Élégante Chair

Texte | Ananda Dubé Gauthier
Photos | Sébastien Raboin et Stéphane Bourgeois

Vulnérabilité, transparence et intensité : quand sculpture et danse se rencontrent.

Depuis sa résidence de création au Centre d’art de Kamouraska, Soraïda Caron se confie sur sa rencontre avec les intrigantes sculptures d’Ito Laïla Lefrançois. C’était en 2014. Elle est alors éblouie par Caller le caribou, le premier morceau d’inspiration pour la pièce chorégraphique en cours de construction, Élégante chair.

Il y a eu du chemin depuis 2014. Comment votre projet a-t-il pris forme ?

Il y a quelque temps, je suis tombée dans un moment marqué par la vulnérabilité dans ma vie, et les oeuvres d’Ito sont retombées par hasard sur mon chemin. Son travail est venu faire un baume sur ce que je vivais. Et j’ai bien senti qu’à ce moment-là, quelque chose allait se donner avec ces oeuvres. Je l’ai donc appelée.

À quel endroit de toi es-tu invitée quand tu danses et réfléchis à ce projet ?

Ce projet-là me ramène à mes racines profondes, un peu à ma recherche dans mes questions d’immigration. Je suis adoptée alors j’ai une double culture. Le travail d’Ito est très ancré dans la terre, le territoire. Pour moi, ces oeuvres sont déjà des danseuses, des personnages dans une forme hybride entre l’homme et la bête. Et comme ce sont des sculptures, elles sont très mobiles et ancrées dans le sol. J’ai eu cette envie d’aller dans cet ancragelà, dans nos territoires, dans nos corps, de retourner dans cette mémoire, donc, dans les racines profondes de qui nous sommes.

photo | Sébastien Raboin

Vous dites, Ito et toi, être obsédées par le corps qui ouvre les chemins à la vulnérabilité. Comment t’y prends-tu pour ouvrir ces chemins ?

Les interprètes, Geneviève Duong et Valérie Pitre, qui sont dans ce projet, ont une très grande vulnérabilité, donc une très grande générosité. Les portes de leurs corps sont déjà ouvertes pour laisser entrer des choses et en laisser sortir également. On fait présentement beaucoup de jeux qui produisent un retour à une certaine conscience, aux espaces en nous. On parle souvent des espaces extérieurs, mais j’aime bien travailler les espaces intérieurs. Quand quelque chose se crispe, notre corps nous parle, quelque chose se passe. Il faut faire ce travail en nous-mêmes, sur nos propres peurs, nos propres angoisses, pour être capable d’offrir cette vulnérabilité aux gens. Vous êtes alors dans une sorte de traversée, afin de trouver des voies de passage et d’offrir la vulnérabilité dont il est question, et ce, depuis la sensibilité des interprètes.

Dans cette semaine de résidence, c’est ce que nous faisons et c’est très épuisant. Le mouvement devient le rendu et non la base. J’avais envie de travailler autrement qu’avec une gestuelle que l’on répète et peaufine à répétition. Je désirais aborder d’abord le mouvement par le « comment j’existe », puis le « comment je peux aborder ce mouvement-là avec ma personnalité ». En travaillant de cette façon, le mouvement devient très rapidement celui des interprètes. Le travail de fond se fait. C’est plus exigeant, mais plus payant en bout de ligne, car nous arrivons plus vite où je veux aller pour cette création-là.

Y a-t-il quelque chose que tu souhaites inspirer aux gens à travers cette oeuvre ?

Je souhaite que les gens entrent dans l’hypnose proposée par le travail, dans les caractéristiques proposées au départ par les sculptures qui sont très contemplatives. Je souhaite que les gens fassent un retour à l’essence, qu’ils se rappellent que nous sommes des animaux, que nous avons un instinct. Prendre le temps, déposer les choses, les vivre, de les regarder plutôt que d’être dans un concept de divertissement, d’attente du punch. J’aimerais que les gens aient le temps de réfléchir durant la prestation.

photo | Stéphane Bourgeois

Y a-t-il eu jusqu’à maintenant des changements d’avenue qui sont apparus lors de votre résidence ?

Au départ, je voulais vraiment unir les deux univers et créer des duos improbables, mais il y a trop d’informations. Mettre l’oeuvre des sculptures et l’oeuvre de la danse, ça fait beaucoup à se partager l’espace. Pour le moment, nous nous sommes dirigé·e·s vers autre chose. Les structures sont alors vraiment une inspiration.

Y a-t-il un moment clé de votre résidence jusqu’à maintenant ?

Chaque fois que les interprètes dansent, c’est une merveilleuse surprise. Elles intègrent très rapidement mes commentaires et chaque fois qu’elles recommencent, j’ai l’impression que l’on avance vers la vérité. Alors, ce sont des petits moments magiques à chaque fois.

À la suite de celle-ci, une deuxième résidence de création aura lieu à Carleton-sur-Mer et donnera au projet Élégante chair une chance de performer devant public, si permis, le 28 mai prochain.

Pour suivre les projets de Soraïda Caron, vous pouvez visiter son site internet marselledanse.com.

photo | Stéphane Bourgeois

À propos de Marie-Amélie Dubé

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