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Il était une fois… le conte

texte Gabrielle Ayotte-Garneau photo André Lemelin

 

Contes de fées, légendes urbaines, histoires à dormir debout, contes bleus, mythes fondateurs, légendes traditionnelles, contes fantastiques, épopées ou fables… De tous les peuples, de toutes les cultures, l’oralité en a raconté. Les récits se répètent, les personnages se reconnaissent et le public se laisse emporter, encore et depuis toujours. Qu’est-ce que le conte ? Qu’est-ce qui lui permet de traverser les âges, de se réinventer, d’exister encore à cette époque où séries télévisées, films et balados ont pris nos temps libres ? Vit-il la compétition des livres, d’Internet ou des 5 à 7 ?

Il y a d’abord les contes pour enfants, historiettes gentilles (ou terrifiantes, mais gentiment contées) à la morale à peine camouflée. La première rencontre avec l’univers des contes offre modèles et merveilles. Les méchants sont très méchants, et les gentils sont les héros qui vivront longtemps et heureux. Bien sûr, lecteurs et lectrices que vous êtes reconnaissez sans doute les histoires de votre enfance. Les recettes diffèrent quelque peu selon les cultures, mais contes pour enfants il y a eu, partout. De nos jours, trop souvent l’art de raconter est associé à ce divertissement éducatif seulement. Il ne faut pourtant pas perdre de vue l’éventail des possibles avec le conte puisqu’il réapparaîtra au cours de votre vie, c’est certain.

Après les premières fables, vos oreilles ont certainement attrapé d’autres histoires. Les fées ont probablement laissé place aux récits pas possibles racontés par la famille ou entre amis. Ces rumeurs, ces anecdotes « à peine » exagérées qui racontent ce qui se passe chez l’un ou l’autre. Cet énorme poisson pêché sans témoin, cette amie qui a couru si vite, ce renard qui, je l’ai vu, a parlé à mon cousin, les agents secrets qui habitent la maison voisine, le monstre du lac… Et tranquillement, l’« adulterie » s’est ajoutée aux contes ; vous avez entendu vos premières légendes urbaines qui vous ont fait frémir dans vos nuits adolescentes. La fin n’est plus toujours aussi heureuse dans les histoires qu’on se raconte en vieillissant. C’est peut-être là, ou un peu avant, qu’un mythe fondateur s’est taillé une place dans votre imaginaire. On vous l’a raconté si souvent ! Il explique certaines choses ou enrobe d’un peu de magie un moment particulier récurrent. Il fait dorénavant partie de votre culture et engendre peut-être ce que vous appellerez plus tard : des traditions.

Puis, c’est possible qu’en vieillissant, vous ayez perdu tout contact avec le conte, si ce n’est pour les histoires exagérées, les menteries du quotidien ou les autres fabulations habituelles. Vous oubliez que derrière vos héros de fiction préférés, ceux que vous suivez le soir sur votre écran, se cachent souvent les personnages qui ont composé les aventures de nombreux contes transportés dans le temps par une oralité puissante. Peut-être qu’au hasard des voyages, des rencontres ou des sorties culturelles, vous avez renoué avec l’art de la parole. Vous avez découvert que la tradition orale peut prendre plusieurs formes et que certains artistes sont passés maîtres pour raconter. Que vous ayez oublié la berceuse des histoires, que vous n’ayez jamais réalisé la présence des contes dans votre vie ou que vous soyez de ces coureurs de la tradition orale, il est toujours réconfortant de se laisser emporter par la simplicité des mots, sans costumes ni décors, sans effets spéciaux, par la voix comme seul instrument. Parce que parfois, mille mots valent bien une image. Est-ce que notre rythme de vie moderne mène à la disparition du conte ? Peu probable, puisque celui-ci est incontestablement humain. La recherche d’explication et l’imaginaire pour réponse ne sont-ils pas ce qui définit notre espèce ?

L’art du conte est multiple : il peut être bleu (pour enfant), mythique, urbain, contemporain ou coquin ; il peut se transporter sur la plage, dans la cuisine ou sur scène. Peu importe. Le mot juste, celui qui vous transportera, existe pour tous les âges. Qu’un conteur reprenne les légendes anciennes du territoire et les redonne au public sous forme de rencontre informelle autour d’un feu ; qu’une artiste compose un conte actuel où la magie s’intègre à la vie en ville ; que plusieurs artistes travaillent un spectacle et sa mise en scène en groupe ; ou qu’une conteuse joue avec les sonorités et pousse la note à quelques reprises, l’oralité est, pour ainsi dire, la fibre qui compose le conte. Le festival de contes et récits Le Rendezvous des Grandes Gueules présente pour une 22e année consécutive une riche programmation mettant en valeur les mots et les imaginaires d’artistes d’ici et d’ailleurs. Pour entendre toutes sortes d’histoires et vous laisser guider à travers les mondes, pour découvrir des créations uniques ou reconnaître les classiques du folklore, c’est le rendez-vous à ne pas manquer ! Cette année, vous pouvez varier la rencontre avec le mythe. Le Musée régional de Rimouski présente l’exposition Histoires fantastiques : mythes et légendes de chez nous depuis le 17 juin 2018 et jusqu’au 17 mars 2019. C’est l’endroit idéal pour découvrir de manière ludique certains personnages et quelques légendes typiques du folklore québécois, canadien et autochtone.

 

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