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La conscience branchée sur l’estomac

par Andréanne Martin, technicienne en diététique – Simply For Life

 

– Et qu’avez-vous mangé ce midi avant votre rendez-vous ?
– Hum… qu’est-ce que j’ai mangé ce midi ? Bonne question ! Je ne me souviens pas…
– …
– Tu vas voir, il y a des endroits dans mon journal alimentaire où je n’ai rien écrit, je ne me rappelais plus ce que j’avais mangé !

 

Ces phrases, je les entends souvent dans mon bureau. Très souvent.

J’entends également des clients me dire qu’il est impossible pour eux de prendre trois repas par jour et des collations. Que ce n’est pas réaliste. Ils n’ont pas le temps. Ils sont frappés de plein fouet par le métro-boulot-dodo, et préfèrent taire leurs signaux de faim plutôt que de s’arrêter quelques minutes. À dévorer sur le pouce un sandwich vite fait en conduisant. À grignoter à droite et à gauche toute la journée jusqu’au moment fatidique du souper. J’en suis venue à me demander comment nous avons pu en arriver jusque-là. Depuis quand est-ce socialement accepté de ne plus prendre le temps de manger ? De refuser délibérément d’écouter notre corps, sous prétexte que notre travail est plus important, et que le temps, c’est de l’argent ! Plus que jamais, nous tentons de combler un vide, question de retourner dans les plus brefs délais à notre besogne afin de rentabiliser notre temps, au lieu de voir ce moment comme une façon de recharger nos batteries. Nous avons même adopté ce comportement à la maison, en nous branchant illico à notre téléphone cellulaire ou à la télévision dès la fourchette à la main. Nous engloutissons notre repas, une bouchée après l’autre, sans même avoir conscience de ce qui se passe autour de nous et en nous. Ce comportement provoque bien des désagréments pour notre santé : augmentation inconsciente de la taille de nos portions, digestion lente et pénible, maux d’estomac, prise de poids, sentiment de grande fatigue après les repas, etc. La révolution industrielle des années 1950 a fait prendre un tout autre virage à notre alimentation, passant de produits frais peu transformés à la panoplie de produits rapides et fades, à la texture uniforme, aux couleurs monochromes et aux valeurs nutritives douteuses qui garnissent les étalages des supermarchés. Ce qui, en mon sens, incite peu à prendre plaisir à découvrir ce que contient notre assiette.

Brancher sa conscience à son estomac est un exercice pourtant simple, mais qui a perdu de son naturel. Il suffit d’abord de prendre une ou deux minutes pour être conscient des sensations de notre corps. Au lieu de déjeuner à 7 h « parce qu’il est 7 h et que, selon l’horaire, c’est l’heure de déjeuner », apprenez plutôt à valider les signaux physiques qui vous indiquent que vous avez faim, quitte à repousser de quelques minutes l’heure du repas. Pour certains, c’est le creux dans l’estomac, pour d’autres, ce sont les gargouillis qui invitent à se mettre à table. Bien des gens renouent avec le plaisir de manger sans excès dès qu’ils ouvrent tous leurs sens au contenu de leur assiette, au lieu d’avoir le nez rivé à un écran. Tentez cet exercice avec votre aliment préféré : prenez le temps de décrire sa forme, de le regarder sous tous les angles, d’observer ses couleurs et de valider sa texture une fois dans votre bouche. Prenez le temps également de solliciter votre odorat et de prendre conscience des souvenirs et des émotions qui surgissent en vous dès les premières bouchées. Maintenant que vous êtes conscient des signaux physiques de votre faim, le plus difficile reste à comprendre quand s’arrêter. Pour plusieurs, ce sentiment de satiété s’est perdu au fil des compulsions alimentaires. Un truc bien simple est de commencer par prendre AU MINIMUM 20 minutes à chaque repas. En prenant le temps de bien mâcher chaque bouchée, de déposer ses ustensiles, et de rester à l’affût de l’impression de perte de saveurs. Dès que le plaisir de manger s’estompe, c’est qu’il est temps de s’arrêter, même si notre assiette n’est pas terminée (cela vous fera des restes pour le prochain repas !). Dites-vous que dans tous les cas, vous pourrez prendre une collation si la faim se fait sentir un peu plus tard. Le simple fait de prendre le temps de manger permet ainsi de mieux focaliser son énergie et d’être plus performant au travail. Manger sur le pouce pour retourner rapidement à vos tâches est en fait bien plus contre-productif que vous ne le pensez ! Ailleurs dans le monde, de nombreux dirigeants l’ont réalisé et intègrent maintenant plus de temps aux travailleurs et aux étudiants à l’heure des repas. Je crois qu’il serait bon collectivement de se poser la question s’il n’y a pas lieu de rajuster le tir, ici aussi. Pour ainsi brancher sa conscience à son estomac un peu plus souvent et renouer avec tout le plaisir que procure un bon repas !

mai19

À propos Marie-Amélie Dubé

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