La rumeur des dents

texte Dr Frédérique Ménager, Clinique Dentaire St-Antonin

Nous sommes en compagnie de Mme Belle Palette, représentante de l’équipe dentaire buccale. En effet, pour clôturer le mois de la santé, nous voulions avoir plus d’information sur le travail et les particularités des dents.

– Chère Madame Palette, pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste votre travail et celui de vos coéquipières ?

– Avec grand plaisir ! Je suis donc l’incisive centrale (Palette, pour les intimes) et j’ai plusieurs fonctions.

Je suis celle qui est mise en avant, celle que les gens remarquent en premier. En clair, je suis la plus belle pour mes propriétaires. J’ai un rôle dans la prise des aliments mais c’est aussi grâce à moi si les gens peuvent parler correctement. Si je suis absente, la langue passe dans ce trou et certains sons ne peuvent pas être bien prononcés. Je suis donc délicate, fine, mais aussi solide car je suis capable de croquer pendant des années sans que rien ne se passe, jamais. Je suis fidèle au poste mais ne vous fiez pas aux apparences ! Je suis parfois malmenée… C’est moi qui absorbe les chocs si le propriétaire tombe ; c’est moi, en général, qui casse en premier. D’ailleurs, pour être franche, je déteste le hockey, le motocross, la boxe et la violence dans les bars. Je suis la première à en pâtir… Sans parler que je dois couper du fil de couturière ou de pêche, ouvrir des bouteilles, ronger des ongles… C’est éreintant et dangereux pour ma santé.

– Je comprends bien… ce n’est pas la modestie qui vous étouffe ! Et en ce qui concerne vos voisines ?

– Juste à côté de moi, il y a l’incisive latérale. Elle fait tout comme moi. Elle est plus fine, plus petite, on la remarque moins… Enfin si, on la remarque quand elle est absente ! Ensuite il y a la canine. C’est un peu la chef de notre équipe. Toute en rondeur et en force. Elle nous protège toutes ! Lorsque notre propriétaire mange, elle nous soulage beaucoup de la pression qu’on subit alors. C’est un croc mais qui sert de volant dans la bouche !

– Vous nous avez parlé des dents de devant, dites les antérieures, qu’en est-il des autres ?

– Les postérieures sont mesdames les prémolaires et les molaires. Ce sont les besogneuses, les gros muscles, les gros bras qui fonctionnent bêtement en suivant les ordres des muscles masticatoires qui activent la mâchoire. Les prémolaires font leur coquette car elles sont assez en avant pour être vues mais elles ne font pas toujours partie du sourire. Elles se vantent d’aider aussi à la mastication mais, croyez-moi, elles ne sont pas si solides que ça ; surtout la première prémolaire du haut ! Les dentistes la craignent comme la peste car elle casse souvent. Elle n’est pas fiable mécaniquement avec ses deux petites racines fines et crochues. Les molaires sont nos gros bras. Elles mastiquent et triturent les aliments. Sans elles, ou avec ne serait-ce qu’une molaire en moins, nos propriétaires mangent moins bien. Nous formons une équipe soudée ; dès qu’une équipière est absente, cela perturbe cinq de nos équipières. Certaines se penchent, d’autres versent et d’autres essaient de combler l’espace vacant. Bref, cela devient la foire d’empoigne et notre petit train-train quotidien est perturbé à tout jamais, sauf si elle est remplacée. Et le plus vite est le mieux, croyez-moi !

– Qu’en est-il des dents de sagesse ? Pourquoi les mettez-vous sous silence ?

– Ah ! Les dents de sagesse ! Celles-ci ne nous aident pas vraiment. Elles font rarement « partie de la gang ». En général, elles se prélassent dans l’os de la mâchoire, rechignent à sortir, ébauchent des racines bizarres, font leur diva, font croire qu’elles vont sortir et nous aider avant de changer d’avis, ou elles poussent et déclenchent une infection… Bref, ce sont les rebelles mais, heureusement, nos propriétaires les font souvent enlever !

– Merci pour cette description somme toute rapide mais nous comprenons l’idée. Ma dernière question serait sur cette rumeur qui court depuis 10-15 ans, comme quoi ce serait une mode d’avoir des appareils orthodontiques, ces fameuses broches qui ornent les dents de nos enfants ?

– Je ne parlerai pas de mode. Je dirai simplement qu’il y a plusieurs facteurs à considérer. Déjà, il faut savoir que la croissance des maxillaires est un phénomène complexe qui implique plusieurs facteurs simultanément. Par exemple, il y a de plus en plus d’enfants allergiques qui font des sinusites à répétition et qui se servent beaucoup de leur bouche pour respirer. Or, c’est le nez qui doit remplir cette fonction et le passage de l’air dans les sinus est un élément très important pour la croissance de la mâchoire du haut. Donc un enfant qui est respirateur buccal a très souvent besoin d’un petit coup de pouce pour activer cette dernière. Pour lui, l’orthodontie est une aide essentielle.

Autre exemple, je discutais avec une de mes cousines qui est plus âgée. Elle me racontait qu’enfant, son propriétaire mangeait comme collation un morceau de pain rassis de la veille et un carré de chocolat dur. Il fallait mastiquer « en tabarouette » pour pouvoir réduire en purée cette collation ! De nos jours, les enfants mangent beaucoup de mou. Par exemple, « je croque dans une pomme » a été remplacé par «j’aspire de la compote ». Or, la mastication active la croissance du parodonte et des mâchoires… Je ne vous parle pas de nos ancêtres qui déchiraient et broyaient de la viande crue ; il était important pour eux d’avoir 12 molaires efficaces ! Mais maintenant, avec nos hamburgers, carpaccio ou fondue… C’est pourquoi l’espèce s’adapte et que les dents de sagesses sont certainement vouées à disparaitre. Donc les traitements d’orthodontie sont importants pour rectifier les déviations ou la lenteur de la croissance et ne pensez pas que les dentistes conseillent ces traitements-là pour l’esthétique ! Que nenni ! Eux, ce qu’ils veulent, c’est que chaque dent ait la possibilité de jouer son rôle et soit pleinement épanouie pour travailler en harmonie, douceur et efficacité ! C’est aussi pourquoi ils font une fixation sur les canines qui ne sont pas bien placées sur l’arcade… Avec l’augmentation de l’espérance de vie, il faut nous chouchouter si vous voulez pouvoir manger et sourire correctement toute votre vie !

À propos Marie-Amélie Dubé

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