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Facebook et le capitalisme de surveillance

par Sam Harper @acetum

 

Cette fois, je l’ai presque fait. Effacer définitivement mon compte Facebook. J’hésite encore. Le problème, c’est que Facebook est devenu une façon incontournable de communiquer. Que ce soit pour coordonner un horaire de travail, organiser une réunion ou une fête, Facebook est la plateforme utilisée. Pourquoi ? Parce que tout le monde, ou presque, y est.

 

LA SAGA CAMBRIDGE ANALYTICA
Au mois de mars 2018, le lanceur d’alerte Christopher Wylie exposait au grand jour les agissements de la compagnie Cambridge Analytica. Cette compagnie est la propriété du milliardaire et très conservateur Robert Mercer et était dirigée à l’époque par l’exconseiller de Donald Trump, Steve Bannon. En 2014, le chercheur Aleksandr Kogan a créé un jeu-questionnaire, comme il en existe des centaines, sur Facebook. Vous en avez déjà probablement vu passer, qui vous promettent de vous dire quel type de fromage vous êtes. Sous le couvert d’un projet de recherche en psychologie, ce jeu-questionnaire collectait non seulement les réponses, mais les données des utilisateurs et de leurs amis, soit jusqu’à 87 millions d’individus. Kogan a vendu ces données à Cambridge Analytica, leur permettant de créer des profils individualisés et proposer des publicités ciblées. Cette compagnie a été active dans la campagne en faveur du Brexit, ainsi que l’élection du président Trump.
FACEBOOK S’EXCUSE
Ce n’est pas la première fois que Facebook se retrouve au coeur d’un scandale concernant le respect de la vie privée de ses usagers. C’est maintenant devenu routinier de voir Facebook mettre en place une nouvelle fonctionnalité sans penser aux conséquences et de voir Mark Zuckerberg, le fondateur et PDG, s’en excuser par la suite. Cette fois encore, Zuckerberg promet de nous donner plus de contrôle sur ce que nous partageons. Ce que l’on ne nous offre pas, par contre, c’est un contrôle sur la façon dont Facebook conserve et utilise nos données personnelles.

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LE PRODUIT, C’EST NOUS
Au coeur de cette controverse se trouve le fait que le modèle d’affaires de Facebook est la collecte et la vente des informations personnelles de ses usagers. L’adage selon lequel « si un service en ligne est gratuit, c’est toi le produit » s’applique autant à Facebook qu’à Google et bon nombre d’autres compagnies technologiques. On parle de capitalisme de surveillance pour décrire ce modèle d’affaires : tu me permets de stocker, utiliser, monnayer tes informations personnelles et en retour, on te permet de publier des photos de chats, envoyer des courriels et faire des recherches sur Internet. La quantité de données ramassées est stupéfiante. Par exemple, l’application Facebook pour téléphone Android est en mesure de collecter les métadonnées des appels téléphoniques (numéro appelé, durée de l’appel) et le contenu des textos. Le « pixel Facebook » et les boutons « J’aime » sur un grand nombre de sites permettent à la compagnie de Palo Alto de connaître les sites visités par les utilisateurs. Google et Facebook sont les leaders en ce domaine, mais ce modèle d’affaires est de plus en plus répandu. C’est à cause de cette prolifération du capitalisme de surveillance que la réponse au scandale de Cambridge Analytica ne peut être une initiative personnelle (désactiver son compte Facebook) ni strictement limitée à Facebook. Il est primordial que la question de la vie privée ne soit plus vue comme une simple question de choix personnel, mais de bien commun. C’est par la réglementation de cette industrie que commence une protection minimale de notre vie privée.

 

UN MÉNAGE DE PRINTEMPS
Si effacer son compte Facebook n’est pas une option, il nous reste le choix de ce que nous dévoilons et partageons. Si un jeuquestionnaire demande d’avoir accès à votre compte, c’est pour y collecter des informations. Soyez vigilant sur les autorisations que vous donnez lorsque vous installez une application. Le jeu que vous installez va-t-il vraiment avoir besoin d’avoir accès à votre liste de contacts et à la caméra ? Faites un tour dans vos préférences Facebook. Vérifiez si les paramètres de partage vous conviennent. Vous pouvez aussi y voir les applications installées et désactiver celles dont vous n’avez pas besoin. Pour celles que vous utilisez, vous pouvez limiter les données auxquelles elles ont accès. Pour terminer, il est peut-être temps d’envisager d’utiliser des plateformes décentralisées et plus respectueuses de notre vie privée comme Mastodon ou Diaspora.

 

À propos Marie-Amélie Dubé

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