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Esprit de cantine, un films de Nicolas Paquet | Au-delà de la poutine

jan23

par Nicolas Paquet – photos par François Gamache et Nicolas Paquet

 

Été 2010. Je suis assis sur un joli banc rouge dans la cantine Poivre et sel, au coeur d’un Malartic en plein bouleversement, sous les coups de pelles mécaniques et les passages lourds des camions. Nous tournons le documentaire La règle d’or qui suit l’invasion agressive d’une compagnie minière dans ces contrées dorées. Mon petit doigt et mon estomac me disent que ce n’est pas la dernière fois que je filmerai dans une cantine. Ces minuscules bâtisses simplement belles m’ont conquis, et leur faune humaine aussi. À travers les effluves de friture, je ressens l’émanation d’une ambiance bien québécoise qu’il faut recueillir par devoir de mémoire. La cantine de Gaétane, au coeur de Malartic, trouvera son immortalité dans les images du film, car elle sera la proie des flammes quelques mois après le tournage.

 

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Été 2012. En famille, nous parcourons l’Est-du-Québec, à la recherche de petites perles de cassecroûte. Nous dénichons des lieux hautement cinématographiques qui seront le décor d’un nouveau projet, d’un nouveau documentaire pour dévoiler la face cachée de la ruralité. La vie en « région », quand elle s’active et rigole, dans ce casci en mangeant une frite ou un « roteux ». Le propos s’élèvera en sourdine, à l’encontre des discours médiatiques dévitalisants, pour mettre en images cette belle vie qui anime les cantines et la passion que portent les propriétaires, des femmes fortes et rassembleuses. Si la vie rurale comporte ses écueils, ses inégalités flagrantes, quand on s’attable sous le soleil d’été, un pan souriant de notre réalité se révèle.

jan25

 

Été 2016. Ça roule. Nous nous baladons des deux bords de la Grande Eau, de Saint-Alexandre-de-Kamouraska à Tadoussac. Nous captons des rires gras, des réflexions sur un avenir qui semble parfois sombre, des lumières de fin de journée sublimes, et surtout, une humanité formidablement inspirante. Bon, il y a aussi toutes les poutines que nous mangeons entre deux prises, dont cette mémorable tournée générale, banquet de frites, de fromage et de sauce, le jour où nous avons mis la dernière touche sonore au film. Une des propriétaires des cantines filmées m’a confié : « Si tu te sens malheureux, mange une poutine. On ne peut pas être malheureux quand on a mangé une poutine. »

jan26

 

LE NÉO-PARVIS
Elles demeurent des lieux de socialisation et souvent constituent le seul endroit dans certains villages où l’on peut aller jaser. Dans plusieurs d’entre elles, les clients s’assoient le temps d’un long café « refillé » pour discuter avec les habitués, les proprios, histoire de prendre les nouvelles. C’est l’option que préfèrent des gens de toutes les couches de la communauté. On y croise une mixité, et les personnes âgées ou retraitées y voient un havre pour sortir de l’isolement; les enfants, eux, l’envie rassasiée d’une bonne patate.

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C’EST NOUS, NOTRE MATRIMOINE
Ancrées dans nos pays du Québec, de l’Abitibi à la Gaspésie depuis des décennies, les cantines se transmettent de génération en génération, de mère en fille, la plupart du temps. C’est l’arrêt obligatoire sur le chemin du chalet ou du camp de chasse. C’est la crème molle du vendredi. C’est tout un pan de nos histoires familiales qui tissent du souvenir et du chaleureux. Elles nous rappellent à la fois un passé souriant et notre saisonnalité nordique, elles qui hibernent avec les ours et les marmottes. Maintenant que le film voyage, je constate qu’elles sont à la fois multiples par leur personnalité et toutes identiques dans leur rapport au présent et à la société qui les entoure.

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DES FRITES, C’EST BON !
En finale, l’argument fondamental : le plaisir. Manger du réconfortant, de temps en temps, à 2,50 $, comment être contre la vertu, ou plutôt les vertus des patates frites maison. Accessible et apaisant, l’aliment phare des casse-croûtes saura conquérir nos coeurs pour encore longtemps. Reste à voir si nous aurons encore des bastions indépendants pour nous les offrir avec le sourire.

 

 

BANDE-ANNONCE
vimeo.com/240429551
Rivière-du-Loup | 26 février
Montréal | 20 avril
Québec | 20 avril
Rimouski | 8 mai
Trois-Pistoles | 6 juin

À propos Marie-Amélie Dubé

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