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La Rumeur des dents

texte Dr. Frédérique Menager | Clinique Dentaire Saint-Antonin

Je me trouve dans une salle de classe avec des enfants d’une dizaine d’années. Et je pose cette question qui m’a tant énervée quand j’étais petite :

« Alors les enfants, quel métier voulez-vous faire quand vous serez grands ? »

– Moi, je veux être ministre !
– Ah bon Hervé ! Et pourquoi ?
– Parce que je veux que ma grande mamie ait de belles dents pour la comprendre quand je vais la voir.
– Très bien ! répondis-je, interloquée. Et toi, Felix ?
– Moi, je veux être ministre ! (Décidément !, pensais-je fortement.)
– Toi aussi ! Et pourquoi ?
– Pour que mon grand-papa puisse manger de la viande des bois sans que maman lui mixe en purée. C’était un grand chasseur mon grand-père !
– Bien, et toi Nadia ?
– Moi, je veux aussi être ministre. (Ben voyons donc !) Pour que ma matante ne soit plus toute maigre, car elle ne peut pas manger, elle n’a plus de dents. Et cela la rend triste.

Et puis, telles des balles de ping-pong lors d’un match acharné, les réponses fusèrent.

– Moi aussi je veux être ministre (et encore !) pour que ma maman puisse me faire de beaux sourires… car elle ne sourit qu’avec les yeux pour ne pas montrer ses dents qui sont noires.
– Et moi, pour que mon papa ne souffre pas des dents.
– Et moi, pour que mon frère qui a perdu ses palettes au hockey puisse avoir de nouvelles dents.

J’étais comme étourdie quand j’ai entendu d’autres réponses qui sont arrivées claires comme de l’eau de roche malgré le brouhaha environnant.

– Et moi, je veux être dentiste pour que quand mes copains seront ministres, je puisse les aider.
– Et moi, je veux être comptable pour que quand mes copains seront ministres, je puisse faire les calculs des sous pour pouvoir payer les soins dentaires.

La petite dernière qui ne disait rien au fond de la classe trouva mon regard et me dit :
– Moi, je veux être magicienne.
– Magicienne… et pourquoi donc Rose ?
– Car je veux que mes copains soient des ministres efficaces qui voient plus loin que le bout de leur nez…

Et sur cette parole sensée, je me suis réveillée… pour réaliser que ce n’était qu’un rêve. Un beau, mais simple rêve. Et je me suis questionnée. Si les jeunes qui arrivent sur le marché du travail avaient des dents saines pour pouvoir sourire et parler sans retenue ? Si les parents ne souffraient pas et pouvaient sourire tendrement en montrant toutes leurs dents à leurs enfants ? Si les quinquagénaires ne connaissaient pas que les extractions multiples comme traitement à leurs problèmes dentaires ? Si les sexagénaires n’étaient pas édentés complètement, car à la ferme le médecin dentiste enlevait toutes les dents même si seulement quelques-unes étaient atteintes ? Si les papis et mamies avaient encore des dents pour savourer leur repas ? Car ne nous le cachons pas, avec les années qui passent, le repas reste un des derniers plaisirs de la vie…

Si ces gens avaient de bonnes dents en santé, eh bien, le système de santé se porterait bien mieux. Moins de médicaments pour pallier la malnutrition qui engendre un dérèglement du corps en plus de la physiologie du vieillissement. Moins d’effets secondaires de cesdits médicaments et donc moins de médicaments prescrits pour les enrayer. Moins d’antidépresseurs prescrits pour combler la diminution de l’estime de soi et donc moins de médicaments prescrits pour pallier, par exemple, la sècheresse buccale engendrée. Moins d’examens médicaux, moins d’arrêts de travail, moins de malbouffe, moins de peine, moins de douleurs… plus de bonheur et de santé, tout simplement.

Il est évident que faire de la prévention dentaire de façon efficace
représente des coûts importants.
Il est évident que faire des soins pour conserver les dents représente des
coûts importants.
Il est évident que remplacer les dents absentes pour avoir des prothèses
fixes efficaces représente des coûts importants.
Il est évident que permettre aux dentistes de faire leur métier en suivant
la progression de la science représente un coût important.
Mais j’ai la faiblesse de croire et d’espérer qu’un jour, un de ces enfants
de mon rêve deviendra un ministre de la Santé qui se battra bec et ongles
pour que tout cela arrive. Pour que chaque citoyen ait accès à une bonne
santé buccodentaire sans hypothéquer sa maison…

On m’a toujours dit : gouverner, c’est prévoir. Alors oui, si cet enfant, une fois adulte, peut prévoir le futur et le vieillissement de plus en plus long de la population en permettant l’accès aux soins dentaires, cela représenterait sur les peut-être trente premières années un surcoût important des dépenses, mais ensuite, la société serait gagnante. Peut-être pas les laboratoires qui fabriquent les médicaments, mais les patients c’est certain… et les comptes publics aussi. Vous me direz que les Québécois sont déjà extrêmement taxés. C’est une réalité. Je répondrais qu’on choisit ses batailles et ses priorités… et la direction que prennent les impôts des citoyens. Je laisserai la parole à Paulo Coelho avec cette magnifique citation : « L’Homme ne pourra jamais cesser de rêver. Le rêve est la nourriture de l’âme comme les aliments sont la nourriture du corps. » Alors je garde précieusement ce doux rêve en moi. Ce doux rêve fait d’espoir dans le futur pour que nous puissions tous mordre la vie à pleines dents !

À propos Marie-Amélie Dubé

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