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Entrevue avec Catherine Dorion

Entrevue Marie-Amélie Dubé | Retranscription Geneviève Malenfant-Robichaud | photo Tom Morin

Rumeur du Loup : Pourquoi la mobilisation citoyenne est-elle nécessaire à l’écologie d’une société?
Catherine Dorion : Parce que ce sont les moments où l’on fait des projets ensemble. Les moments où l’on regarde dans la même direction ensemble. Saint-Exupéry dit que s’aimer, ce n’est pas de se regarder l’un l’autre, mais de regarder ensemble dans la même direction. Si tu restes dans ton coin à faire tes affaires avec 2-3 amis et les 2 membres de ta famille que tu vois le plus souvent, tu n’es pas en train d’être une société. Être un peuple, être une société, être une collectivité, c’est être des gens qui font des choses ensemble.

R.L. : À quel moment dans ta vie as-tu décidé consciemment de participer activement comme citoyenne dans la société ?
C.D. : Quand j’ai commencé à faire de l’art au conservatoire. En troisième année, on faisait un show avec Antoine Laprise, un show politique. On jouait des soldats russes en Afghanistan. Le show a été très apprécié. C’est là que j’ai réalisé que lorsque l’on rassemble plusieurs centaines de personnes dans une même salle, on doit parler de « collectif ». On ne pouvait pas parler seulement d’une histoire individuelle: « Voici l’histoire d’une fille qui n’aimait pas sa mère. Elles se chicanaient, et à la fin, la fille s’en va… » Ce n’est intéressant que si ça touche à des enjeux sociaux. J’avais envie que, tant qu’à être rassemblés là, on parle de quelque chose qui nous regarde.

R.L. : Pour toi, la mobilisation citoyenne estelle aussi politique qu’une participation en politique, comme tu le fais présentement ?
C.D. : Plus, vraiment plus. D’ailleurs, ce que j’essaie de faire, c’est d’utiliser le spotlight que le fait d’être à l’Assemblée nationale me donne pour nourrir la mobilisation citoyenne. Pour moi, la mobilisation citoyenne est un mouvement qui doit grossir assez afin d’être assez puissant pour nous donner assez de force psychologique pour renverser un système qui nous divise.

R.L. : Comment gères-tu ton rôle de citoyenne et de politicienne ?
C.D. : Comme je peux. Ce sont pour moi des zones inconnues. On ne m’a pas appris à l’école comment c’était et comment agir. C’est hors de mes zones de confort. Justement parce qu’on est en train d’avancer, ce sont des zones qui ne sont pas encore défrichées et qui peuvent déstabiliser. J’y réagis comme je peux. C’est vraiment de l’apprentissage à mesure.

R.L : Y a-t-il un chapeau plus important que l’autre ?
C.D. : Pour moi, il n’y a pas deux chapeaux. La politique se déroule déjà entre les gens. Ce n’est pas le fait d’être dans une institution qui me fait me sentir hors du mouvement social. Les institutions font partie de la société. C’est comme une grosse soupe. Et moi, je pousse là-dedans avec tout ce que j’ai.

R.L. : La confiance envers la classe politique est en déclin. En chambre, on voit l’émergence de deux pôles à l’opposé. Quelles sont les paroles, les actions, les directions à réaliser pour regagner la confiance citoyenne ?
C.D. : Il faut s’occuper des problèmes des gens au lieu de tout ramener à la croissance économique et à la création d’emplois. Depuis que je suis députée (et même avant), plein de groupes et de gens actifs dans la société viennent me parler. Plein de gens qui agissent pour le bien commun avec peu de ressources viennent me parler de problèmes concrets comme le sentiment de solitude, l’impuissance, la dépression, l’impression que tout va trop vite, etc. On me parle rarement de la croissance économique ! Même des gens du secteur de la santé me disent que la première chose qu’ils veulent, ce n’est pas l’argent ou le salaire, mais le respect, la reconnaissance, le temps de bien faire le travail ou un plus grand nombre d’employés.

R.L. : À quel titre des études en théâtre sontelles utiles au quotidien comme citoyenne, comme politicienne ?
C.D. : Dans tout ! Le conservatoire n’est pas seulement une école de théâtre, c’est une école de vie. Tous ceux qui y sont passés le disent, c’est positivement traumatisant ! Cette école-là t’aide à creuser vraiment loin. Tout ce que tu fais, c’est te mettre en danger pour explorer des zones intérieures et analyser l’effet sur le public. En y allant à fond, il n’y a pas de compromis: soit c’est excellent, soit c’est pourri, mais tu apprends intensément. Ce sont probablement les trois années les plus formatrices de toute ma scolarité. Cette formation m’aide à oser. Je remarque que c’est quelque chose d’inusité en politique. C’est polarisant, mais je pense que les gens peuvent au moins me reconnaître l’audace d’avancer avec une position claire, même s’ils sont en désaccord ou qu’ils ne m’aiment pas.

À propos Marie-Amélie Dubé

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