Gère-toué

Texte | Max Belisle, préposé au délire

Resterais-tu pogné·e avec ton char qui a un problème que tu connais pas ? Me connaissant : je commencerais à tout faire à pied en disant à qui veut bien l’entendre que je sauve la planète, mais ça, c’est mon problème, pis c’est pas ça la question ! Resterais-tu pogné·e avec un char qui va mal ? Non ? Et pourtant, beaucoup le font avec leur santé mentale, leur moral, leur face, leur caquet, leur « tout autre synonyme adéquat » ! On est devenu·e·s expert·e·s dans l’art de répondre un « bien » tout en contrôle à la question « Comment c’qu’y va ? » Le raisonnement est bien simple : entre raconter ses tracas et s’offrir une conversation légère et bubbly qui fait du bien, le choix est facile ! Ça en prend plus long que ça pour arriver dans les confidences, pis c’est ben normal. Imagine… le service à la clientèle deviendrait une thérapie express. Tu racontes ta journée de marde, et en échange, ton prix baisse jamais ! Pas souhaitable pour personne.

C’est rare que tu vas m’entendre dire ça dans vie, mais revenons aux chars. Si je prends le top raccourci intellectuel, les raisons pour lesquelles la santé mentale flanche ressemblent étrangement à pourquoi un char pète. Reste avec moi, ça fera pas mal !

Raison 1 : T’as un ostie de char de marde. Ça arrive, t’achètes ça, toute pète après 6 mois ; une chiure. Encore là, chaque machine vient avec un package de forces et de faiblesses ; y’en a pas une maudite de parfaite. Du coup, en montant, c’est autre chose. Des déséquilibres chimiques, ça existe. Des « fragilités de base », on en a tou·te·s, pis c’est pas toujours aussi visible qu’une articulation qui plie bizarre. On n’a pas encore le scanneur de Dans une galaxie pour les déceler rapidement, mais ça s’en vient ! 2034, guys : on garde espoir ! Là où il y a des rappels du fabricant, humainement, y’a des médicaments. Venir à la conclusion que t’as un ostie de cerveau de marde, je le sais pas comment c’est, mais venir à la conclusion que t’as acheté un citron, tu te sens casé·e en « sivouplè » ! T’as enfin une réponse. Le chemin pour se rendre à cette conclusion-là est rempli de souffrance parce qu’avant ça, faut que tu vérifies les autres raisons ! Ton char pète, tu fais pas : « Char de marde, bye ! » Laisse ça sur le bord du chemin, direction « on en achète un autre ». Tu relaxes un peu, tu te poses des questions. Dans la vie aussi, c’est pas à chaque situation son diagnostic. Respire et vois d’autres avenues.

Photo | Martin Boisvert

Raison 2 : Ton char pète parce que tu l’entretiens tout croche. Ouch ! Celle-là fait mal ! Quand ton garagiste te regarde en faisant mine de ne pas rouler des yeux comme la situation le prescrit, et te demande « C’est quand la dernière fois que t’as fait ton changement d’huile ? », et que tu réponds avec ta meilleure face de menteur « Quatre mois ! », et qu’on voit pratiquement la bulle pensive apparaître au-dessus de ta tête comme dans une BD « 4 ans », ça donne un méchant coup à l’orgueil. Ça pète et t’as quelque chose à voir là-dedans. Sous le cuir chevelu, ton entourage, appelons-les pour l’occasion « les crisses de fatiguant·e·s » vont y’aller de leur recette du bonheur : « Faut tu fasses du sport, faut que tu manges plus de légumes, faut que tu fasses du yoga. Lâche les produits laitiers. Attends pas ! MÉDITE CÂLICE, MÉDITE ! » Et partez-moi pas sur les citations inspirantes sur les réseaux sociaux. « Le bonheur, c’est comme le sucre à la crème » JE LE RATE TOUT LE TEMPS MON SUCRE À LA CRÈME ! Bon, on va prendre une grande respiration, premièrement parce que ces osties-là ont raison pis y veulent ton bien. Deuxièmement, parce qu’autant que ça peut faire mal de se dire qu’on s’entretient que le cul, ça nous donne un certain pouvoir sur la suite. C’est positif ça, non ?

Raison 3 : Ouin, y’a une raison 3. Ton char pète parce qu’il a cru bon visiter un fosset. Il a jugé approprié de frapper un orignal. Un tas de glace a pris le chemin le plus court entre le toit d’un building pis le toit de ta voiture. Comme disent nos ami·e·s les anglos : « Shit happens. » Et ça fait pas de distinction entre ta charrette et les modèles de Fast and Furious, ça. Oh, que non ! Entre les deux oreilles, y s’en passe des événements : séparation, maladie, perte d’emploi, pandémie, autres traumas, stress de performance. Je fais confiance en votre imagination pour la liste exhaustive des sources extérieures de bouette pour le ciboulot. C’est le bout où n’importe qui pète. Celui où les jugements sont aussi inutiles qu’impertinents. C’est la vie, rien de moins !

Bien sûr, quand ça concerne l’être humain, c’est un peu plus compliqué qu’avec les chars, surtout quand vient le temps de déterminer avec exactitude ce que les experts appellent « le fuck ». Plus souvent, c’est un heureux mélange des trois raisons si savamment (not) énumérées ci-haut. Est-ce qu’une accumulation de bouette est arrivée à un cerveau A+ et bien entretenu ? Est-ce qu’une pacotille est venue frapper drette là où ça fait mal ? Est-ce que ton cerveau de course roule constamment 100 miles à l’heure dans garnotte ? Autant pour ton char que pour toi-même, quand ça chie, tu vas voir quelqu’un : garagiste ou psy. Et dans les deux cas, quand t’as pas les moyens, tu vas voir ton ami qui bagosse en te croisant les doigts ! Mais en aucun cas, tu restes pris avec ton toi-même qui marche mal. Gère-toué !

À propos de Marie-Amélie Dubé

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