La vraie nature

Texte | Audrey Gendron
Photo | Sasin Tipchai de pixabay.com

On entend souvent cette phrase : « On ne se rend compte de l’importance d’une chose que lorsqu’on la perd ». Dans le contexte actuel, elle prend tout son sens. Confiné.e chacun.e chez soi, c’est notre vraie nature qui émerge.

C’est le soi avec soi. Le soi contre soi. 

On cohabite avec nous-mêmes : nos peurs, nos envies, nos joies, nos tristesses. Et nous n’avons plus d’échappatoire. Pas de bière Aux Fous Brassants le vendredi soir avec sa gang de chums pour oublier. Pas d’ami.e à rencontrer au Café du Clocher pour parler de sa relation compliquée. Pas de compagnon.compagne de boxe sur qui frapper pour laisser sortir le «méchant» accumulé. Personne avec qui regarder le coucher du soleil sur la terrasse de Mirador dans le seul but de mettre une photo sur Instagram et de faire croire à tous – et à nous-même – que notre vie est plus-que-parfaite. 

Nos échappatoires habituelles ont disparu, emportant avec elles une partie de notre confort. Il nous reste quoi? Notre vraie nature. Nos peurs et insécurités voient enfin le soleil, après un bon moment confinées en-dedans. Ces émotions se permettent de sortir, et c’est normal que ça dérange. Il faut les apprivoiser, les laisser parler. Essayer de les comprendre et de les accepter. Pour qu’après cette crise, elles ne soient pas reléguées au confinement éternel dans notre soi intérieur, mais qu’elles aient leur place, et que ce soit correct comme ça. Pour qu’enfin la bière du vendredi soir ne soit plus une simple évasion à sa propre réalité, mais que ce soit juste pour le fun

Vivre un chamboulement, c’est différent pour chacun.e. Le niveau de déstabilisation face à la crise se vit de différentes façons. Je ne juge pas les gens qui en sont à leur dixième grand ménage. Je ne juge pas ceux.celles qui ne font pas grand chose et à qui ça fait du bien. Je ne juge pas non plus ceux.celles qui voient cette pause comme un bon moment pour entreprendre des projets mis de côté depuis longtemps, qui ne ressentent pas de stress-peur-tristesse et qui sont juste bien durant cette période d’isolement. Je crois qu’il faut simplement s’écouter et le vivre comme on en a envie. Par contre, ce n’est pas une course. On peut ralentir la cadence de notre rythme habituel, ça ne fera pas de mal à personne, même pas à toi, qui en est à ton dixième grand ménage.

Malgré la façon dont chacun.e vit cette situation inhabituelle, une chose est sûre : le contact humain est un manque réel qui nous affecte tous. Dans le livre de Yuval Noah Harari, Sapiens : Une brève histoire de l’humanité, j’ai compris ce qui faisait la force des êtres humains. L’Homo Sapiens (nous – pour ceux qui n’auraient pas écouté durant leurs cours de biologie/histoire) est devenu, il y a plusieurs milliers d’années déjà, la première espèce en haut de la chaîne alimentaire. Nous y sommes arrivés par la collaboration entre plusieurs individus de notre espèce. Ce ne sont pas nos muscles ni notre cerveau qui nous ont permis de nous hisser au haut de la liste, mais bien l’aspect social et le fait que nous travaillons en équipe. Notre force réside en l’ensemble et non en l’être humain lui-même. Il est donc normal que l’être social que nous sommes se sente impuissant et seul en ce moment. Depuis l’existence des Sapiens, nous avons évolué en société, en communauté. C’est ce qui nous caractérise! Notre côté social est inné. Et on le sent s’effriter durant cette crise du chacun-chez-soi.

Malgré l’évolution technologique qui nous permet aujourd’hui de rester connectés, on peut s’entendre que Zoom n’est pas à la hauteur. Je ne ressens pas la même satisfaction en visioconférence que lors d’un souper en famille un peu chaotique où plusieurs conversations simultanées essaient, chacune à leur tour, d’atteindre un nouveau record de décibels. Ce souper, qui finit systématiquement avec un verre de vin rouge étendu sur la nappe blanche. Et qui se poursuit par une veillée autour du feu à manger des guimauves, à rire et à observer l’immensité du ciel étoilé.

Nous vivons pour ces moments, ces connexions, aussi petites soient-elles. J’ai le cœur chaud juste à écrire ces lignes, à penser à tous les beaux moments à venir, dès que nous le pourrons. En attendant, je garde mon cœur chaud pour autre chose… pour tous les élans de solidarités, pour ceux.celles qui travaillent corps et âme pour sauver nos aînés, pour tout ce qui m’allume et me permet de me sentir bien durant cette période. 

Je n’ai plus d’échappatoire. Comme tout le monde, j’apprends à cohabiter avec ma personne. Juste mon moi avec ou contre moi.

À propos Marie-Amélie Dubé

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