Laisser parler les murs

Texte | Daisy Winling, journaliste-pigiste
Photo | J-F Savaria / @jfsavaria

Maxilie Martel, connue sous le nom Mono Sourcil, est une artiste muraliste montréalaise au style distinctif. Ses personnages, volontiers grotesques, arborent souvent… un monosourcil. Pour la Saint-Patrick, un célèbre fabricant de bières irlandais lui a confié la réalisation d’une murale.

Elle n’a pas eu besoin de soumissionner pour ce projet, c’est le commanditaire qui l’a contactée directement. « C’est un peu nouveau pour moi. J’ai trouvé ça très flatteur. »

Réaliser une murale en hiver est un défi : il faut scruter la météo et profiter d’une période de douceur relative pour peindre. Tout doit donc être prêt quand le thermomètre monte suffisamment. Quand le fabricant de bières l’a contactée à la mi-février, Mono Sourcil a eu un mois pour proposer sa maquette, obtenir les permis, prendre des assurances, louer une nacelle hydraulique, recruter deux assistants et enfin peindre.

Ce travail se fait en plusieurs étapes. Il faut d’abord préparer le mur, puis faire le traçage et le remplissage. Mono Sourcil estime que ses assistants et elle y ont passé une trentaine d’heures en trois jours.

LE POTENTIEL DE L’ART MURAL EN RÉGION

Si Montréal est connue pour être la ville aux mille et une murales, qu’en est-il du Bas-Saint-Laurent ? Mont-Joli compte des fresques historiques depuis 2007, la première murale de Rivière-du-Loup date de 2018, celle de Rimouski, de 2019.

Doit-on conclure que les murales sont plus de l’art de grande ville que de région ? « Non, répond Mono Sourcil, mais ce serait bien qu’il y en ait plus. Je trouve que ce qui se fait en région est très classique. Je trouve ça dommage de se limiter par exemple au patrimoine. »

Pour l’artiste, l’enjeu d’une murale n’est pas la beauté ou le patrimoine, mais de mettre de la vie sur un mur, dans une place ou un quartier, et d’avoir un impact sur la communauté. Tout ce qu’il faudrait à un·e artiste muraliste, ce serait donc un mur et la confiance des gens, affirme Mono Sourcil. « Puisqu’une oeuvre d’art peut fonctionner n’importe où, que ce soit la ville ou la région, après, c’est au monde de l’accueillir. Je crois qu’en région, il faudrait davantage faire confiance à l’artiste puis être prêt à innover. »

FAIRE CONFIANCE À L’ARTISTE

Maxilie insiste sur la valeur intrinsèque des murales qui va audelà de la réhabilitation immobilière d’un quartier ou d’une zone, ainsi que de la nécessité pour les citoyen·ne·s porteur·euse·s des projets de faire confiance aux artistes. « L’artiste ne s’exprime pas juste pour plaire à la demande, il·elle s’exprime par sa vision, et c’est aux gens qui ont droit de veto sur les murales de s’ouvrir et de prendre des risques. Sans risque, il n’y a pas de nouveauté, pas de progrès, pas de changement. L’artiste, c’est ça qu’il·elle fait constamment, prendre des risques. Je pense qu’il faut faire confiance à ceux·celles qui savent prendre des risques, leur laisser la place pour s’exprimer et laisser plus de liberté aux styles et aux langages diversifiés. »

Ce n’est pourtant pas comme ça que cela se passe au début d’un projet. Comme Maxilie l’a constaté à plusieurs reprises, « tout le monde a une opinion ». « Le comité de citoyen·ne·s qui proteste tout le long du projet finit souvent par trouver ça bien beau, et que c’était son idée tout au long », poursuit-elle, amusée.

Selon elle, les murales finissent par plaire malgré les réticences et critiques initiales des comités de citoyen·ne·s. « On rajoute de la couleur sur un environnement gris et un quotidien terne. Peu importe le résultat, même si c’est pas tant beau, il y a de la couleur et les gens vont aimer. J’ai rarement vu des réactions négatives. »

GRAFFITIS ET MURALES, TOUS ONT LEUR PLACE

Partie intégrante de l’art de rue, le graffiti n’a pas le même accueil chez le public que les murales. « Les gens n’aiment pas trop voir des graffitis et des signatures sur les murs, mais en même temps, il faut accepter l’envers de la médaille, ce qui est à l’origine de l’art mural et du street art. Je pense qu’il aura toujours une réticence pour le graffiti parce que ça implique du vandalisme. »

Mais, ce dont les gens ne se rendent pas toujours compte, c’est que derrière ces deux formes d’expression se trouvent parfois les mêmes créateur·tice·s, révèle Maxilie. « Je connais des gens qui font des murales, et il arrive que des personnes les abordent en disant “C’est beau ce que vous faites, c’est pas comme le tag sur ma porte de garage…”, alors que ça pourrait être les mêmes personnes. C’est cocasse ! »

À propos de Marie-Amélie Dubé

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