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La mobilisation au pays, la planète s’invite au parlement

texte et photo Frank Malenfant

Le 10 novembre 2018, une mobilisation citoyenne sans précédent se mettait en branle dans plusieurs villes du Québec, mobilisant des dizaines de milliers de citoyens, dont 50 000 à Montréal seulement. Dans l’onde de choc des déclarations de l’ONU et du GIEC, les manifestants avaient d’abord pour objectif qu’on reconnaisse la crise climatique et qu’on agisse en conséquence du fait que nos sociétés font face à une crise qui menace la stabilité mondiale ainsi que la survie de millions, voire de milliards d’êtres humains en plus du reste de l’écosystème. Étaient présents de nombreux politiciens et artistes. À Cacouna, le député caquiste nouvellement élu dans Rivière-du-Loup–Témiscouata, Denis Tardif, était de la partie en compagnie de l’ex-maire de Rivière-du-Loup, Michel Morin. M. Tardif s’est reconnu préoccupé par les conclusions tirées par le GIEC du consensus scientifique sur le climat, mais il reste à voir si cette préoccupation influencera ses prises de position à l’Assemblée nationale ainsi que dans sa circonscription. Un représentant du Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent (CREBSL) a profité des allocutions entourant la marche de Cacouna pour inciter les citoyens à faire pression sur leurs élus en vue de l’adoption de leur plan de transport en commun interrégional par bus électriques. Certains élus municipaux de Rivière-du-Loup jugent cette proposition trop ambitieuse et exigeante, notamment en ce qui a trait aux heures de départ prévues trop tôt en raison des distances à parcourir trop importantes. Les citoyens curieux d’en connaître davantage sur le plan du CREBSL sont invités à consulter l’étude à l’adresse www.crebsl.com/documents/pdf/transport/etude_electrification-tc_crebsl_web.pdf.

LA DÉCLARATION D’URGENCE CLIMATIQUE
La Déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique (DUC) est une résolution soumise aux citoyens qui sont invités à investir leurs conseils municipaux afin de demander à ce que soit adopté ce document où les élus reconnaissent officiellement l’état d’urgence climatique et s’engagent à mettre en place des plans de transition d’urgence. Dans des dizaines de municipalités du Québec, des citoyens se sont ainsi mobilisés afin de faire pression sur leurs élus et faire adopter cette déclaration. La pression de citoyens devra vraisemblablement être maintenue afin de contraindre les municipalités ayant adopté la DUC de tenir parole sur leurs engagements officiels. Au moment d’écrire ces lignes, plus de 55 MRC, Municipalités et arrondissements avaient adopté la DUC alors que plusieurs requêtes restent à être déposées par les citoyens du Québec et que quelques dizaines sont toujours sans réponse. La MRC de Rivière-du-Loup a adopté la Déclaration, mais selon les informations disponibles sur le Web, il semble que seule la Municipalité de Saint-Modeste ait répondu positivement à l’appel pour l’instant. Il reste là un bon potentiel de mobilisation citoyenne à faire ! La DUC a été déposée au conseil municipal de Rivière-du-Loup, mais nous n’avons pas reçu confirmation qu’elle ait été adoptée jusqu’à maintenant…

Plus d’informations :
www.groupmobilisation.com/la-duc

LE PACTE POUR LA TRANSITION
En novembre dernier, plus de 500 artistes, scientifiques et leaders ont accompagné Dominic Champagne, instigateur de l’événement, pour inviter les citoyens et les élus à signer un pacte dans lequel chacun s’engage à prendre des actions en vue de réduire nos émissions de gaz à effet de serre
(GES) d’une manière significative. Par ce pacte, signé par plus d’un quart de millions de citoyens, nous étions appelés à nous engager à poser des gestes concrets dans nos vies personnelles. Nous demandions en échange que le gouvernement agisse aussi, car il est reconnu que la somme de nos petits gestes individuels ne fera pas le poids si nos gouvernements et nos grandes entreprises ne mettent pas aussi en oeuvre des actions courageuses et ambitieuses vers une transition écologique. Critiqué pour avoir mis sur scène des artistes ayant un impact beaucoup plus grand que le commun des mortels sur les émissions de GES, le Pacte a polarisé l’opinion publique, ce qui a freiné son impact. La personnalité de Dominic Champagne et son ton accusateur a fait réagir plusieurs médias, mais l’initiative a réussi à obtenir l’oreille du premier ministre François Legault et à lui soumettre un projet de loi par lequel le gouvernement prendrait au sérieux la crise climatique et agirait courageusement dans l’objectif ultime de faire notre part pour prévenir la catastrophe climatique. On pourra toujours arguer que d’autres nations ne font pas leur part, mais qui sommes-nous pour juger si nous n’avons pas le leadership de le faire nous-mêmes ? Il y a malheureusement fort à parier que l’Assemblée nationale et le gouvernement en place ne se risqueront pas à adopter un projet de loi n’étant appuyé que par quelques dizaines de milliers de Québécois. Cependant, en présentant sur scène des artistes imparfaits, je crois qu’on souhaitait démontrer au public qu’il ne faut pas attendre d’être parfait pour agir, et que tout voyage commence par mettre un pied devant l’autre et faire un premier pas. À mon avis, cette initiative aurait été critiquée quoi qu’elle fasse. Si on n’avait placé sur scène que des champions de la simplicité volontaire et du « zéro déchet », on aurait probablement tout autant décrié l’incapacité de la majorité d’entre nous à ne pas avoir de voiture, tout acheter en vrac, etc. Celui qui veut trouvera les moyens ; celui qui ne veut pas trouvera des excuses. Et vous, quels sont les moyens que vous comptez prendre en 2019 ? Plus de transport actif et de covoiturage ? Plus de réparation et de réutilisation ? Plus de végétaux dans votre assiette ? Plus de vrac et de contenants réutilisables ? Plus de compensation carbone ? Plus d’alimentation saisonnière et locale ?

