Hollywood

Texte | Louis Bellemare

Cette année, pour la rédaction de notre première nouvelle littéraire, nous avons, dans chacun de mes quatre groupes de 4e secondaire, composé collectivement une situation initiale et un élément déclencheur à partir de la même image. Les élèves poursuivaient le texte de leur choix de façon individuelle. Voici donc la suite que Louis Bellemare du groupe 40 a imaginée. Bonne lecture ! (Isabelle D’Amours, enseignante)

Hollywood, un lieu de rêve ! Barbara y habitait depuis deux mois et, ce matin, elle se rendait à sa toute première audition. Malgré sa nervosité et son anxiété, elle se sentait choyée d’avoir été appelée, et surtout, parce qu’on lui offrait un rôle principal. Enfin, elle pourrait prouver au monde entier qu’elle n’était pas seulement belle, mais qu’elle avait du talent. Elle avait passé de nombreuses heures à étudier le scénario et à se pratiquer devant son miroir.

Arrivée sur le plateau no 4, elle réalisa qu’il n’y aurait pas une, mais bien cinq personnes qui la jugeraient. Cela ne faisait qu’augmenter son niveau de stress ; peu importe, elle était prête. Elle prononça donc les premières phrases de son personnage. La salle demeura silencieuse jusqu’à la toute fin de sa prestation. Lorsque Barbara leva enfin les yeux vers le jury, elle put lire sur leurs visages une totale incompréhension, suivie de chuchotements inaudibles.

C’est ici que commence le texte de Louis :

Ce même genre de chuchotements lorsque parfois, en classe, un élève se trompait, s’exposant à la risée générale d’une honte infernale. Impossible de tolérer ce sentiment d’échec total, l’artiste s’enfuit, ne saluant ni les juges ni son avenir. Elle déambula dans les décors de longues minutes, sombrant dans la mélancolie. Les paysages se succédaient, de l’époque médiévale aux douceurs hivernales. Mais rien ne l’importait. Son objectif : disparaître. Courant à travers ce labyrinthe de déguisements, Barbara ne pensait plus, laissant ses instincts guider son chemin. Pourquoi cette sensation ? La panique mélangée au désespoir, avec une goutte de déception. Tant d’efforts acharnés… en vain ? Les heures passées devant le miroir à réciter, changeant le même discours une, deux, dix, vingt-mille fois s’il le fallait ! Les journées entières gaspillées à corriger la moindre mimique défaillante pour faire d’elle la future star. Un rêve depuis longtemps inspiré, avant d’être aspiré par ces démons cachés derrière leur masque stoïque du dernier jugement. Démolie, Barbara s’arrêta dans le milieu d’un corridor, se tourna puis s’agenouilla. Enfin, elle extériorisa sa colère, tel un flot rejeté
par sa mère patrie. Elle vomit un mélange de remords, de passions et de privations, tant d’années avec, vraisemblablement, un reflux jaunâtre, possiblement ses oeufs de la matinée. Certain·e·s citeront l’expression « partis en fumée » pour qualifier les rêves de notre jeune femme. Dans son cas, bien que le feu fut destructeur, il était impossible de quantifier le torrent de larmes qu’elle versa pour éteindre la fumée et soigner ses plaies brûlantes fraîchement causées. Son aventure éphémère se terminait là, au milieu d’une cohue d’inconnu·e·s, assise seule, entourée de son déjeuner.

Malgré toutes les âmes itinérantes qui traînaient dans ce vaste dédale de comédies, un ange s’arrêta pour lui adresser la parole. Femme dans la cinquantaine, grande et majestueuse, elle s’informa tout de même auprès de la malade. Parlant doucement, réconfortant le reste d’estime que Barbara pouvait posséder, cette étrangère semblait pourtant elle aussi victime de son destin, ce que notre comédienne ne savait pas, bien évidemment, tout comme la proximité de relation dont elle aurait pu jouir un jour avec l’égérie. Il lui aurait fallu 30 secondes de plus, 30 secondes de réflexion, de patience, de maîtrise de soi pour saisir son erreur, mais malheureusement, l’envie d’un drame l’avait surpassée.

En effet, se tenait devant elle madame Juliette Desmarais, née le 23 mars 1940 à New Orleans, Louisiane, juge pour l’audition du rôle principal du court-métrage L’ombre de la nuit, plateau no.3, encore en attente de la seule et unique candidate rappelée en date du 6 juillet 1992 à 12 h 30, miss Barbara Smith.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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