Lâche pas!

Texte | Max Bélisle, préposé au délire

En ce début d’année, on va se parler d’éducation un brin, si vous le voulez bien. S’il y a un sujet où pas mal tout le monde a son opinion, c’est bien lui. C’est bien simple, tout le monde est allé à l’école, tout le monde a une expérience différente et tout le monde le voit bien… c’est pas parfait. Qui est sorti.e de son parcours scolaire en se disant : « Ma foi, ces années ont été parfaites en tout point ! » ? Et ceux.celles qui ont trouvé ça cool, l’école, c’est pas mal plus parce qu’il.elle.s se sont fait des potes pour la vie que pour une histoire de tables de multiplication. Plus souvent qu’autrement, y’a des bouts roughs, des épisodes qui te font soupirer encore, même quand la tête te grisonne. La vie en microsociété scolaire, pas facile tout le temps ! Plusieurs (trop) vont jusqu’à dire adieu à ce lifestyle trop tôt. En vrai : lâche pas !

C’est trop tôt parce que peu importe le cauchemar, c’est la base que tu vas chercher en matière de connaissances. Le.la prof a beau être cerné.e jusqu’à ton pupitre, y’a beau avoir eu quatre dégâts d’eau dans ta classe depuis le début de l’année, le bully de la gang a beau miraculeusement passer ses cours si bien que le mange-marde te suit chaque année, ta configuration de départ côté connaissance te sert vraiment longtemps sans même que tu t’en aperçoives. C’est le gros noeud de la patente : « sans que tu t’en aperçoives ». Eille, c’est plate rare ! Tu passes huit heures dans un local avec 22-23 autres kids pis un.e adulte, tu apprends des trucs, et ça va te servir… mais tu le sauras pas. Ça sonne comme une moyenne crosse, non ? Y’a des princes lointains qui te demandent du cash sur internet et ils ont l’air plus crédibles. Donc, bien entendu, quand la belle job se pointe le bout du nez, pis que ton parcours est pas top, c’est tentant en viarge de faire un beau gros finger à la bâtisse laitte pis d’aller dans le monde adulte voir si c’est mieux. C’est là que tu vas te ramasser anyway, non ? Rarement une bonne décision. Donc, lâche pas !

« L’apprentissage scolaire, c’est la base, mais pour le reste de ta vie, le buffet de trucs à apprendre est infini. »

Les décisions que tu prends à 16 ans sont rarement permanentes. Ton.ta « partenaire de vie » que tu te fais à 16 ans, les « meilleurs bands au monde » quand t’as 16 ans, les « opinions articulées » de tes 16 ans… rares que ça dure. Et ta décision de quitter le système scolaire à 15-16 ans, je suis désolé… ça va être une bonne décision pendant… gros max trois ans. Tu vas te découvrir à la dure, voir c’est quoi « prendre ses responsabilités », partir de chez tes parents, revenir chez tes parents, repartir de chez tes parents. Je continue ?

Un moment donné, le déclic va se faire : « C’est ÇA que je veux faire de ma vie ! » Tu vas t’informer, t’apercevoir que le ÇA en question, c’est trois ans d’études, excluant finir ton 5. La flamme est mieux d’être vive parce que la bâtisse est encore laitte ! Te remettre dans un beat d’apprentissage après une pause de plusieurs années, c’est incroyablement difficile. T’as une minuscule idée de ce que c’est « retourner au gym avec ton cerveau » chaque mois de septembre, imagine après trois ans ! La pente est abrupte. C’est bien évident que ta place dans le marché du travail, tu la trouveras pas tout de suite, mais en attendant d’avoir le flash, garde-toi le cerveau tight. Lâche pas.

Tu commences à « catcher » le topo : lâche pas. Trouve-toi une activité hors école qui va te faire passer le système scolaire, la sauce piquante qui va faire passer les légumes. Du sport, des arts, une collection de timbres, peu importe ! Prends le temps par la gorge pis tue-le !

Mais ceux et celles qui lisent ces lignes et qui n’ont pas lâché, qui sont allé.e.s chercher le bout de papier, n’allez pas croire que je vous oublie, mes « torrieux » ! La persévérance scolaire, c’est important, mais la persévérance d’apprentissage l’est encore plus. Tu passes 15-20 ans à l’école, mais 50 autres après. Avec la job, la p’tite famille, le char qui pète, c’est tellement facile d’arrêter d’apprendre et de s’envoyer du divertissement pur en arrière de la cravate ! C’est un effort d’être actif physiquement, mais de l’être intellectuellement aussi. S’asseoir pis l’ouvrir le livre qu’on a acheté pas cher pis qu’on se disait « qu’un moment donné » on prendrait le temps de le lire, pas facile. Le regarder le documentaire qu’on s’est fait dire que c’était intéressant, quand t’es brûlé, c’est pas naturel. Pis non, lire le titre d’un article weird sur Facebook pis le partager comme si on l’avait lu, ça compte pas !

À propos Marie-Amélie Dubé

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