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Décroche pour l’école québécoise de l’avenir

texte Max Belisle, préposé au délire

L’éducation de la jeune génération suscite chez les adultes de vives réactions allant de l’utopie la plus « licorneuse » jusqu’au fier abandon dans un profond nihilisme, et ce, avec bien peu de nuances. À grand coup de « qu’est-ce qu’ils vont avoir d’l’air plus tard », on prévoit des cataclysmes pour une compétition pas de gagnant ou pour un fast-food à moins de 18 km d’une école. Faut que tout soit PAR-FAIT, sans faille, que l’apprentissage soit GLO-BAL. Que le bambin entre et ressorte complet ! Ouin, moi aussi j’ai comme un début de crise de panique quand je pense au personnel qui s’occupe de mettre ça en oeuvre. Hypothèse : et s’il fallait juste décrocher. Abandonner certaines idées. Arrêter d’essayer.

Décroche. T’apprendras pas toute à l’école. Ça a peut-être l’air d’une phrase sortie de la bouche d’un bachelier de l’Université de la Vie, mais bon. Combien de fois on entend des « J’aurais donc aimé ça apprendre à acheter une maison à l’école » ou à l’inverse « Ça fait 7845 jours consécutifs que j’ai pas utilisé le théorème de Pythagore ». Lâche prise ! L’école, c’est comme dire à ton enfant : « Ok, on le sait que ça fait pas longtemps que t’es icitte, mais nous autres pendant que t’étais pas là, on a appris une couple d’affaires, pis y’en a quelques-unes là-dedans qu’on est trop à chier pour expliquer. Donc, on a engagé des experts pour le faire à plusieurs d’entre vous en même temps. » On a peut-être oublié de dire que le reste de la vie va faire sa part de toute façon. À condition d’un peu de vouloir, mais j’y arrive. Décroche. La curiosité, ça tombe pas du ciel. La pluie tombe du ciel, des hamburgers dans certains films pour enfants tombent du ciel, mais la curiosité : non ! Pas de bambin qui, comme premier mot, a prononcé : « J’veux tout savoir sur les pirates ! » En gros, il manque un léger coup de pied au derrière pour que cette machine-là se mette à tourner. C’est drette-là que l’école intervient. L’école en dévoile de manière formelle, artificielle, plate, bête et méchante parce que plus on en sait, plus on veut en savoir. C’est le starter-pack de la curiosité intellectuelle finalement ! Y’en a pour appeler ça la « culture générale ». Je les ostine pas ! Là où je veux en venir, c’est que…

Décroche. Apprendre, c’est toujours poche. Arrête d ‘essayer de rendre ça le fun, c’est un combat perdu d’avance. Apprendre, ça implique que, consciemment ou pas, de nouvelles connaissances se battent avec de vieilles connaissances pour une place dans ta p’tite tête ! Pas le party du siècle, peu importe ce que madame Josianne va faire comme steppette. Repensez à vos erreurs. Repensez à chacune de vos bêches en « bécyk à pédale » qui vous ont appris que les X Games, c’était peut-être pas pour vous. Ressassez chaque millilitre de vomi de brosse qui vous ont appris (ou pas) vos limites. On ne s’en sort pas : l’apprentissage, le vrai, c’est brutal peu importe le fun que tu essaies de lui ajouter. Loin de moi l’idée de comparer l’accord du participe passé avec de sanglantes aventures, mais parions que certains intervenants de réseaux sociaux ont eu moins mal à se promener à vélo en état d’ébriété qu’à apprendre leur langue. Vous ferez le lien que vous voulez ici mais…

Décroche. L’inclusion, ça marche pas ! Certain.e.s élèves ont des besoins spéciaux, c’est faite de même ! C’est pas en les garrochant en classe régulière que ça va servir qui que ce soit. Vous est-il déjà arrivé de vous demander à quel point vous apprendriez plus efficacement si chaque jour, vous alliez à une classe de maître en astrophysique ? Pour ma part, ralentir un groupe d’astrophysicien en posant ne serait-ce qu’une question m’angoisserait. Pas vous ? Disons qu’après « qu’est-ce que », le mot suivant serait probablement mal utilisé dans la phrase ! L’image inclusive est belle, mais dans un contexte de bourrage de crâne, faire passer l’âge du crâne avant le rythme de bourrage pour savoir qui est assis à côté de qui en mathématique, ça m’apparaît so-so.

Décroche. C’est un processus ! Quand ben même quelqu’un est pas à l’université à 18 ans, qu’est-ce que la planète en a à branler ? De toute façon, t’arrives au bout de ce segment-là de ta vie et ce que tu veux pour la suite, c’est souvent flou. Pourquoi alors est-ce que le temps que ça prend te rendre au papier de la fin, c’est plus important que d’avoir appris pour vrai ? Pourquoi c’est supposé être dramatique et stressant un examen ? On est juste supposé être en train de vérifier où est-ce que Mary-Bell’e (oui, les prénoms sont fuckés en 2019) est rendue en français, pas juger de la pertinence de sa naissance ! Pas la peine de s’écrire des réponses dans la manche pour ça ! Alors, pourquoi on juge que c’est par rapport à la moyenne de ses pairs qu’il faut mesurer le rendement d’un élève et non par rapport à la connaissance elle-même ? Pourquoi on juge que c’est à 60 % que tu peux passer au skill suivant ? What the fuck la cote R ? Quand on constate les dommages de l’ignorance, pourquoi faire passer « avoir l’air beau pis fin » devant « être cultivé pour vrai » ? Décrochons, pour qu’eux ne le fassent plus.

À propos Marie-Amélie Dubé

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