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Joyeux Noël

par Hubert Cotton

 

Franchement, le slam m’a toujours intimidé. Faut que ça claque alors que j’ai une tendance à la circonspection. J’ai quand même joint Louis Gagnon, l’autre jour, pour lui signifier que j’avais ce texte à deux sous qui « fittait » pour un 12 décembre.

Joyeux Noël…
est un film de Christian Carion
Je vous parle ce soir d’une scène
particulière qui m’intéresse
Celle du ténor qui entonne Sainte
Nuit et Adeste Fideles
Elle m’intéresse
parce qu’à chaque fois
— chaque fois —
je le jure
c’est quasi pathétique
je pleure
Allons donc à la source de ce torrent
continu
qui se manifeste à chaque
visionnement de ladite scène
Nous sommes donc le lendemain
d’une sanglante attaque
en ce 24 décembre 1914
Les trois camps fêtent Noël comme
ils le peuvent
Les Écossais en chantant
les Français
meurtris
tout près
en buvant
Et les Allemands
en face
en déployant des petits sapins de
Noël
et en accueillant Schhhhhprink !
le ténor qui s’est sauvé d’une soirée
mondaine afin de chanter pour ses
camarades
À ce moment-là
ça part
Les digues cèdent
les glandes produisent de gros
bouillons
la noyade est proche
Pendant que Schhhhhprink ! chante
Stille Nacht
l’abbé écossais commence à
l’accompagner à la cornemuse
Au-delà de l’aspect musical un peu
irréaliste de la scène
c’est la communion par la musique
entre deux êtres que tout serait
supposé séparer qui m’émeut
C’est leur ouverture à cette
communion qui me bouleverse
C’est la transgression du code
militaire qui me fait craquer
la transgression de la sacro-sainte
haute trahison au profit de la
rencontre humaine
au profit de la tendresse et de
l’amour
Cette scène m’attendrit parce la
curiosité l’emporte sur la peur
L’instinct grégaire l’emporte sur le
calcul stratégique
La force l’emporte sur le côté obscur
C’est Luke Skywalker qui refuse de
tuer son père
qui pose son sabre laser — au risque
de mourir —
C’est l’incroyable force de la
vulnérabilité
Jamais je ne trouve quelqu’un aussi
beau que lorsqu’il ou qu’elle se
présente dans toute sa vulnérabilité
Schhhhhprink ! est plus que
vulnérable avec
comme seules armes
sa voix et son sapin
Vous voulez tester la vulnérabilité
dans le contexte social actuel
Allez manger à La Chaudronnée
d’amour
On ne peut pas faire semblant là-bas
On est fragile
pas certain d’être à la bonne place
Ce n’est pas une place tendance
branchée
au goût du jour
avec section privée encore plus VIP
que les autres
non
Mais le hot chicken de La
Chaudronnée sera toujours plus
sincère
que les pâtes aux pleurotes du
dernier resto où il est bien de se faire
voir lors d’un 5 à 7
Parce que croyez-moi
ce qui rassemble à La Chaudronnée
c’est l’instinct grégaire
pas un calcul stratégique
Mais je m’égare
Cette scène me fait pleurer par sa
puissance
mais elle me jette surtout en pleine
face qu’on n’a pas encore compris
qu’en ces temps barbares dans
lesquels on décapite son prochain
parce qu’il ne croit pas
qu’en ces temps troubles dans
lesquels on élit n’importe qui tant
qu’il est fort en gueule
qu’en ces temps perdus dans
lesquels on se cherche une identité
collective
Nous avons bien besoin de Joyeux
Noël
de ces contre-exemples
de ces pieds de nez à l’autorité
à ce qu’il faut faire pour ci
à ce qu’il faut ne pas faire pour ça
Nous avons besoin de ces moments
où être fort signifie traverser le no
man’s land pour chanter
pas pour tuer
« Seuls les tendres sont vraiment
forts »
aurait dit un jour James Dean
Eh bien mon James
ce jour-là
t’étais pile dessus
Bravo

 

À propos Marie-Amélie Dubé

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