelles. Nous avons donc un terreau de plus en plus fertile à l’incompréhension du consentement.

Toutefois, il existe des contre-exemples intéressants qui émergent de l’utilisation des nouvelles technologies et qui se présentent comme une nouvelle forme de lutte. Des personnes à la croisée des oppressions proposent des modèles de reprise de pouvoir en matière de sexualité. Plutôt que de devoir se réinventer, les militantes se réapproprient les médias sociaux ou la pornographie et proposent des modèles alternatifs dans le respect du consentement de tou·te·s et chacun·e. On voit apparaître des influenceur·euse·s issu·e·s de la diversité sexuelle, de genre et ethnoculturelle qui parlent positivement de la sexualité. On y aborde différents angles parfois tabous comme la pratique en solo, la diversité des pratiques, les vécus d’agression et de résilience, mais surtout on respecte le rythme de tou·te·s.

Cela permet de rejeter l’idée d’une forme de sexualité unique réservée aux personnes qui correspondent aux standards. Puis, on favorise la sensibilisation en ayant recours aux différentes organisations et/ou aux professionel·le·s qui s’investissent afin d’offrir des ateliers d’éducation à la sexualité dans les écoles et d’ouvrir le dialogue avec les générations futures. Certes, nous avons réalisé socialement d’énormes progrès en ce qui a trait à la compréhension commune du consentement. Toutefois, nous devons assurément poursuivre le travail d’éducation et de sensibilisation dans une optique de changement social en profondeur.

Maintenant que nous comprenons mieux les constructions néfastes qui embrouillent le jugement de certaines personnes, rappelons-nous que le consentement n’est jamais une question d’interprétation. Le consentement n’est jamais subjectif. Il suffit d’être à l’écoute de l’autre, malgré nos propres besoins, opinions ou perceptions. Nous avons tou·te·s droit à une sexualité épanouissante et respectueuse de nos besoins, et ce, peu importe la durée de nos relations.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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