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Érotisme théâtral : Un frisson partagé

texte Julie Thibodeau-Bélair | photos JHA Photographie

L’an passé, Cent Mille Lieux réalisait son fantasme de spectacle érotique à Saint-André. Dans un manoir de village au passé sulfureux, les spectateurs ont été invités à passer de pièce en pièce comme on change de chemise. Dans chacune, une expérience sensorielle les attendait : dans l’incontournable pièce noire, des comédiennes armées d’objets doux frôlaient les spectateurs. Dans la chambre rose, on était invités à manger un concombre devant une actrice racontant une histoire salée. Dans le laboratoire ocytocine, deux scientifiques proposaient aux participants de s’asseoir face à face et de laisser monter, dans leurs regards, la rencontre avec l’autre. Saupoudrés çà et là, d’autres tableaux laissaient découvrir des pratiques alternatives pour titiller les curiosités et éveiller les sens.


JHA Photographie

Cette année, l’équipe remet la table. Avec, en filigrane, sa démarche engagée en faveur d’une sensualité éthique, diversifiée, libérée des idées préconçues et des schémas oppressifs, consciente des limites des spectateurs et des comédiens. Cette démarche commence par l’implication de celles et ceux qui performent. Ces derniers ont été inclus dans toutes les étapes de la conception du spectacle, depuis les discussions préliminaires jusqu’aux deux journées de brainstorm et d’ateliers de groupes. Elles et ils ont donc teinté l’événement à partir de leurs points de vue et leurs expériences diverses. Leurs limites. Leurs émotions. Leurs corps. On s’est longtemps demandé ce qu’il est OK de dire et de montrer, et si c’était le même mot d’ordre pour tout le monde. On a aussi entendu les fantasmes de chacun et tenté de composer une mosaïque de performances qui tienne tout cela en compte. De là, chacun pimente la sauce à son goût.


JHA Photographie

L’idée de base ? Une immense mission sociale : revisiter l’érotisme sans le ridiculiser ni l’engoncer dans des schémas culcul ou oppressifs. Libérer les corps et apprécier leur diversité. Libérer les esprits et apprécier leur inventivité dans la recherche du plaisir. Sortir de l’ignorance, de l’intolérance et des rires gras qui accompagnent trop souvent nos discussions sur le sexe. Amener, si possible, le public à se poser aussi ces questions importantes : est-ce que j’accorde à mes sensations toute la place qu’elles méritent au quotidien ? Est-ce que mes gestes envers les autres prennent en compte les limites et les désirs de chacun ? Qu’est-ce que j’ai envie d’explorer de nouveau dans mon intimité ? Est-ce que je perçois la beauté des gens qui m’entourent ? Cette année, le Manoir ouvrira ses portes deux soirs, les 22 et 23 février. Une vingtaine d’artistes du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie se distribueront les différentes chambres, antichambres et salles de bains du Manoir. La chambre noire sera de retour vu son grand succès l’an passé. En bas, un bar avec musique live permettra aux spectateurs de prendre une pause entre leurs explorations. Toutes les autres performances seront inédites, depuis une salle de toucher conscient jusqu’à une présentation ASMR (autonomous sensory meridian response) en passant par plusieurs autres détours agréables et surprenants. Une chose est sûre, parmi ces activistes du plaisir, on en verra de toutes les couleurs.

Pour plus d’informations et l’accès aux réservations, consultez la page Facebook de Cent Mille Lieux.
www.eventbrite.ca/e/le-manoir-deros-les-sens-tickets


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À propos Marie-Amélie Dubé

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