L’automne de Cinédit

Texte Hubert Sabino

Eh oui, nous vivons à une époque où des plateformes de diffusion en ligne donnent accès à des films et des séries télé en nombre suffisant pour se divertir, s’émerveiller ou s’instruire pendant bien plus de 365 jours, et ce dans le confort d’un divan moulé par nos corps et le temps. Devant cette réalité, il devient de plus en plus difficile de combattre ce goût légitime de rester encabané.e. Toutefois, la nouvelle programmation des Projections Cinédit vous convaincra assurément qu’elle en vaut le déplacement, même s’il y aura probablement toujours ce voisin qui mastique son pop-corn avec un peu trop d’ardeur, dans la rangée juste derrière.

Comme chaque année, les films sélectionnés offrent un échantillon de ce qui se fait de mieux en matière de documentaires québécois d’auteur. Voici quelques mots sur les oeuvres qui seront diffusées dans les quatre prochains mois :

16 septembre : Exarcheia, le chant des oiseaux de Nadine Gomez

Ce documentaire propose une immersion nocturne dans Exarcheia, quartier singulier de la ville d’Athènes. Avec sensibilité, la réalisatrice nous amène à la rencontre d’habitants et habitantes qui formulent, à relais, un discours appelant à la création artistique, à une redéfinition du politique, à la résistance collective ou encore à rêver d’un autre monde en construction.

7 octobre : Fondations d’Olivier D. Asselin

Alors que les Forges de Montréal sont menacées d’éviction, ce documentaire suit le combat exemplaire et inspirant mené par le forgeron Mathieu Collette afin d’éviter cette fermeture. On découvre alors toute l’importance de ce lieu historique internationalement reconnu, notamment pour son rôle indispensable dans la transmission d’un patrimoine immatériel durable.

4 novembre : Ziva Postec, la monteuse derrière le film Shoah de Catherine Hébert.
Portrait intime et sensible de cette pionnière, ce documentaire révèle habilement le rôle essentiel, mais peu reconnu, qu’elle a joué dans la conception du colossal Shoah. Réalisé par Claude Lanzmann, en 1985, cette oeuvre cinématographique marque un jalon dans l’histoire du documentaire.

2 décembre : Le chant de l’Empédocle de Sylvain L’Espérance et Marie-Claude Loiselle.
Depuis près de 30 ans, Sylvain L’Espérance développe, en toute liberté, une cinématographie d’une rare cohérence, tout en se renouvelant constamment. Marie-Claude Loiselle, notamment critique de cinéma pendant de nombreuses années, collabore depuis longtemps à l’écriture et au montage des films de Sylvain L’Espérance. Pour la première fois, ils cosignent une oeuvre. Il en résulte un film d’une grande beauté politique et poétique.

Au-delà des films, les Projections Cinédit, gérées par l’organisme autonome Vues dans la tête de Rivière-du-Loup, cherchent à favoriser la discussion (après la projection des films et non pendant, bien entendu !). Au grand plaisir des cinéphiles, les cinéastes viennent à Rivière-du-Loup pour rencontrer leur public, dans une formule décontractée et conviviale. Ainsi, dès que les lumières s’allument, à la fin du générique, ils et elles répondent aux questions des spectateurs et spectatrices, en plus de partager leur passion contagieuse pour le documentaire. Le lendemain matin, ces mêmes cinéastes participent à une classe de maître organisée par l’École de métiers du cinéma et de la vidéo (EMCV). Toutes personnes intéressées à venir participer à ces classes de maître, qui se tiennent au cégep, sont les bienvenues, et ce gratuitement. Animées par l’auteur de ces lignes, ces discussions avec les cinéastes permettent de décortiquer plus en profondeur certains éléments des films, autant lors de l’élaboration du projet, que du tournage et du montage. Les classes de maître permettent aussi d’aborder d’autres aspects de leur carrière. Évidemment, la porte est ouverte aux questions et commentaires de ceux et celles qui y assistent.

Ainsi, après ces deux rencontres avec chaque cinéaste, vous en aurez appris davantage sur leurs intentions, leur approche esthétique, leurs questionnements éthiques pendant le processus de création, les réalités de leur tournage, etc. Ces discussions transformeront assurément votre perception de ces oeuvres, et même peut-être du cinéma documentaire en général.

Les projections ont lieu les lundis à 19 h 30, au plus que centenaire Cinéma Princesse. Le prix est des plus abordable ; l’entrée générale est à 7 $ et à 5 $ pour les étudiant.e.s.

Pour tous les détails, allez sur la page Facebook des Projections Cinédit. Bon cinéma !

À propos Marie-Amélie Dubé

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