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De fil en aiguille : Le gars qui tricote

texte Priscilla Winling photo Karma Photo

 

Depuis environ quinze ans, dans les grands centres urbains, le tricot est devenu une activité publique qu’on fait dans le bus, le métro, dans la salle d’attente. Le tricot étant pratiqué par de jeunes femmes principalement, il est beaucoup plus rare de voir les hommes s’adonner à ce loisir. C’est pourtant ce que fait Guy Charbonneau, invité du Festival de la P’tite Laine. Un long parcours, tricoté maille après maille, vers l’estime et la connaissance de soi.

 

Priscilla Winling : Comment le site Le gars qui tricote est-il né ?

Guy Charbonneau : De vacances d’été en 2007 où il pleuvait et où je m’ennuyais. J’ai fait un site et ma première vidéo. Elle expliquait comment tricoter un talon de bas. Les gens m’ont tout de suite demandé de montrer comment faire le bas en entier ! J’ai passé des heures à apprendre comment filmer, faire le montage ; je n’y connaissais rien. Je publie des vidéos qui expliquent comment tricoter telle ou telle pièce, mais je parle aussi de la fibre, du filage de la laine, etc. Je voulais créer une communauté d’hommes qui tricotent. Mais 95 % des retours ou questions que je reçois viennent de femmes.

P.W. : Depuis quand tricotez-vous ?

G.C. : Toute ma vie, quasiment. J’ai commencé à 12 ans. J’ai eu une enfance très dure, marquante. En plus, je subissais de l’intimidation scolaire quotidiennement. J’étais très secret, je n’en parlais pas à la maison. Ma mère tricotait beaucoup. Un jour, je lui ai demandé de me montrer comment faire. Très vite, je me suis aperçu que j’étais bon. Je faisais des pièces de plus en plus compliquées et j’y arrivais. Ça m’a permis d’être fier de moi, de me rendre compte que je réussissais quelque chose. Plus tard, je me suis aussi mis à la musique, par quoi j’ai pu exprimer mes émotions. Le tricot et la musique m’ont donné un cadre et une structure. Ils ont construit l’adolescent que j’étais. Tout au long de ma vie, j’ai tricoté. Avec ma conjointe, qui fait davantage de couture. Avec mes deux garçons et ma fille. J’ai seulement laissé le tricot pendant une période difficile. Puis il y a une vingtaine d’années, j’ai recommencé. Je venais de récupérer un beau lot de pelotes de laine d’une vieille dame et je voulais en faire quelque chose. J’ai créé mon site, puis les vidéos ont suivi. J’enseigne aussi le tricot, car j’aime transmettre ce que j’ai appris. Je ne veux pas en faire une seconde carrière. Je le fais parce que je suis passionné.

 

P.W. : Tricotez-vous aussi en public ?

G.C. : Moins maintenant depuis que je suis à la retraite, soit depuis mars dernier ! Je m’y suis mis il y a cinq ans seulement, dans le bus que je prenais pour me rendre au travail. On m’y avait encouragé, mais j’avais très peur les premières fois. Peur du regard, du jugement des autres, de ce qu’ils allaient penser, peur de revivre l’intimidation comme à l’école. J’y suis allé au fur et à mesure, en tricotant de plus en plus longtemps dans le bus. Finalement, cela s’est toujours bien passé. Les gens étaient gentils, curieux, certains me posaient des questions. Cela m’a libéré du regard d’autrui, et j’ai accepté cette partie de moi. J’aime profondément le tricot, c’est qui je suis. Aujourd’hui, mon message se résume à : « Trouve ce que tu aimes, fais-le, sois toi-même, n’aie pas peur du jugement des autres. »

Guy Charbonneau donnera deux conférences au Festival de la P’tite Laine : une sur les trucs et astuces du tricot et l’autre sur son parcours de « gars qui tricote ».

 

 

 

 

 

À propos Marie-Amélie Dubé

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