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L’artisanat ça s’entreprend : Plaidoyer pour les artisan.e.s, artistes de leur temps

Texte Paul-Émile Garon

Entre nous, l’artisanat ça a toujours existé, depuis les premières créations néolithiques des Vénus callipyges, aux bons pains au levain en passant par les mobiliers de la Renaissance. L’être humain a toujours accordé de l’importance à créer, transformer et sublimer des produits issus de la nature brute en nombre d’objets tous plus divers en formes, couleurs, saveurs et utilités.

Mais voilà, aujourd’hui l’artisanat, ça s’entreprend. Loin de se limiter à l’activité de création dans un atelier ou à l’extérieur, il faut user de créativité pour la mise en place d’un circuit élaboré de financement, de visibilité et de diffusion ; bref dans un système économique néo-libéral le savoir-faire de l’artisan.ne ne suffit plus, il.elle lui faut un savoir-faire de gestionnaire et d’entrepreneur.e, pour le meilleur et pour le pire.

Le meilleur, c’est l’alliage entre tradition et innovation, faire du neuf avec l’ancien, par et pour toutes et tous, avec en plus le nouveau souffle de l’explosion des technologies de l’information. Les projets de ce type sont nombreux, ils sont écologiques et à échelle humaine, mais surtout ils sont nourris par la passion et le retour que leur offre leur communauté. Qu’ils soient ancrés dans l’urbanité ou la ruralité ils gravitent tous autour du travail manuel. Ils sont portés par des femmes et des hommes joignables et accessibles. C’est un artisanat incarné, corps et âmes, avec lequel on peut interagir de manière authentique ; bref des gens comme vous et moi, que l’on peut interpeller et remercier.

Le pire, à l’inverse c’est l’absorption de l’artisanal dans l’industriel. C’est quand par exemple une micro-brasserie qui sort de son trou avec brio consent finalement à se faire racheter par une machine (du diable) à capitaux. Ne peut-on donc que subir ces rouages qui nous entraînent tous et toutes malgré nous dans leur triste grincement ? Lorsque l’oeuvre d’une passion devient produit de consommation, ne sommes-nous pas broyé.e.s dans leurs engrenages avec comme unique lubrifiant que l’argent ?

Autre exemple celui de ce milliardaire à la grosse tête qui décide de lancer une série autour de sa nouvelle « ferme » soi-disant révolutionnaire. « Ferme » qui n’est en fait qu’une entreprise vulgaire qui exploite la terre et les corps avec des salaires ultra-compétitifs. Des salaires qui paraîtront totalement indécents en comparaison de ceux des paysans et paysannes auto-entrepreneur.e.s qui triment fort avec le poids de leur endettement à même leurs épaules.

Deux poids, deux mesures. D’un côté des industries de masse pour une consommation de masse et une exploitation de masse.
De l’autre un artisanat unique qui fait oeuvre commune pour des citoyens et citoyennes à part entière.

Deux mondes se côtoient, et l’ancien, celui qui persiste et signe dans l’erreur, n’est pas celui auquel on croit, mais bien celui où l’on veut croître sans sens. Devant la finitude du monde et de ses ressources, le retour aux sources ne signifie pas un retour dans le passé. Il s’agit de faire mieux avec moins. Et cela l’industrie en a toujours été incapable, car elle a par définition toujours eu la folie des grandeurs. Cette folie, c’est celle des compagnies qui ne recherchent que le profit sans se soucier du beau et du sublime.

Entre prendre des profits avec une machine sans coeur ni tête ou s’incarner artiste de son temps à travers son savoir-faire ; la deuxième issue est bien la plus souhaitable, mais surtout la plus risquée car la loi du marché ne voit en nous que des acteurs et actrices économiques. Alors, ne nous réduisons pas à des actes tristes, économiques et encourageons localement nos artisans et artisanes coûte que coûte, quel que soit notre bourse, car il nous reste encore à choisir entre la bourse ou la vie.

À propos Marie-Amélie Dubé

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