La persévérance scolaire, une question de méthode

Texte | Hubert Cotton
Photo | Sara Dumais-April

Il y a un peu plus de 10 ans, Suzon Tanguay, conseillère d’orientation à l’école secondaire de Cabano, était préoccupée par le parcours des élèves lorsqu’était abordé le dossier de la persévérance scolaire. On lui a alors proposé de partir de ses observations pour étudier la situation dans les autres écoles secondaires de ce qui était à l’époque la commission scolaire.

La voilà donc qui brosse le portrait des décrocheur·euse·s et des élèves à risque de décrocher. Même si elle constate que le taux de décrochage est à la baisse, particulièrement chez les garçons, elle concentre ses efforts sur tou·te·s les élèves.

Rapidement, les données la frappent ; certes, les statistiques donnent une idée du taux ou de la proportion de décrochage, mais elles ne reflètent pas la réalité. Ces chiffres en révèlent bien peu sur la complexité du décrochage scolaire, parce qu’on ne décroche pas du jour au lendemain. Le décrochage résulte d’un processus complexe et multifactoriel. Madame Tanguay posera donc un regard scientifique sur la situation à partir de données concrètes, celles qu’on récolte sur le terrain.

À la base de tout ce boulot qui se profile, une question obsède et motive Madame Tanguay : « Qu’est-ce qu’on peut faire de différent ? » Et elle spécifie : « Au départ, la persévérance, c’est pour tout le monde, les gars et les filles. » Mettre du concret dans le parcours de chaque élève répond à ce souci d’assurer la complétion des études secondaires.

Au même moment, ou presque, la ministre de l’Éducation, Mme Michèle Courchesne, fait paraître les « 13 voies de la réussite », une série de mesures voulant contrer le décrochage scolaire. La huitième voie – « offrir un accompagnement individualisé aux élèves du secondaire » – l’inspire particulièrement.

Après analyse, madame Tanguay élabore des outils pour la collecte de données significatives. Les « grilles-cohortes », avec identification des facteurs de risque pour tous les élèves, est l’un des outils créés par Madame Tanguay. Elles permettent une personnalisation de l’approche académique et pédagogique. Le cartable littéralement sous le bras, avec les fiches de tout le monde, la conseillère d’orientation se promène d’une école à l’autre pour éviter que des élèves « tombent dans la craque » et qu’on les oublie.

Tout ce travail donne donc une stratégie commune à toutes les écoles : le « Procédurier de la persévérance scolaire ». Il permettra de jeter les bases d’un système de suivi qui est parmi les meilleurs de la province. Chaque milieu possède une boîte à outils spécifique pour l’aider à identifier les décrocheur·euse·s. Certains indicateurs ressortent et donnent un portrait juste du milieu. Avec des faits, des connaissances sur les jeunes et un suivi ciblé, les chiffres deviennent des noms, des histoires.

Cette forme de suivi permet d’implanter l’accompagnement individualisé. Les actions à prendre sont inspirées par les besoins des élèves. On valorise alors les parcours diversifiés. La transition d’un secteur d’enseignement à l’autre devient plus rapide. Avec l’excellente collaboration du corps enseignant, le tutorat instauré aide les garçons à s’organiser, eux qui, on le constate avec les outils de suivi, se désorganisent plus facilement que les filles.

Madame Tanguay souligne le « travail colossal réalisé dans chaque école secondaire par la direction, l’équipe en orientation et l’organisation scolaire, pour ne nommer que ceux-là, sans oublier l’aide des parents ». D’ailleurs, chaque école poursuit maintenant ce dossier de la persévérance scolaire avec son propre comité multidisciplinaire de la réussite. Pour les garçons, cela se matérialise en des apprentissages plus concrets, un encadrement plus serré et le maintien d’un milieu de vie stimulant.

Son mandat maintenant terminé, Suzon Tanguay précise humblement qu’elle n’a rien révolutionné, mais qu’elle a simplement permis d’attacher des fils dans les milieux scolaires pour qu’un filet de sureté puisse aider à contrer le décrochage, certes, mais surtout à soutenir la diplomation.

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