Diversité : Vivre ensemble

Texte | Daisy Winling, journaliste pigiste

Le Rimouskois Lénine Nankassa Boucal est le lauréat du prix Charles-Biddle 2020, volet régional. Ce prix décerné par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration récompense « les efforts, l’apport, l’implication, l’engagement et le rayonnement d’individus dans leur milieu ».

Et ce que Lénine Nankassa Boucal, travailleur culturel et entrepreneur social, a apporté à sa ville et sa région, c’est le Cabaret de la Diversité.

« Comment vivre ensemble si l’on ne se connaît pas, comment se connaître si l’on ne se rencontre pas ? »

C’est sur ce principe que Lénine Nankassa Boucal crée le Cabaret de la Diversité en 2017. Il conçoit et coordonne des projets, des rencontres et événements culturels promouvant l’inclusion, l’interculturalité et le vivre-ensemble.

L’espace L’arbre à palabres au Salon du livre de Rimouski est l’une de ses réalisations. Les visiteur·euse·s ont notamment pu assister à la lecture de poèmes en innu-aimun et français par Joséphine Bacon, accompagnée par le musicien et griot Zal Sissokho à la kora. « En seulement deux éditions, L’arbre à palabres est un succès. On doit trouver un emplacement plus grand pour la prochaine édition du Salon du livre de Rimouski », précise avec satisfaction Lénine Nankassa Boucal.

Il est attaché au concept de coresponsabilité de l’intégration : responsabilité de s’intégrer pour le·la nouvel·le arrivant·e, responsabilité d’accueillir pour le·la citoyen·ne.

Il remarque par exemple que pour des étudiant·e·s internationaux·ales de l’Université du Québec à Rimouski, la vie se résume aux cours, au campus et à l’épicerie, alors qu’il y a des sites historiques à découvrir à cinq minutes de leur domicile. Pour accélérer leur intégration à la société d’accueil, des mentor·e·s bénévoles font découvrir l’histoire, la culture et la vie locale.

« Comment vivre ensemble si l’on ne se connaît pas, comment se connaître si l’on ne se rencontre pas ? »

Lénine Nankassa Boucal en est convaincu : « Le vivre-ensemble, l’inclusion, la coresponsabilité de l’intégration… ce sont des concepts qu’on transforme en réalité avec le Cabaret de la Diversité. Je garde des images fortes de nos événements : une femme musulmane voilée qui tape du pied et danse sur un rigodon, des gens qui mangent de la tire d’érable en buvant du bissap (une boisson à base d’hibiscus, très populaire dans l’ouest de l’Afrique). »

Ces valeurs de vivre-ensemble lui viennent de plus loin que son expérience d’immigration. Lénine Nankassa Boucal a beaucoup déménagé dans sa vie ; d’abord au Sénégal d’où il est originaire, au gré des mutations de son père militaire, puis au Québec où il est arrivé en 2007. C’est finalement en 2014 qu’il s’installe à Rimouski.

On pourrait penser que la création du Cabaret de la Diversité est l’aboutissement de ses valeurs. Pourtant, c’est un incident qui en a été l’élément déclencheur.

« Un jour, en allant récupérer ma fille à la garderie, je l’ai trouvée bouleversée. Un petit garçon lui avait fait des remarques méchantes sur la couleur de sa peau. Elle m’a reproché de lui avoir donné une couleur plus foncée que les autres. En tant que père, je me suis senti honteux et impuissant de ne pas avoir pu protéger ma fille. »

Le Cabaret de la Diversité est donc né d’une nécessité de sensibiliser et célébrer la différence, mais aussi de développer une fierté de son identité, surtout pour les jeunes. Car « comment développer une identité dont on est fier·ère quand tout ce qui est beau et intelligent ne nous représente pas ? »

C’est pourquoi Lénine Nankassa Boucal a inclus dès le début le volet jeunesse dans la conception du Cabaret, car « à quoi bon promouvoir des valeurs si ce n’est pas pour les transmettre à la génération suivante ? » Sa plus grande fierté ? Avoir mis sur pied le programme jeunes ambassadeurs où s’impliquent des élèves de 10 à 12 ans.

Et qui sait, peut-être qu’un jour ce petit garçon de la garderie participera à l’atelier de lutte contre les préjugés mis en place par le Cabaret de la Diversité et des écoles de Rimouski…

À propos de Marie-Amélie Dubé

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