Plus d’informations : www.lepacte.ca

LES MOINS DE 35 ANS CONTRE LE GOUVERNEMENT TRUDEAU
Toujours en novembre 2018 , « ENvironnement JEUnesse […] a déposé […] à la Cour supérieure du Québec une demande d’autorisation d’exercer une action collective au nom de tous les jeunes Québécois de 35 ans et moins contre le gouvernement du Canada. ENvironnement JEUnesse allègue que le gouvernement du Canada brime les droits fondamentaux d’une génération. En trônant aujourd’hui dans le club sélect des pires pollueurs per capita de la planète, notre pays contrevient aux droits des jeunes, d’une part parce que sa cible de réduction de GES n’est pas suffisamment ambitieuse pour éviter des changements climatiques dangereux et, d’autre part, parce que ses actions ne permettent pas l’atteinte de cette cible, pourtant déjà déficiente. Si le gouvernement continue dans cette voie, les 0-35 ans subiront les conséquences graves des changements climatiques, les privant ainsi de leur droit à un environnement sain et à la protection de la biodiversité, de leur droit à la vie et à la sécurité, et de leur droit à l’égalité ».

En attaquant ainsi le gouvernement sur le fossé immense qui s’est creusé entre ses engagements dans l’Accord de Paris et sa gestion politique à l’intérieur du Canada, et ce, sur la base de droits reconnus à tous les Canadiens dans les chartes canadiennes, les jeunes de moins de 35 ans espèrent, à l’instar des Pays-Bas, avoir gain de cause et obtenir de la cour qu’elle contraigne le gouvernement, comme le permettent les règles de tout État de droit, à agir de manière à respecter leur droit à un environnement sain et à la protection de la biodiversité. Quand même l’ONU et le GIEC perdent confiance en nos gouvernements pour prendre les actions concrètes nécessaires à temps afin d’éviter une 6e extinction de masse, interpeller la Cour suprême semble un des derniers recours que les citoyens peuvent envisager pour préserver l’écosystème nécessaire à la vie humaine sans devoir passer par des actions plus radicales. Malheureusement, ce genre de procédures risque de prendre plusieurs années, et il y a fort à parier que le gouvernement fédéral, plutôt que d’assumer ses responsabilités sans procès, tentera d’empêcher qu’une telle cause crée un précédent au Canada et l’oblige à agir dans l’intérêt de l’humanité plutôt que dans le sens de sa réélection. À noter aussi qu’une telle procédure est aussi en marche aux États-Unis où 21 jeunes ont vu leur plainte contre le gouvernement de Barack Obama recevable.

Pour soutenir ENvironnement JEUnesse, faites un don à www.canadahelps.org

LE CAMPEMENT DE LA NATION WET’SUWET’EN
Il y a partout au Québec et au Canada des centaines, voire des milliers, d’autres initiatives et mouvements de protestation en lien avec l’urgence climatique actuelle. Mais une de celles qui a davantage fait jaser dernièrement est l’arrestation au tout début de l’année de 14 personnes au campement anti-gazoduc de la nation Wet’suwet’en. Si TransCanada affirme avec raison avoir conclu des ententes avec toutes les Premières Nations sur le territoire touché par son projet de gazoduc, il faut comprendre que les systèmes de réserves et de conseils de bande sont un système colonial imposé par le Canada qui n’est pas reconnu par tous les membres des Premières Nations. Les territoires ancestraux non cédés n’ont pas les mêmes limites géographiques que les réserves, et l’organisation politique traditionnelle des Premières Nations, qui implique notamment beaucoup les mères, n’est pas la même que celle des conseils de bande très masculins imposés par le Canada par la Loi sur les Indiens (sic). C’est dans cette omission, volontaire ou non, des particularités politiques des Premières Nations que semble enracinée une crise de légitimité politique concernant les accords signés par les conseils de bande avec TransCanada. Voici là un débat complexe qui nécessiterait de la part des gouvernements et de l’industrie une approche intersectionnelle réfléchie qui implique les droits des Premières Nations, l’environnement, et même le féminisme en conflit avec une approche capitaliste coloniale classique qui ne prend jamais en compte de tels facteurs dans sa comptabilité.

Écoutez un segment de l’émission du 14 janvier 2019 de Médium large pour en savoir plus (ici.radio-canada.ca).

À propos Marie-Amélie Dubé

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