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En terre trifluvienne, me voilà tragédienne

texte et photo Karine Raymond

Je ne savais pas trop, au départ, comment aborder cette singulière histoire, ni en écrit et encore moins dans la vie. L’histoire de mes derniers mois passés loin de chez-moi dans une contrée éloignée où mes 2 univers n’avaient qu’en commun la dénomination « rivière ».

Parce que OUI c’est loin, Trois-Rivières, si on se réfère à notre périlleux hiver.

Je me suis d’ailleurs demandée, à plusieurs reprises, qu’est-ce que je faisais là.

Plongée au coeur d’une ville, plongée dans mon coeur en vrille.

C’est inévitablement la nécessité d’être de nouveau choisie. Ce besoin fondamental de reconnaissance (rappelez-vous la pyramide de Maslow). J’avais besoin d’un boost d’estime. Quand les portes de l’Université du Québec à Trois-Rivières se sont ouvertes à moi, j’ai fait mes bagages en moins de 2 semaines et je me suis envolée vers l’urbanité.

Tout s’annonçait extraordinaire. Trois-Rivières, la poétique, m’attirait depuis ma jeunesse. Ma famille à proximité et la fierté de travailler dans une université complétaient le portrait parfait de mon échappée.

Et pourtant, dans cette ville de plus de 135 000 personnes, j’ai touché terre assez rapidement. Exit le conte de fée et bienvenue à Saint-Philippe, mon quartier « défavorisé ». Ça m’a brassée et rappelé le Hochelaga de mes années d’études. J’ai constaté d’emblée des entités totalement opposées entre mon quartier trifluvien et ma vie cacounoise. Malgré cela, je me sentais bien dans les deux réalités. Je me suis reposée de mes responsabilités de propriétaire et j’ai pu assister à une vie citadine mouvementée. Quand on habite à côté du dépanneur Chez Roger, c’est clair que l’on ne va pas s’ennuyer !

J’ai d’abord découvert, un soir à la mythique Taverne Royale ouverte en 1961, que je ne devais pas dire à mes partenaires de billard que je suis bien meilleure au Scrabble. Vous en connaissez beaucoup des villes qui nomment ainsi leur club de divertissement pour adultes ?

J’ai ensuite vite trouvé l’Escompte Lecompte de la rue des Forges pour mettre de la lumière et des couleurs dans mon appartement brun/ beige délabré où l’on ouvre les tiroirs avec des couteaux à beurre et où mon voisin de 125 ans a la tête dans son moteur depuis janvier. Cet appartement que j’ai transformé à coup de 1 $ pour m’y sentir comme une reine sereine.

Peu après mon arrivée, les itinérant.e.s de ma rue, qui vidaient mes poubelles par terre à la recherche de cannettes vides, sont devenu.e.s des complices. Nous avons jasé sans aucune barrière. Je leur ai nettoyé mes bouteilles vides à toutes les semaines et je les ai déposées sur mon balcon en échange du maintien de mon allée propre. Je pense que l’on a créé quelque chose de beau, là.

Les gens de mon quartier, parfois amochés par les jours de fête, ont toujours été agréables avec moi et, sans eux, ma voiture aurait passé l’hiver dans les incommensurables bancs de neige. J’ai senti moins d’indifférence sur ma rue que sur le campus universitaire. Il y a des dizaines de façons d’être cultivé.e.s et certaines rencontres m’ont redonné foi en l’humanité.

Trois-Rivières, c’est aussi son centre-ville juste à côté de chez moi. Sa microbrasserie, ses trop nombreux restaurants (sauf le délectable Café Frida) et ses écureuils deux couleurs. Une ville que j’ai arpentée des heures durant. À pieds ou en patins. Le soir ou le matin. Une ville qui affiche sur ses murs plus de 400 poèmes en permanence. De quoi alimenter la rêveuse en moi, l’amoureuse des mots. Ils ont été le baume de mon hiver en solo. Ça et le formidable cinéma le Tapis rouge, cinéma indépendant projetant des films internationaux et d’auteur.

Ce n’est pas dans ce texte que je vous parlerai de la vie universitaire ici. De cette ville dans une ville avec plus de 14 000 étudiant.e.s. Je préfère fermer les portes de ce trop grand monde qui m’a fait me sentir si seule. Je pense que ça va me faire du bien de retrouver ma grande famille louperivoise. Jusqu’à ma prochaine envie de prendre l’air !

Là, je rentre à la maison pour prendre une grande inspiration et défaire mes bagages. Pour mieux les refaire quelques semaines en juillet. D’autres histoires à raconter !


À propos Marie-Amélie Dubé

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Un commentaire

  1. Une courageuse traversée pleine de découvertes durant ce long hiver en grande ville par une courageuse de Cacouna ! Bon retour à Rivière du Loup la chaleureuse…

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