Le Chantier de l’économie sociale : Pour des communautés socialement viables

Entrevue avec Béatrice Alain, directrice générale du Chantier de l’économie sociale

Qu’est-ce que le Chantier de l’économie sociale ?

Le Chantier de l’économie sociale sert à concerter des réseaux territoriaux comme les pôles, des réseaux sectoriels, mais aussi des réseaux de soutien tels des organisations qui accompagnent les entreprises. Il s’implique aussi dans le maillage de mouvements sociaux, comme des mouvements pour les travailleur·euse·s communautaires, pour le milieu des femmes ou des mouvements environnementaux qui voient dans le développement de l’économie sociale un mouvement de démocratisation, de transformation économique.

Les gens qui sont au Chantier sont là pour réfléchir à des outils, des pratiques ou des politiques publiques qui vont permettre le développement de l’économie sociale et solidaire.

Pourquoi vous investissez-vous dans cette organisation ?

Je pense que le système de développement dans lequel nous évoluons actuellement n’est plus viable sur les plans environnemental et social. C’est une erreur de penser que ça appartient aux expert·e·s de l’économie de dire quel est le problème et de trouver la solution.

Une partie du problème, c’est qu’il y a une perte démocratique dans notre société, mais dans notre économie aussi. Il faut redonner aux communautés de partout les moyens des leviers de développement afin qu’elles déterminent, par elles et pour elles, les solutions envisageables.

Au Québec, les entreprises d’économie sociale sont plus durables parce que la communauté s’arrange pour que ça dure. Les entreprises d’économie sociale sont particulièrement innovantes parce qu’elles vont se mailler à différentes initiatives pour assurer la pérennité de leurs services. Par exemple, on a vu la cuisine d’un CPE se mettre à produire les plats pour la résidence de personnes âgées à côté !

L’économie sociale fait partie de notre histoire au Québec depuis longtemps. Il y a eu un réflexe collectif au Québec. Prenons par exemple le cas des Caisses Desjardins. Plein de petites entreprises rurales avaient besoin de se financer, et ce n’était pas intéressant pour les banques. On s’est tourné·e de bord et on a créé ensemble les caisses.

Les coops agricoles, c’est un autre exemple. Pour sortir de la crise, pour survivre, de petites entreprises agricoles se sont rassemblées. Les CPE, c’est un peu ça aussi ; des femmes se sont demandé comment elles allaient faire pour pouvoir aller travailler. Le Québec se distingue à l’international quant à la diversité des secteurs dans lesquels il y a de l’entrepreneuriat collectif.

Vos actions sont quand même politiques, n’est-ce pas ?

Oui. On va agir entre autres sur la commercialisation, notamment en aidant les entreprises à accroître leur marché. Ainsi, on met en place des réseaux d’accompagnement, à partir des organismes de soutien qui se trouvent dans les différentes régions.

On a mis en place des outils pour faciliter le lien avec les acheteurs institutionnels qui veulent acheter local, comme Hydro-Québec. Ainsi, on agit sur les politiques publiques telle la stratégie d’achat responsable.

Acheter auprès d’entreprises d’économie sociale, c’est de l’achat local qui est garant d’un impact social et environnemental. On travaille ainsi pour que des mesures incitent les Municipalités ou les ministères à acheter auprès d’entreprises d’économie sociale ou favorisent cet achat local.

Le Chantier n’est pas au service de ses membres ni de secteurs, mais au service de ce mouvement, pour négocier des politiques publiques, permettre d’accroître des expertises ou mettre en place des outils afin de créer les conditions de développement d’économie sociale.

Quels sont vos grands chantiers en cours ?

1- La question environnementale : On veut mettre en évidence le lien entre l’environnement et l’économie sociale. Plusieurs entreprises d’économie sociale, par leur modèle d’affaires, se positionnent à travers des pratiques de réemploi, de réduction des déchets ou d’économie circulaire. L’économie sociale contribue de manière solidaire aux questions environnementales.

2- Les inégalités sociales : Il y a évidemment beaucoup à faire actuellement sur la question du logement, dont les conditions de développement de logements abordables et pérennes, tout comme sur le sujet des soins aux personnes âgées. L’économie sociale travaille beaucoup dans des projets de résidences pour personnes âgées et de logements adaptés, à petite échelle, en dehors des grands centres urbains. Il y a aussi un réseau d’entreprises d’aide à domicile en économie sociale partout au Québec, mais il n’est pas assez reconnu, utilisé, financé.

Donc, tant dans le cas des CPE, des personnes âgées que des personnes handicapées, il faut accroître les services disponibles à la population. L’État ne peut pas actuellement répondre aux besoins, et on ne peut pas attendre que ce soit seulement le marché qui y réponde, ou que ce soit seulement marchandisé.

Ainsi, on est engagé·e dans une réflexion afin de répondre aux besoins de répit, de soins et de logements pour l’ensemble de la population, et ce, de façon inclusive et accessible à tou·te·s.

3- Le repreneuriat : Beaucoup d’entrepreneur·euse·s cherchent à transférer leur entreprise. Est-ce qu’on connaît suffisamment cette option au Québec ? Est-ce que les travailleur·euse·s ou les communautés sont outillé·e·s pour proposer, racheter, prendre le contrôle des entreprises et les gérer en groupe, quand la majorité des entreprises à vendre le sont par des propriétaires uniques ? On est donc engagé·e à faire connaître les modèles de repreneuriat collectif.

4- Le Mouvement de l’ÉS : Il y a, en économie sociale, 90 000 administrateur·trice·s bénévoles, dont 50 % sont des femmes et dont 1 personne sur 5 est un·e jeune. Est-ce qu’iels savent tou·te·s ce que c’est de l’économie sociale ? Est-ce qu’iels se connaissent et se reconnaissent entre eux·elles ? Comment peut-on se mobiliser pour l’économie sociale, pour favoriser le maillage ? C’est également un des quelques chantiers qui nous occupent.

Vision
Le Chantier de l’économie sociale vise la construction d’une économie plurielle qui a pour finalité le rendement à la communauté et la défense du bien commun directement liée aux besoins et aux aspirations des collectivités. Les entreprises d’économie sociale assurent le contrôle collectif et pérennisent la vitalité économique, sociale et culturelle des communautés.

Mission
La mission du Chantier de l’économie sociale est de promouvoir l’économie sociale comme partie intégrante de l’économie plurielle du Québec et ce faisant, de participer à la démocratisation de l’économie ainsi qu’à l’émergence de ce modèle de développement basé sur des valeurs de solidarité, d’équité et de transparence.

Mandats
– Concerter divers acteur·trice·s et partenaires de l’économie sociale aux niveaux régional et national
– Promouvoir l’économie sociale comme vecteur de changement social et économique
– Créer des conditions et des outils favorables à la consolidation, à l’expérimentation et au développement de nouveaux créneaux et projets
– Participer à la construction d’alliances avec d’autres acteur·trice·s socioéconomiques et mouvements sociaux en faveur de ce modèle de développement, incluant l’international
Source : chantier.qc.ca

À propos de Marie-Amélie Dubé

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