La tangente est weird

Texte | Max Belisle, préposé au délire

Le jour de la Terre prend une tangente weird cette année. Au moment d’écrire ces lignes, 11 000 personnes sont décédées de la COVID-19 et 275 000 en ont été atteints au total. Et probablement qu’au moment de lire ces lignes, ces chiffres tout à fait fous vous parraîtront bas.

Tenez-vous bien, je vous l’ai dit : la tangente est weird. Nous avons été à même de constater que la mondialisation économique et les moyens de télécommunication amènent les gens à voyager plus que jamais et qu’en temps de pandémie, ces avancements se retournent contre nous, même principe que lorsque ton disque dur de 3 To (un autre chiffre qui va vieillir extremement mal) te lâche sans t’avertir. Les voyages étaient supposés former la jeunesse, maintenant, ils tuent la vieillesse.

De plus, la propagation de la 19 (ouais, on est familier comme ça) a une franche odeur d’intérêts commerciaux. Au moment où je vous écris, on s’approche des 1000 cas déclarés au Canada, contre 455 pour l’Afrique au complet. Comme quoi les puissances économiques mondiales sont nombrilistes jusque dans leur toux sèche, ou que les tests de dépistage se rendent là aussi vite que l’aide internationale, choisissez votre scénario ! C’est le jour de la Terre mais, je vous l’ai dit : la tangente est weird !

Plusieurs rassemblements ont lieu chaque année pour le jour de la Terre et là, well, je ne crois pas me transformer en devin en disant que cette année, ça va se passer chacun chez soi. Les mesures de confinement deviennent difficiles, voire aliénantes, pour certains. Pour passer les prochains mois, ça prends des amis de mauvais goùt à qui ventiler tout ce qui peut sortir de wrong de votre tête par maladresse sans que ça ait d’effets négatifs. Je me porte volontaire, au pire ! De plus, je suggère d’accueillir le traumatisme, de s’en imprégner, de l’intérioriser bien comme il faut. Le couteau, on le tourne dans la plaie, pis si on peut le faire rouiller avant, tant mieux ! Faites-en un scrapbook, tiens ! Car, on va s’en souvenir. Il faut. Pas le choix. Faut être scrap en viarge pour oublier qu’on a passé des mois encabanés avec la présence humaine la plus réduite possible pour sauver les plus à risque. Pas voir d’humains, pour sauver l’humain, je vous l’ai dit : la tangente est weird ! Si la grippe H1N1 nous a légué le toussage dans le coude, jamais je croirai qu’une pandémie aussi paralysante n’aura pas de legs. Donnez-moi un peu d’espoir bout d’crisse ! Je ne peux pas plus que vous décider des héritages de cette crise, mais tout de même …

J’espère que nous aurons plus conscience de notre interdépendance. Le monde au dép que tu regardais en disant “faut ben commencer keck part” , tu les trouves hot en viarge en ce moment ! J’espère que ton travail ne dictera plus le regard que les gens ont sur toi.

J’espère que nous aurons plus d’empathie. Pendant cette pandémie là, tu vas avoir vu du monde angoissé, des actions guidées par la peur, des réflexes conditionnés qui se dénouent sous tes yeux. Tu vas avoir jugé des gens pour te réconforter. Tu vas avoir vu le regard qui veut dire «on est tous dans le même bateau » dans les yeux d’inconnus. Tu vas avoir vu de la solidarité et ce que ça peut faire. Tu vas avoir vu le résultat de la créativité à la sauce de « faut qu’ça sorte ». Tu vas avoir vu l’humain dans sa version la plus complète et j’espère qu’il va s’être arrangé pour que tu l’aimes plus qu’avant.

J’espère que le concept de frontière sera renouvelé. Les gens vivent différemment selon les territoires et nous sommes voisins comme jamais. Une frontière convenue, ce n’est pas une déclaration de guerre, ça permet à plusieurs groupes de se bâtir des « vivre-ensemble » à eux, tout simplement. Et des voisins, ça s’aide, ça se barbe de temps en temps, ça fête, ça call la police quand ça mène trop de train, des affaires de même. La clotûre sert pas juste à faire des chicanes de clotûre !

J’espère que cet échantillon de décroissance sera maintenu. Le confinement, par définition, ça réduit les possibilités, et ça force à moins puiser à l’extérieur pour se sentir vivant. À chacun son essentiel et sa réduction de matériel, l’humanité s’en portera mieux.

À propos Marie-Amélie Dubé

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