Dans ma peau céleste

Texte_Élisabeth Beauséjour, étudiante
Image_Pexels, pixabay.com

Ma peau, tel un ciel d’orage, un soir chaud à la fin de l’été, est couverte de taches sombres et de bariolages, de nuages gris bleutés, mauves et noirs. Parce que parfois, la tempête s’installe tranquillement et débute avec des grondements sourds. Les coups de tonnerre pleuvent sur mon monde et mon ciel se terre sous une nuée de marques azurées. Mais l’orage ne dure pas, il s’éloigne et emporte avec lui les dernières traces des nuages aux nuances bleutées.

Des éclairs traversent ma peau, s’étendant et s’allongeant en zigzags inégaux. Mais les éclairs de mon ciel ne disparaissent pas instantanément comme la foudre sait si bien le faire normalement : un flash, spectaculaire pendant un bref instant, mais qui s’éteint aussi brusquement qu’il s’était embrasé. Non, mes éclairs, eux, sont arrêtés dans le temps ; minces lignes d’un blanc crémeux qui resteront à jamais imprimées sur mon ciel autrefois lisse et intouché.

Ma peau est un ciel étoilé mis en négatif. Les astres, subtils points ébènes qui parsèment mon corps pâle, forment des constellations abstraites, comme une carte du ciel nocturne qui guiderait les explorateur·trice·s perdu·e·s. Tout un univers s’étale sur moi, grandissant comme je grandis, vieillissant comme je vieillis.

C’est la voûte de mon petit monde, ma peau, la couche d’atmosphère qui l’entoure et le protège. Sans elle, ce petit monde qu’est mon corps ne pourrait exister, puisqu’il se retrouverait trop exposé et laissé à lui-même, sans armure ni bouclier. Mon ciel est donc un protecteur, mais ne reçoit pas toujours la gratitude ni la reconnaissance qu’on lui doit. On dit de lui qu’il est pollué, qu’il est troué et ne protège pas bien mon corps. On lui reproche d’être trop pâle, trop foncé, trop lisse ou pas assez. On l’accuse aussi de couvrir un monde trop vaste, trop riche et opulent.

Mais je m’en fous.

Je m’en fous parce que j’aime mon petit monde et j’aime l’atmosphère qui le contient. J’aime les constellations en négatif qui peuplent d’étoiles mon ciel nocturne. J’aime les éclairs permanents qui déchirent ma peau et j’aime aussi les nuages passagers qui voilent parfois mon ciel de nuances bleutées. Je les aime parce qu’ils me rappellent que les orages sont brefs malgré leur incroyable violence et les trombes d’eau qu’ils font déverser. Alors, j’aime aussi l’orage, puisqu’il me permet d’apprécier avec plus de passion ce qui viendra après. Il me rend reconnaissante pour le calme qui suit la tempête, le ciel clair.

Je n’aime pas ma peau malgré ses défauts mais plutôt pour toutes ses imperfections qui la rendent parfaite, qui témoignent de tout ce que j’ai vécu. Je suis bien sous mon ciel d’orage, mon ciel étoilé, ma voûte céleste difforme, vaste et imparfaite.

Je suis bien dans ma peau, parce que c’est la mienne, et qu’elle est belle.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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