De Montréal à Cacouna

Texte et photos | Myriam Lapointe-Gagnon

Cela fait maintenant huit mois qu’on est déménagés de Montréal à Cacouna, mon amoureux et moi.

Ce n’est pas qu’on n’aimait pas la ville, mais on avait besoin de fleuve pis d’une vue qui a de la perspective.

C’est la première fois depuis qu’on a bougé que je sens que j’ai assez de recul sur toute cette expérience pour en faire un premier bilan « public ». Je le fais aussi parce que vous êtes des dizaines à y penser et à nous demander comment ça se passe… Ce matin, je suis tombée sur un article qui donne 10 raisons d’aller travailler en région. J’ai eu envie d’y comparer mon expérience. Bien surprise à ma lecture de voir que tout y est pas mal vrai et que je pourrais ajouter facilement plus de raisons à cette liste… Mais j’ai aussi envie de nuancer et de parler un peu des défis de ce GROS MOVE. Surtout qu’on ne vient pas du coin, qu’on n’avait pas de famille et pas d’ami·e·s qui nous attendaient ici. Bref, on s’est laissé charmer par le genre d’article que j’ai lu aujourd’hui.

Alors les voici… les 10 raisons de travailler en région selon Le Journal de Québec :

1 – DE BONS EMPLOIS DISPONIBLES
Ce sont des emplois spécialisés et surtout disponibles et bien payés. Ça vaut assurément la peine de faire une petite recherche. Les entreprises des régions n’arrêtent pas de crier haut et fort qu’elles manquent de main-d’oeuvre.

VRAI. On avait de super belles propositions d’emplois, mon amoureux et moi, avant même d’arriver ici. Contrairement à Montréal où tu te bats pour te faire une place, ici on se bat pour t’engager. C’est quand même un bon feeling ! Attention par contre. Une fois que t’es arrivé·e, on échappe plus des 20 $ dans la rue pour te faire plaisir, mais on te fait quand même de très beaux sourires.

2 – LE PLEIN AIR À DEUX PAS DE LA MAISON
Un classique, mais c’est vrai. Été comme hiver, l’accès à la nature se fait à pied ou pas très loin de la maison, et ça ne fait pas mal au portefeuille : sentiers de randonnée, parcs naturels en plein coeur des villes, lacs majestueux, etc.

VRAI. Je capotais l’été avec les baignades dans le fleuve, les marches sur la grève, le kayak de mer au coucher de soleil avec les phoques qui viennent nous taquiner, le vélo, les lacs clairs où l’on peut se saucer gratuitement à même pas 20 minutes de la maison. Mais l’hiver… mon dieu. Que de beauté avec les glaces et la neige ! Je fais du ski de fond avec mon chien… sur ma rue, de la raquette à même des sentiers qui partent de ma cour ! On a une station de ski pas loin et les Chic-Chocs à quelques heures de route.. Bref, on capote.

3 – LE COÛT DES MAISONS
Acheter une maison est beaucoup plus facile. Par exemple, selon le site de courtiers immobiliers Centris, une maison unifamiliale qui se vend 420 000 $ à Montréal se vend en moyenne 140 000 $ au Bas-Saint-Laurent. Un incitatif assez convaincant.

VRAI. On a acheté une maison en bois rond à aire ouverte sur le bord du fleuve avec la plage devant et la montagne derrière pour le prix d’un demi-condo sur le plateau.

4 – LE PARADIS DES ENTREPRENEURS
Avis aux urbain·e·s qui ont la fibre entrepreneuriale, les opportunités sont très intéressantes dans les régions. À titre d’exemple, Rivière-du-Loup est LA ville entrepreneuriale au Canada, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Le terreau est plutôt fertile.

TELLEMENT VRAI. Les opportunités d’entrepreneuriat sont immenses, et l’on a de l’aide pour partir à notre compte, dont du mentorat gratuitement. Il existe tellement de belles subventions pour encourager les nouvelles idées en région. On a le sentiment que tout est possible. En plus, dans mon nouveau lieu de travail à temps partiel, soit l’Espace collaboratif ouvert ECO, les rencontres entre travailleur·euse·s autonomes ouvrent la porte à tellement d’idées !

5 – DES MILLIERS DE DOLLARS DANS LES POCHES
Le crédit d’impôt pour nouveau·elle diplômé·e travaillant dans une région ressource éloignée permet d’obtenir jusqu’à 8000 $ pour ceux qui sortent de l’école et qui choisissent de pratiquer leur métier dans une région.

VRAI. Je vous en reparle après nos premiers rapports d’impôts.

6 – DES MÉDECINS DE FAMILLE
C’est bien beau de trouver un bon emploi, mais encore faut-il qu’il y ait des avantages sur les services offerts.

VRAI. On est allés deux fois à l’urgence en une semaine… Une fois à Rivière-du-Loup et l’autre fois à Trois-Pistoles. Quatre heures d’attente à RDL et une heure à Trois-Pistoles… parce que la radiologiste était en pause-dîner. Sinon, on passait tout de suite. PS J’ai appelé aujourd’hui pour avoir un·e médecin de famille pour mon chum et moi, on m’a dit que ce serait fait… en moins d’une semaine !

7 – PAS DE TRAFIC ET DE CÔNES ORANGE
Pour certains, cet argument a beaucoup de poids. Les gens des régions ne connaissent pas ça, faire une heure de route pour aller travailler. Quand retourner à la maison prend plus de huit minutes, c’est une mauvaise journée sur la route.

