Faut qu’ça sorte

Texte | Max Bélisle, préposé au délire
Image d’en-tête | Free-Photos, pixabay.com

« Pendant cette pandémie-là, […] tu vas avoir vu le résultat de la créativité à la sauce de “faut qu’ça sorte”. » Max Bélisle, La Rumeur du Loup, avril 2020.

Ouais, je m’autocite. Je suis rendu là ! Toujours est-il que, ouin, c’est ça, là ! Ça fait un an. Il y a un an, je me disais : « Coudonc ! Y’en parlent donc bin de ce virus-là ! Je commence à être écoeuré ! Tsé, un moment donné, c’est beau, on a compris ! » Ouan. Je disais ça à mes collègues le 10-11 mars 2020. Et dans ces dates-là, je me suis acheté du papier hygiénique dans la paix. Tu parles d’un adon !

La sauce « faut qu’ça sorte », c’est pas une sorte de salsa trop épicée. C’est la soupape nécessaire pour passer au travers de cette crise un peu sereinement. Quel moyen plus inoffensif d’extérioriser ces émotions mélangées que de créer ? Coucher tout ça sur papier, dans un texte, un dessin, une chanson. Les saisons passent bien là-dessus ! Le printemps « lave ton épicerie ». L’été « ostie, faut j’me graille de masques ». L’automne « carte du Québec à colorier ». L’hiver « envoye, donne la claque, mais jure-moi que c’est la dernière ». Si tu racontais ça au « toi de 2018 », j’ose même pas imaginer la réaction ! J’imagine encore moins essayer de verbaliser ça de manière logique. C’est là où l’art sauve le derrière de bien des gens. La grande bohème a cette grande qualité d’être tout sauf rationnelle. Elle se plaît dans le chaos. Celui de notre pensée, celui des événements.

D’avoir l’art en guise d’accompagnement quand ça se bouscule à la sortie, c’est le repos du guerrier. Bye, bye, directives sanitaires, protocoles, réunions, télétravail, présentiel et tout le charabia. On force d’ailleurs. On force du coeur. On ne force plus dans un carcan logistique qui sauve les gens ; on force dans un épanouissement qui nous sauve, nous. Comme enfin se tenir sur la jambe droite quand ça fait longtemps que tu es sur la jambe gauche. Ou se croiser l’autre jambe, pour le monde de bureaux ! Ça préserve, ça repose, le temps qu’on retourne à la tâche.

Bien des gens l’avaient dans le tiroir, le projet de scénario, le premier chapitre de roman, les toiles de chez Omer DeSerres pas déballées. Mais quand faut qu’ça sorte, on s’en câlice-tu pas rien qu’un peu de pas torcher à chaque bebelle qu’on crée ? Le syndrome de l’imposteur arrive deuxième en « sivouplè » quand vient le temps de charger ses batteries pour une autre semaine à stress « COVID ajoutée ». Rien à chier : je crée du beau, je fabrique mon propre espoir. Si l’avenir a une vague apparence de syndrome de la feuille blanche, le document Word, la toile, le calepin, eux, je te les full sur un ostie de temps simplement parce que je peux. Je me croise l’autre jambe ; cette prise de contrôle repose ce laisser-aller aux allures de ras-le-bol. Et ce qui en sort, well, c’est un corps bien droit devant la tempête, un sourire franc, et une étincelle dans les yeux qui dit : « Amène-la, ta garnotte. »

À propos de Marie-Amélie Dubé

Voir aussi

Vigile et Une colonie, deux coups de cœurs

Texte | Raphaëlle Hamel Je ressors du festival « Vues dans la tête de Jeanne Leblanc » avec deux coups de …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *