La Anne en moi (Prix d’écriture Robertine-Barry)

texte Jade Purcell, élève de 5e secondaire, École polyvalente La Pocatière

L’automne dernier, votre magazine La Rumeur du loup a lancé le prix d’écriture Robertine-Barry auprès des élèves de 14 à 17 ans, entre Montmagny et Rimouski. Les jeunes étaient invité.e.s à rédiger en plus ou moins 400 mots le portrait d’une femme de leur entourage ou d’une personnalité féminine publique méconnue qui leur apparaît comme une pionnière, ou dont le parcours est remarquable à leurs yeux. Ce prix s’inscrit dans l’oeuvre de Robertine Barry, native de L’Isle-Verte, première femme journaliste au Canada français et pionnière du féminisme au Québec. Pour cette première édition, quatre textes ont été soumis au jury formé de Mme Sergine Desjardins, biographe de Robertine Barry, Mme Marie-Amélie Dubé, éditrice de La Rumeur du loup et M. Maurice Gagnon, journaliste et auteur. Nous publions ici le texte gagnant et la photo de la gagnante Jade Purcell, qui mérite en outre une bourse de 250 $.

Je sais bien que cette auteure est connue mondialement. Mais lorsqu’une personne nous inspire autant, il est difficile de trouver une autre personne sur qui écrire. Bien que Lucy Maud Montgomery soit connue sur la scène internationale, il n’a pas été facile pour elle d’atteindre cette scène.

Je me considère comme étant chanceuse d’avoir été à l’Île-du-Prince-Édouard deux fois. Lors de notre deuxième voyage en famille, nous sommes allés voir la maison aux pignons verts. Immédiatement, je suis tombée sous le charme de cette demeure. C’est ainsi que j’ai rencontré Anne et sa créatrice. À vrai dire, je me sens très proche d’elles.

Avec 20 romans, plus de 500 nouvelles, 500 poèmes et 30 essais, on pourrait croire qu’il a été facile pour cette auteure d’écrire. On voudrait croire que son destin était déjà tracé, que tout a fonctionné en une seule seconde. Mais ce fut loin d’être le cas. Sa mère étant malheureusement décédée alors que la jeune fille n’a même pas deux ans, son père prend la décision de quitter la province de l’Île-du-Prince-Édouard, laissant ainsi sa fille chez ses grands-parents maternels, à Cavendish. Étant seule avec un couple âgé plutôt strict, Lucy s’entoure de son imagination, de l’écriture, de la nature et des livres pour se tenir compagnie. Alors qu’elle arrive à neuf ans, elle commence alors à écrire un peu de poésie.

En 1893, alors qu’elle n’a que 19 ans, elle étudie afin de devenir professeure. Elle réussit le cours de deux ans en une seule année, en plus de graduer avec honneurs. De 1895 à 1896, Lucy met l’enseignement de côté afin d’étudier la littérature anglaise, à l’Université Dalhousie, à Halifax. Elle est alors l’une des rares femmes qui cherche à recevoir un enseignement supérieur. Puis, alors qu’elle enseigne dans une école à Lower Bedeque, son grand-père meurt subitement. L.M. Montgomery retourne auprès de sa grand-mère à Cavendish, avec qui elle restera pour les treize années suivantes. Malgré tout, c’est pendant cette période qu’elle commencera à écrire la fameuse série Anne… en 1905, qui fut refusée plusieurs fois, mais finalement acceptée en 1908.

Pourquoi son livre ne fut-il pas publié avant 1908 ? Soyons francs, je crois que nous pouvons dire que Lucy Maud Montgomery a écrit un vrai chef-d’oeuvre. « On dit que les femmes ne devraient pas écrire. Certains jours, je suis près d’abandonner », est pourtant ce qu’a dit L.M. Montgomery. Cette phrase a été reprise dans la vidéo Minutes du patrimoine : Lucy Maud Montgomery, postée par Historica Canada sur YouTube, le 8 mars 2018, à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme. Non seulement elle devait mener un combat pour être reconnue comme auteure, mais elle devait aussi se battre contre une maladie que bien peu de gens reconnaissent, la dépression, qui « l’imprégnait corps et âme ».

J’ai toujours aimé Anne. Dès l’instant où j’en ai entendu parlé, où j’ai vu sa maison, je l’ai aimée, je me suis sentie proche d’elle. Mais cette jeune fille n’aurait jamais existé, si L.M Montgomery avait abandonné. Je suis contente qu’elle n’ait jamais abandonné, car je peux maintenant m’accrocher à ses oeuvres. Je sais que la vie est dure, que parfois il serait plus facile d’abandonner. J’ai moimême un nuage noir qui se tient au-dessus de ma tête. Parfois, il devient tellement lourd que je ne crois pas pouvoir m’en sortir. L’averse n’en finit plus, le soleil ne m’atteint plus. Alors, je le dis haut et fort, même si ça sonne quétaine, je le dis, que Lucy Maud Montgomery est une femme extraordinaire, qui m’inspire énormément. Oui, je sais qu’elle est connue mondialement, mais seulement sous la façade d’Anne. Par contre, je ne crois pas que beaucoup de gens connaissent l’histoire qui a créé ce personnage.

À propos Marie-Amélie Dubé

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