VRAI. Sauf quand il y a une tempête, tu restes chez vous… en pyjama avec un chocolat chaud. Blague à part, nos taux de cortisol sont beaucoup moins élevés qu’à Montréal à cause de ça, mais je m’endors sur la route.
Je m’ennuie de conduire comme une cowgirl à éviter des nids de poule.

8 – DES FORMATIONS SANS LISTE D’ATTENTE
Si jamais votre nouveau travail ne vous plaît pas, sachez que des listes d’attente pour suivre des programmes de formation, c’est peu courant dans les régions. Inutile de retourner vers les grandes villes pour une nouvelle orientation de carrière.

VRAI. Souvent gratuites ou vraiment abordables en plus.

9 – ON MONTE EN GRADE PLUS VITE
Selon une agente de migration du Kamouraska, Julie-Christine. Hélas, il serait plus facile d’occuper des postes plus importants rapidement au sein d’une entreprise en région.

VRAI. Mais pas en se pilant dessus parce que tout se sait ici. Les gens travaillent fort et jouent fairplay autant dans les services publics qu’en entreprise.

10 – LA QUALITÉ DE VIE EN GÉNÉRAL
Moins de temps dans la circulation donc plus de temps pour ses activités, plus d’air frais et moins de stress, des cours extérieures plus grandes et plus de place pour jouer, un tissu social « tissé serré »… En voulez-vous d’autres ?

J’ai ajouté une quarantaine de raisons à cette liste, mais je vous partage ici mes préférées :

11 – LA CULTURE
Shows en plein air gratuits sur le bord du fleuve (Elisapie, Les Louanges) ou dans une cuisine chez Visages Régionaux ou dans les spots secrets du Rainbow. L’hiver, braver la tempête pour aller voir des spectacles intimistes à 15 $ dans une vieille forge. Sinon, un festival de cinéma incroyable vient juste de s’achever. Il manque juste un peu de théâtre pour me combler, mais on a quand même des soirées de slam chaque semaine au Café du Clocher.

12 – LA COMMUNAUTÉ COMME UNE FAMILLE ÉLARGIE
Après huit mois, on sent qu’on s’est vraiment créé un réseau précieux… Bien entendu, ce réseau ne remplace pas nos familles ou nos ami·e·s montréalais·es, mais ces nouveaux êtres humains s’ajoutent à nos vies comme des trésors. Nos voisin·e·s, nos ami·e·s de Cacouna, nos collègues, de nouveaux·elles arrivant·e·s comme nous… de tous les âges et de partout. On ne se sent plus seuls du tout. En plus, on a toujours de la visite pis on aime ça créer des liens entre nos ami·e·s d’ici et d’ailleurs. On n’a jamais le coeur trop plein de liens. Pis le fleuve nous rassemble.

13 – L’ÉDUCATION ET LA VIE DE FAMILLE
Les écoles sont merveilleuses ici avec de petits ratios et des programmes originaux. À l’école de Cacouna, par exemple, les enfants font du cirque tous les jours… et l’école secondaire publique de Rivière-du-Loup se classe dans les meilleures au Québec. On y véhicule des valeurs de santé, de respect de la nature, d’innovation et de créativité. Moi, je veux ça pour mes enfants. Pis en attendant d’en avoir, on a le temps et l’espace pour un chien de plus. On vient d’adopter une grosse boule d’amour à la SPA. Un chien qui trippe sur le fleuve autant que nous et qui est allé dans le bois pour la première fois hier. On a jamais le coeur trop plein que je disais…

14 – Les plus beaux couchers de soleil selon le National Geographic et selon moi aussi.

15 – Les marches infinies sur la grève.

16 – Mon chien qui se baigne dans le fleuve chaque jour de l’été.

17 – Les oiseaux qui me donnent envie de devenir ornithologue. Mention spéciale pour les petits pingouins de l’Île aux Lièvres.

18 – Les partys de cuisine au chaud l’hiver.

19 – Pour les trésors de la grève, qui se renouvellent chaque jour.

20 – Parce qu’on est à un traversier de Charlevoix pis pas si loin de la Côte-Nord.

21 – Pour apprendre de nouvelles choses, genre c’est quoi un puits artésien, combien ça coûte, comment ça marche pis… la valeur de l’eau. C’est une blague, ça, on s’en serait passé.

22 – Parce qu’on va dans des soupers communautaires géorgiens avec les meilleurs voisin·e·s en portant des chapeaux de poils.

23 – Pour les 5@7 sur le bord du fleuve avec nos meilleur·e·s chums. La bière de la Tête d’Allumette microbrasserie dans nos sacs à dos.

24 – Pour pouvoir planter mes skis de fond devant chez nous.

25 – Pour avoir plus de montagnes à grimper.

26 – Pour pêcher devant chez nous même si on n’a jamais pogné de poisson.

27 – Parce qu’on peut manger un homard frais pour célébrer les 10 ans de ma filleule au bord de la mer ; ma filleule que je vois moins souvent, mais tellement plus longtemps.

28 – Parce qu’on peut aller découvrir une microbrasserie en Gaspésie sur un coup de tête : Le Ketch.

29 – Parce qu’on peut décider de partir au Bic en pleine semaine et être là une heure plus tard, seul·e·s dans la beauté au coucher du soleil.

30 – Parce qu’on a l’espace et le temps pour nos mille projets fous. Et qu’on n’a jamais trop d’amour. Pis jamais trop de fleuve.

À propos Marie-Amélie Dubé

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