L’ado abstrait

Texte | Pascal Morin, directeur général du Dôme
Photos | Nadine Boulianne

Selon Le Petit Larousse, la définition du mot « adolescence » est la suivante : période de la vie entre l’enfance et l’âge adulte, pendant laquelle se produit la puberté et se forme la pensée abstraite. Vous serez sûrement d’accord avec moi, c’est une bien simple définition pour expliquer la complexité de cette période charnière de la vie. Monsieur Larousse ne se trompe cependant pas sur un point : c’est assurément la période où se forme la pensée abstraite. Et pour un·e intervenant·e d’une Maison de jeunes, le développement de cette pensée abstraite chez nos jeunes adultes en devenir devient justement notre terrain de jeu privilégié.

Déjà, dès que les ados ont 11 ou 12 ans, la société leur demande de commencer à prendre des décisions, d’assumer de plus en plus de responsabilités tout en étant performant à l’école, dans les sports et pour d’autres, aussi au travail. À travers tout cela, nous leur demandons aussi d’être poli·e·s, de ramasser leur chambre, de ne pas consommer et d’être d’humeur agréable matin, midi et soir. Bref, nous leur demandons de commencer à agir en adulte sans toujours prendre le temps de bien les accompagner dans leur cheminement intérieur. Les accompagner, c’est exactement ce que nous faisons au Dôme !

Notre rôle premier est d’être présent·e·s au quotidien, dans la vie des ados, en étant pour eux une ressource de confiance capable de les guider dans tous les aspects de leur vie. Par notre disponibilité et notre écoute, nous souhaitons avant tout permettre aux jeunes de montrer leur vraie nature en notre présence. Nous nous faisons un devoir d’être à leur côté, sans porter de jugement et sans leur mettre la pression d’être parfait·e·s en tout temps, sous toutes leurs facettes. Nous souhaitons leur montrer, de cette façon, que l’erreur est possible, mais qu’il y aura toujours une main tendue pour les aider à se relever et à continuer à avancer en gardant la tête haute et le regard fier. Mais trêve de métaphores, concrètement, quels services offrons-nous aux jeunes ? Comme cela est indiqué plus haut, notre terrain de jeu est la pensée abstraite de l’ado. Ces pensées, aussi abstraites soient-elles, guident nos interventions. Par nos activités et ateliers, nous leur offrons donc des outils afin de leur permettre de s’accomplir, de s’informer, de s’éduquer, de s’amuser et de se responsabiliser dans un environnement positif, constructif, sain et stimulant. Par nos ateliers de prévention sur l’anxiété, l’hypersexualisation ou la confiance en soi, nos activités de cuisine, nos projets spéciaux et sorties extérieures, nous visons, entre autres choses, à développer leur autonomie, leur ouverture sur le monde et leur empathie ainsi que leurs habiletés à travailler en équipe et à prendre de bonnes décisions. Et ce, toujours dans l’idée de stimuler cette pensée critique essentielle dans le développement des ados.

79 RUE FRONTENAC, RIVIÈRE-DU-LOUP
(418) 867-2651

Bien entendu, l’aspect intervention individuelle est aussi très important. Pour ce faire, le lien de confiance entre intervenant·e·s et ados est essentiel. Avec une équipe de sept animateur·trice·s/intervenant·e·s, bonifiée de deux travailleur·euse·s de rue, la majorité des jeunes sont en mesure de s’identifier à au moins une personne d’entre nous ; ce qui alimente ce lien de confiance, ouvre la porte aux confidences et facilite les interventions et références. Je me sens très privilégié et fier d’offrir à notre jeunesse un lieu de rencontre aussi dynamique et positif et de diriger une équipe de travail aussi passionnée et dédiée à notre jeunesse.

La bonne entente entre les différents acteur·trice·s de la Maison des jeunes Le Dôme et du travail de rue est aussi primordiale. Le Dôme étant l’organisme pivot du travail de rue de la MRC de Rivière-du-Loup, une de ses responsabilités est de s’assurer que le projet TRIP puisse avoir le financement nécessaire, d’année en année, afin de permettre à nos deux travailleur·euse·s de rue d’exercer leurs professions sur tout le territoire de la MRC, de la façon la plus optimale possible. La communication, l’entraide, les partenariats et le travail d’équipe doivent prédominer dans notre milieu. Nos missions respectives ont un point en commun : l’être humain et son bien-être. Ayant moi-même exercé ce métier pendant quelques années, je suis bien placé pour témoigner de l’importance du travail de rue pour les jeunes de la MRC. Une intervention de première ligne est essentielle dans notre société. Ces intervenant·e·s font souvent office de lien entre les individus dans le besoin et les organismes qui offrent des services spécialisés pouvant leur venir en aide.

