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La culture qu’on skippe

texte Max Belisle

C’est quoi ta série du moment, le dernier band que tu as découvert, le dernier livre que tu as lu ? C’est quoi le dernier spectacle que t’es allé.e voir ? Games-tu ? Es-tu allé.e dans un musée cette année, au théâtre ? Ton podcast préféré ? Ton coup de coeur cinéma ?

Quoi ? T’as pas eu le temps ?

Ouan… Le job, les enfants, la famille, les potes. On sait ce que c’est ! La culture, si on pouvait, on se rouvrirait le crâne à la mitaine, on le gaverait de tout ce qu’il y a de bon et on le rezipperait pour pouvoir recommencer le lendemain. Trop à consommer, toujours les mêmes deux yeux, les mêmes deux oreilles et le même cerveau pour tout digérer, le drame !

Il faut choisir, et qui dit « choisir » dit en même temps « skipper », « manquer », « remettre à plus tard ». S’il faut choisir dans quel domaine on se cultive, par la bande faut accepter d’être une coche dummy ailleurs dans la vie. À moins bien sûr d’avoir trouvé le moyen d’avoir un sommeil parfaitement réparateur en 48 minutes. Si c’est le cas : brevette au plus christ !

En plus d’avoir 10 000 trucs sur la to-do list de nos vies pas gérables, la démocratisation de la production culturelle lui donne un look d’avalanche de nouveautés. Quand ça coûte 5 000 $ pour enregistrer un album qui a un peu de bon sens, pas étonnant qu’il y en ait autant. Skipper est inévitable. Par contre, pour quiconque s’y intéresse un brin, c’est difficile. Choisir sur quoi on « netflix and chill », c’est long et à la limite de l’angoisse. Et si ce qu’on a tiré à pile ou face après quatre heures de délibération et trois siestes était un flop ?

Si acheter, c’est voter, est-ce que skipper, c’est nier ? Ouf ! On s’en vient borderline existentiel, ma foi du bonyeu ! Ceci étant dit, on croise inévitablement ces « deuxièmes choix populaires », ces morceaux de culture qu’on ne consomme pas, mais qui ont fait les dernières coupures, qu’on est content de savoir qu’ils existent mais qui finissent comme les fruits dans un supermarché. Les Série Noire de ce monde, le commerce un peu trop niché qui fait faillite. Vous avez tous d’autres exemples en tête.

Mais parfois, à l’inverse, ce qu’on manque, que ce soit volontaire ou pas, ça devient ultra-populaire. C’est là où, au hasard des discussions, on se retrouve à partager ce qu’on croit être des évidences à grands coups de « Tu connais pas ÇA ! ? », le regard à mi-chemin entre surprise et mépris.

J’ai vu un demi film de Star Wars, je connais cette intonation par coeur ! Rajoute un quart de James Bond, aucun Superman, et un Xavier Dolan et quart. Jamais, au grand jamais, il nous passerait par la tête deux secondes que les autres puissent avoir un bagage totalement différent du nôtre. Que quelqu’un, qui pourtant respire le même air que nous, puisse avoir passé sa vie sans être exposé aux mêmes oeuvres phares que nous.

Ce que je connais et apprécie comme culture, tout le monde le connaît, cela va de soi ! Sinon, t’es un cancre, un.e ignorant.e ! T’as pas de goût ! Mais de mon côté, si je ne connais pas un.e artiste en particulier, faut surtout pas que je m’ouvre l’esprit et découvre ! Naon ! Faut bomber le chest en disant « Ben voyons donc, personne connait ça, Safia Nolin » (Le « ça » en parlant d’une personne ajoute au mépris, c’est ben gagnant) Un climat tout en ouverture, en échange, on aime ça !

Pas tant non. À plus grande échelle, ce sont des pans de culture complets qui ont de la misère à payer Hydro avec cette dynamique de condescendance qui s’accompagne du mécanisme de défense d’être fier.ère de sa propre ignorance.

Combien d’entre vous aimeraient écouter de la musique classique plus souvent, lire davantage, aller voir plus d’expositions dans des musées, mais qui ne savent pas comment « prendre la bête », et complexent intellectuellement à l’idée de ne pas apprécier ces oeuvres à leur juste valeur ? Je me compte parmi vous et c’est zéro souhaitable !

À bien y penser, sachant qu’en culture, le skippage est inévitable pour tou.te.s pis que c’est ben correct, qu’est-ce qu’on a à avoir l’air d’un chat d’intérieur qui reste assis devant une porte ouverte ? (Le mien est comme ça, bon !)

Sortons, prenons des guess sur les chemins culturels moins empruntés, découvrons, partageons. C’est peut-être comme ça que nous nous enrichirons l’esprit, que nous pourrons skipper le réel ennemi culturel : les vidéos de chats.

À propos Marie-Amélie Dubé

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