De dramatique à horriblement drôle !

Texte | Layla Langlois

Le Festival « Vues dans la tête de Jeanne Leblanc » présentait cette année encore sa fameuse compétition des courts métrages, dont les nombreux scénaristes nous ont transportés dans des univers totalement différents. Voici mes six préférés.

Saint-Tite, d’Alexandre Perreault

Le fameux Festival western de Saint-Tite est représenté fidèlement dans ce film, qui nous propulse dans le décor réaliste de ce village. Dès les premières images, nous savons que les protagonistes sont en plein cœur d’un rodéo qui anime le village. La foule, les estrades, les chevaux et l’ambiance musicale ; tout y est ! Le jeu des personnages est également très convaincant. Nous retrouvons une famille soudée qui affronte les problèmes d’alcool du père (qui semble bien connu dans l’univers du rodéo) et la maladie de la grand-mère. Lors d’une scène remplie de fortes émotions, la grand-mère gronde son fils saoul qui ne se préoccupe pas assez de sa fille. La confrontation émouvante et le langage familier donnent du caractère et du réalisme à tout le film.

Cependant, Alexandre Perreault nous donne très peu d’informations concernant l’histoire et les personnages. L’action est lente avant de décoller et tout ce qu’on apprend à la toute fin, c’est que la grand-mère est probablement mourante. Il peut se révéler difficile de cerner le message que le réalisateur a tenté de faire passer.

Donc, sur le plan visuel et pour le jeu des acteurs, le court métrage est réussi. Le message aurait toutefois pu être plus clair.

Entre deux ombres, Mathieu Germain et Benjamin Dourdet

Vous aussi vous voyez ses ombres dans le noir ? Vous vous êtes surement déjà caché sous vos couvertures la nuit à cause de monstres qui terrifiaient votre subconscient ? Ce mystérieux homme au talent unique et à l’imagination débordante a réussi à créer des œuvres d’art à partir de ses peurs. Les ombres dans l’obscurité, les formes étranges qu’il aperçoit du coin de l’œil et ses peurs enfantines se transforment en sculpture. Dès les premiers plans, plusieurs images de ses statuettes énigmatiques apparaissent, attirant immédiatement l’attention. Le duo de réalisateur parvient à capter la personnalité de l’artiste en utilisant différents plans le montrant à divers endroits, comme dans un champ, dans sa maison ou encore assis sur le toit de sa maison (oui, vous avez bien lu !).

Toutefois, qui est cet homme ? C’est ce qui fait perdre énormément de points au film. Aucune mise en contexte ne mentionne le nom de l’artisan avant, ou même pendant l’entrevue. Ce n’est qu’au générique de la fin qu’on apprend l’identité de l’artiste : Olivier Blot. Est-ce que c’était un effet de style ? Pour ma part, cette partie manquait de finition.

Welcome Aboard, Miguel Lambert

Que dire sur l’audace et le courage des enfants à désobéir à l’autorité parentale ? Miguel Lambert réussit à recréer cette dynamique. Il raconte l’histoire de deux enfants qui tentent d’échapper à la garde d’un père. Une jeune fille, le bras dans le plâtre, doit rester chez elle, alors que son ami scout se casse la tête pour tenter de la libérer. Le réalisateur donne peu d’informations sur l’accident de l’adolescente, ni sur la raison pour laquelle elle veut sortir de chez elle en douce. Miguel Lambert nous laisse néanmoins quelques indices, mais insuffisants pour bien comprendre.

Le jeu des personnages n’est pas convaincant, leur dialogue étant mécanique. De longs plans statiques n’étaient pas toujours nécessaires, rendant le tout ennuyant. Cependant, la musique était judicieusement choisie, soutenant l’action des jeunes. De plus, le ton humoristique était judicieux.

Les aventuriers de l’Ouest, Paula Bourgie

Qui n’a pas connu le syndrome de la page blanche ? Que ce soit dans un cours de littérature ou bien dans l’écriture d’un roman, nous avons tous vécu ce drame. C’est ce dont souffre le personnage principal dans ce court-métrage de Paula Bourgie. Une jeune autrice en mal d’écriture cherche désespérément de l’inspiration. C’est à ce moment que débarque sa meilleure amie, Jo, en peine d’amour. Elle l’écoute se lamenter sur son sort, mais pas du tout par empathie : plutôt avec l’idée de lui voler son histoire.

Très humoristique, ce film est très bien joué par les deux comédiennes. Les plans d’images sont également originaux. Pendant que Jo raconte son histoire d’amour désastreuse, plusieurs scènes se succèdent, montrant toutes les activités auxquelles les filles se consacrent pour se désennuyer (pédicure, jeu d’échecs, tennis, etc.). La succession des images rend le monologue de Jo beaucoup plus exaltant pour le téléspectateur en lui ajoutant une petite touche comique. C’est sans compter la fin subtile qui fond sur la conversation des deux jeunes filles se réconciliant lors du générique. Bref, le film est très bien joué et le plan technique est superbe !

Boulettes, de Patrick Gauthier

Nous avons tous déjà eu affaire à un comptoir de dégustation dans une épicerie. Comment ne pas goûter les fameuses boulettes de Ginette sans la contrarier ? Au risque qu’elle se transforme en zombie ! Eh oui, cette comédie horrifique réalisée par Patrick Gauthier nous présente la face cachée des comptoirs à dégustation… Tout commence avec un jeune homme qui savoure les boulettes de Ginette. Cependant, le comportement bizarre de la vieille femme le trouble. L’homme n’ose pas refuser les deux plats de viande qu’elle lui offre. Discrètement, le personnage tente de se débarrasser de la viande sans que Ginette l’aperçoive. Malheureusement, elle se rend compte de son manège et se métamorphose en zombie !

L’humour est très présent dans le film auquel nous pouvons tous nous identifier. La tournure inattendue de la transformation de Ginette nous prend par surprise, relançant étrangement l’intrigue. Le rôle des protagonistes est joué à la perfection et la scène apocalyptique dans l’épicerie, un véritable carnage sanglant, est très bien réalisée. Le décor ravagé et les costumes ensanglantés sont dégoutants de réalisme, rendant le tout plus réaliste. Patrick Gauthier a poussé à l’extrême son scénario, ce qui fait son charme.

Scars, Alex Anna

Un court-métrage coup de poing sur la scarification, ou si vous voulez, l’automutilation. Un film sensible et touchant, dont les plans sont concentrés sur les sillons de la peau. Un paysage de peau scarifiée avec une touche d’animation est bien utilisé. La réalisatrice, Alex Anna, fait revivre les cicatrices, qui racontent chacune leur histoire.

Peu à peu, sensuellement, au fil des images, la silhouette d’une femme nue se concrétise sous forme d’animation. Le côté dessin animé nous emmène ailleurs, relançant l’intrigue, mais nous découvrons également les histoires derrière les scarifications. La voix de la femme en arrière-plan est douce et claire, ce qui permet de suivre son périple dans la dépression et la douleur pour finalement découvrir la femme en chair et en os. Un film à la fois unique et frappant, tissé minutieusement.

« J’ai eu mal, mais j’ai vaincu », conclut-elle.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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