Dans une société où l’« avoir » l’emporte sur l’« être », je crois que notre organisme peut apporter une dose importante d’humanisme et d’équilibre dans la vie de notre superbe jeunesse. Il ne faut pas oublier que ces ados parfois un peu weirdos que vous croisez dans la rue, au centre d’achat ou même autour de votre propre table, ont l’intelligence, la capacité et la volonté de transformer notre monde de façon à ce que chaque individu se sente accepté, valorisé, épanoui et respectueux de son environnement. C’est donc le devoir de tout le monde, et non pas seulement de nous, intervenant·e·s jeunesse, de cimenter la confiance de nos ados et de les accompagner dans leurs aspirations présentes et futures. Comme disait l’auteur irlandais George Bernard Shaw, l’adolescence est l’âge où les enfants commencent à répondre eux·elles-mêmes aux questions qu’il·elle·s posent. Alors, aidons-les à trouver les bonnes réponses !

Statistiques | 2008 à 2018

Travailleur·euse·s de rue au Bas-Saint-Laurent | 15
Travailleur·euse·s de rue au KRTB | 8
Superficie desservie | 22 185 km2
161 563 interventions
295 807 contacts réalisés
232 494 contacts auprès d’individus de 12 à 30 ans

TYPES D’INTERVENTIONS
150 225 sessions d’écoute, soutien et échange auprès des individus
95 426 démarches d’information et de sensibilisation
16 256 références, orientations et accompagnements
2476 interventions de crise
1541 médiations

MATÉRIEL DISTRIBUÉ
13 413 documents d’information, dépliants et cartes ressource
13 027 condoms
2603 kits de seringues (2010 à 2018)

Au KRTB, nous faisons partie de l’ATTRueQ, l’association des travailleur·euse·s de rue du Québec. Cette association vise à assurer le développement et la reconnaissance du travail de rue. Elle a vu le jour en 1993 et aujourd’hui, c’est plus de 250 membres au Québec qui font partie de ce regroupement.

Une journée « typique » en travail de rue ? Première chose qu’on fait, on prend nos textos, nos messages vocaux et nos courriels. Souvent, c’est ce qui déterminera le cours de notre journée. En fait, c’est bien la seule chose typique de chaque jour en travail de rue, parce que pour le reste, c’est assez varié !

Lorsqu’on n’a pas de rencontres individuelles ou de groupe, on travaille beaucoup dans l’informel. On profite de ces moments-là pour créer des liens avec les gens, organismes, institutions et partenaires de nos MRC respectives. En gros, c’est ce qui se passe dans nos après-midi, mais c’est loin d’être fini. Par la suite, c’est la soirée qui commence ! Quand les rues s’animent, nous sommes sur place avec les gens de la communauté, que ce soit dans les parcs, dans les festivals, les carnavals ou autres événements pour faire principalement de la prévention et de l’intervention. On est dans leur quotidien, que ce soit dans les bons moments ou dans les plus difficiles. Par contre, une grosse partie de notre travail se fait dans l’ombre. On utilise l’approche de la réduction des méfaits, ce qui fait en sorte que nous distribuons du matériel de prévention (condoms, seringues, etc.). Évidemment, on dirige beaucoup les personnes vers les ressources appropriées à leurs besoins et il nous arrive aussi de les accompagner.

Au final, le travail de rue c’est ;
• Établir une relation de partage, d’égal à égal ;
• Respecter la place qu’une personne nous accorde ainsi que son rythme ;
• Placer les besoins de la personne au coeur de nos interventions.

La personne aidée est maître de son changement. On est seulement des acteur·trice·s qui peuvent l’accompagner dans sa démarche sans avoir la prétention de la sauver.

À propos Marie-Amélie Dubé

Voir aussi

De l’insulte à l’injure

Texte | Éric Dubois, syndicaliste, citoyen des Trois-PistolesIllustration | CDA Récemment, Le Devoir a publié …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *