Il était une fois un samedi cliché au festival « Vues dans la tête de » Jeanne Leblanc

Texte | Allyson Dubé

Critique du film Mad Dog Labine et du court-métrage Je finirai en prison

Le festival Vues dans la tête de…, chapeauté par Jeanne Leblanc cette année, a une fois de plus cassé la baraque avec des œuvres cinématographiques de grande qualité. Au programme, samedi après-midi, Mad Dog Labine et Je finirai en prison, deux films très différents, un long et un court-métrage ne traitant pas des mêmes sujets, mais entretenant tout de même quelques points en commun.

Mise en contexte

Le Pontiac, situé à l’ouest de la région de l’Outaouais, s’avère victime de clichés, surtout celui qui veut qu’il soit réservé à la chasse et à la pêche. Les chants mélodieux des oiseaux et des bêtes sauvages se marient aux coups de fusil perceptibles à des kilomètres de silence à la ronde. Les tintements des battants contre leurs taules en provenance de l’église ponctuent la vie de la population éloignée du Pontiac. Que dire des habitants, tous un peu rebelles à leur façon, passant d’une Lindsay « garçon manqué » reniée par son père aux allures brutes, à une caissière d’épicerie blasée ou encore d’une mamie folle, qui promène ses pintes de lait en guise de chien. On dit que c’est ce qui fait le charme des petites places.

Il faut dire que le style de Mad Dog Labine est particulier. Il propose à la fois une histoire vraie, onctueusement mélangée à une histoire fictive. L’intrigue débute sur un ton documentaire, avec un petit garçon dans sa chaloupe à l’accent frontalier Québec-Ontario très fort. Il parle du Pontiac, répondant aux questions du réalisateur. On plonge par la suite dans la fiction, avec Ève-Marie Martin dans le rôle de Lindsay ainsi que Zoé Audet, dans le rôle de Justine. Peu connues, elles volent la vedette dans leur premier film commun. Encore là, le côté documentaire tente de faire surface à tout instant, par les sons ambiants par exemple, rappelant la proximité de la nature sauvage, ou encore les chevreuils se baladant en plein village.

La musique

Par ailleurs, la musique est peu présente dans le film, sauf quelques apparitions, souvent pour souligner un moment fort chez les personnages, comme lorsqu’ils partent pour Gatineau. Sinon, le reste du temps, le silence en arrière-plan parle mieux que n’importe quelle musique. L’ambiance naturelle vaut plus qu’un fond auditif artificiel. On entend les roucoulements des tourterelles, prouvant ainsi la proximité de la nature, voire la submersion du Pontiac dans la nature. N’importe quel auditeur peut alors réellement se sentir dans un endroit lointain et boisé, faisant ainsi gagner des points au style documentaire.

Sinon, d’autres sons environnants se font entendre sur une base quotidienne, comme les coups de fusil des chasseurs au loin, qui font partie du décor. Les personnages ne réagissent pas à ces bruissements qui normalement glacent le sang, car ils font partie de leur quotidien. On a donc l’impression d’entrer dans un mode de vie différent du nôtre, même si le Pontiac est une municipalité québécoise. Le village entier repose sur une seule obsession : la chasse et pêche. Tout le monde chasse ou connait des gens qui chassent ou pêchent. La messe la plus populaire de l’année c’est la cérémonie de Saint-Hubert, protégeant les chasseurs. L’église y est remplie à craquer. Il est impensable de ne pas voir au moins un homme vêtu en habit de camouflage avec un dossard orange durant une journée. Évidemment, c’est un mode de vie en soi. C’est le centre d’intérêt primaire du Pontiac.

Ambiance

Un autre élément bien important du long-métrage s’avère cette fois-ci plutôt du côté fictif. À plusieurs reprises, les décors et ambiances n’étaient là que pour accentuer les émotions des personnages. C’est le cas notamment de Lindsay. Chaque fois qu’elle part en véhicule tout-terrain, il pleut des cordes, afin de bien représenter la colère qu’elle ressent de devoir se rendre à l’école par elle-même puisque son père sans cœur est parti à la chasse sans elle. Même chose le soir, lorsqu’elle est seule et qu’il manque de courant. Il fait encore plus noir, mais aussi plus sombre dans les pensées de Lindsay. Dans ces moments, la solitude et la noirceur s’imprègnent dans tous les murs. J’irais jusqu’à dire qu’elle fait pitié, sans parents présent au temps de la chasse pour l’éduquer ou la rassurer. Seule avec la voix de Julien Poulin dans le balado Vol de nuit, qui jase de chasse alors qu’elle tue le temps.

Hélas, les petits villages demeureront toujours victimes de jugements, de clichés et tout la connotation négative qui vient avec. Le Pontiac, endroit paisible, ressourçant, un petit endroit tissé serré qui n’était pas à propice à la délation lorsque Lindsay et Justine ont gagné à la loterie.

Critique de Je finirai en prison

Les clichés ruraux sont bien ce qui connecte les deux œuvres. Dans Je finirai en prison, le petit endroit dans lequel l’intrigue se déroule en est lui aussi rempli.

Mise en contexte

Morine est la mère de Kevin et la femme de Dan. Elle est sous l’emprise de son mari, un mécano rempli de haine. Un jour, Dan lui demande impoliment d’aller porter le camion à l’inspection, et Morine, en pleine dépression, saisit sa chance et s’enfuit, juste après être allée voir son fils gai et son tourtereau pour une dernière fois. Sur la route, Morine, dominée par ses émotions, conduit dangereusement et percute une voiture stationnée au bord d’un rang assez étroit. Une jeune femme se trouvait dans le coffre et semble avoir perdu la vie à cause de l’impact. Jerry, son copain, était accroupi à côté du véhicule au moment de l’accident. Morine et Jerry finissent par décider de cacher le corps de la jeune femme dans les bois, pour ne pas avoir de problèmes. Puis, Morine se rend compte que la victime présente des signes de strangulation. Elle ne l’a pas tué : c’est Jerry qui l’avait fait quelques instants avant l’impact. Elle tue alors Jerry et s’enfuit, la police se trouvant déjà sur les lieux de l’accident.

Ambiance froide

Dans ce court-métrage, la froideur est plutôt de mise, surtout pour Morine, aux prises avec des problèmes psychologiques. Elle porte toujours du bleu, sinon du bleu, ce qui se marie bien avec ses yeux océaniques.

La musique

La chanson éponyme Je finirai en prison semble vouloir expliquer l’action. Elle débute en parlant de la rencontre entre deux tourtereaux, alors que l’homme volait pour vivre, ce qui correspond à l’histoire de Morine et Dan. En plus, le refrain raconte qu’il ira en prison, puis, simultanément, dans le film, Morine s’apprête à heurter la voiture.

Bref, dans Je finirai en prison comme dans Mad Dog, Labine, tout a son importance, ou son sens, même les clichés qu’ils véhiculent.

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