Accueil / Nos sens / L'Émotion / Guadecanaloudape

Guadecanaloudape

par Geneviève Poirier – photo Sébastien Raboin

 

La première demi-finale de cette saison a présenté au public une partie des slameurs qui ont le plus plu aux juges pendant la saison. Voici pour vous un slam présenté par Geneviève Phillipe, participante ayant récolté le plus de points et qu’on pourra voir en finale en mai !

 

J’ai envie de vous raconter l’histoire d’une amitié. La plus folle de toutes. De celle qui passe ou qui trébuche, par je ne sais quel miracle ou bouleversement. De l’amitié à l’amour. C’est l’histoire d’un homme

Né sur une terre à la configuration du papillon.
Qui, dès ses premiers pas, dès ses premiers soubresauts de vie. Avait déjà l’élégance du philosophe. La grâce du poète, la pondération du tendre. Il portait déjà en lui la promesse d’un sage et l’expression du solitaire

Sous ses paupières, on pouvait trouver deux petites billes curieuses, vives et têtues qui ne cessaient de scruter et d’étudier le macrocosme d’une manière si singulière que sa boîte crânienne s’en retrouvait gorgée d’histoires à en rendre maladivement jaloux les plus grands écrivains de tous les siècles confondus

Il ne faisait pas que regarder la création et là résidait l’un de ses plus grands talents : il laissait le monde se raconter à lui, s’imprégner, s’écrire, se graver en lui. Habité par une soif infatigable d’en parcourir chaque chapitre, d’en épier chaque intrigue, il pouvait passer des heures à être, simplement là, où qu’il soit, avec le monde, à exister tout bonnement avec lui, à s’abreuver de lui. Et si nous avions pu inspecter à la loupe l’intérieur de son être à ce moment-là, nous y aurions trouvé un sourire incessant.

Elle, quelques tours autour du soleil avant lui.
Naissait entre mer et montagnes. Un peu plus au nord. Un oiseau boréal osant ses premiers battements d’ailes dans un climat continental et humide. Qui lui enseignerait l’intelligence des cycles de la vie. Lui insufflant la sagesse du mouvement circulaire de 4 saisons.

Elle apprit rapidement le langage de la nature et pouvait passer des heures à dialoguer patiemment avec celle-ci. En elle, enraciné, l’espoir que tout finit par renaître, quoi qu’il arrive. Dès ses premiers pas, elle avait la désobéissance nécessaire de l’aventurière. La grâce mystérieuse de la femme sauvage. Ses yeux, comme deux caléidoscopes perçants, se posaient sur le cosmos terrien avec un acharnement sans bornes et, pour y capter toutes les beautés, même dans ses failles les plus surprenantes. Leur rencontre eut lieu dans un supermarché nord-américain. Elle avait d’extraordinaire ceci : elle fut initiée grâce au pétillement d’un enfant aventureux. Le contact fut fracassant et déclencha une onde sismique de grande amplitude dans tout leur être. Il aura suffi de quelques mots, d’un simple regard, pour comprendre qu’il leur serait désormais périlleux de se passer l’un de l’autre, même sans le faire exprès, que la vie leur préparait une grande fête de complémentarité et de loyale complicité. Impossible à partir de ce jour de compter les heures qu’ils passèrent à marcher côte à côte, à rire aux éclats nuit et jour, jour et nuit. Leurs échanges étaient si prospères qu’on aurait cru à s’y méprendre la rencontre de deux cavernes d’Ali Baba pleines à craquer, se déversant l’une dans l’autre sans relâche. Ils s’étaient trouvés, enfin, telles deux muses clandestines dans le pays des humains. Il aurait fallu, dit-on, 1000 heures dans chaque heure pour combler leur soif de partage. Des lunes plus tard, un premier baiser eut lieu… et bien d’autres suivirent. Est-ce pour avoir parcouru tant de fois ces contrées tropicales gorgées de soleil. Qu’à chaque fois qu’il ouvrait la bouche, c’est le chant d’un oiseau qu’elle entendit. Sa voix était si douce qu’elle jura y reconnaître des grains de lumières aux contours délicats et soyeux dans chacun de ses mots. Dans ses gestes, l’amoureuse voyait apparaître le plus majestueux des hommes. Dans chaque caresse, elle pouvait sentir éclore sur son épiderme des symphonies si inespérées qu’elle avait presque envie d’applaudir chaque fois qu’il posait une main sur son corps. Elle humait sa peau aux parfums de coco et de terre fertile comme on hume la joie

Lui disait d’elle qu’elle recèle la chaleur de tous les volcans, qu’elle avait le pouvoir de faire fondre le plus géant des glaciers d’un seul sourire. Qu’elle bouge et s’anime dans l’espace du monde comme le plus phénoménal des joyaux. Que sa présence ici-bas est un délice pour l’humanité tout entière

Assemblés, ils devinrent des artistes des temps nouveaux.
La banalité et l’ennui leur étaient absolument inconnus.

Christian Bobin disait : « Quand on aime quelqu’un, on a toujours quelque chose à lui dire ou à lui écrire, jusqu’à la fin des temps. »
Eh bien, vous savez quoi… de cette histoire d’amitié à l’amour, il est encore possible d’entendre, si vous tendez bien l’oreille dans la brise du soir ou de celle du matin, le rire et les murmures de deux folies qui se racontent encore et encore… sûrement, jusqu’à la fin des temps.

avril35

À propos Marie-Amélie Dubé

Voir aussi

Comment faire mieux avec moins ?

texte Geneviève Malenfant-Robichaud   En cette époque de zéro déchet, de quartier de mini-maisons et ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *