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CTRL+C, CTRL+V

texte Sara Dumais April

J’ai nettement une relation amour-haine avec les médias sociaux. Ils me permettent de m’informer, de découvrir du contenu et de garder contact avec des gens qui sont loin de moi. Toutefois, je dois aussi dire qu’ils me laissent un petit goût amer qui est comparable à celui d’avoir une pile de vaisselle sale accumulée depuis cinq jours. J’utilise les médias sociaux dans mon quotidien, pour le travail, mais aussi dans ma vie personnelle. Ça a beaucoup de côtés positifs. Toutefois, plus je vieillis plus je réalise à quel point les médias sociaux m’exposent à une pression sociale. Je suis à l’âge, jusqu’à présent, où je vis le plus de changements. Les gens qui m’entourent terminent leurs études, commencent à travailler, s’achètent des maisons, se fiancent, ont des enfants. C’est beau. C’est tellement de bonheur qui se partage dans mon fil d’actualité.

C’est beau, mais c’est aussi un peu anxiogène. Je vois autour de moi des gens qui ne font que performer. Évidemment, plusieurs parmi eux.elles (et je m’inclus dans tous ces gens) vivent fort probablement des échecs. Sauf que. Il y a un « mais ». Et ce « mais »-là, c’est qu’on ne parle pas toujours, voire pratiquement jamais, de ces échecs-là. De ceux qui font que nos réussites sont savoureuses et qui nous font grandir en tant qu’humains. On glorifie tellement la réussite que c’en est presque étouffant. Je sais que les médias sociaux ne sont pas un endroit pour se plaindre, mais je trouve qu’il y a peu de démarches pour beaucoup de résultats. Nous sommes bombardés de perfectionnisme. Nos photos sont retouchées, trop bien cadrées en plus de toutes fitter. Il y a même des gens payés pour nous dire quelle sorte de céréales ou de bobettes acheter. Je sais, on choisit qui on follow et on peut se désabonner à n’importe quel moment. Mais ce désir de vouloir montrer sa réussite à tout prix, ce désir de correspondre à un idéal me fait un peu peur.

Je sais que je généralise. Je sais que plusieurs personnes ne se sentiront pas concernées par mon texte, mais je me dis que je ne dois pas être la seule personne à sentir cette pression de performer ou de tout avoir, là, maintenant. Au fond, réussir, c’est quoi ? Je pense qu’en tant que société, c’est important de se rappeler qu’on ne peut pas s’attendre à être uniforme. C’est beau les médias sociaux, mais ça ne doit pas non plus devenir un outil de comparaison. Ce n’est pas à coup de « j’aime » qu’on évalue si on va bien en tant qu’humain. Parce que même si une personne montre ses trois diplômes et sa nouvelle maison, c’est possible qu’elle soit malheureuse, épuisée ou anxieuse. Et personne de l’autre côté de l’écran ne pourra s’en douter.

Ça m’arrive souvent de me comparer, de me remettre en question, d’avoir l’impression de ne pas avancer, et c’est correct. On a tous des besoins et des ambitions différents et ce serait dommage de permettre aux médias sociaux d’homogénéiser nos expériences. Ma vie, comme celle des autres, ne sera jamais une ligne droite et je pense que d’en prendre conscience régulièrement, c’est nécessaire. J’ai évidemment mon bout de chemin à faire sur la pression que je me mets avec les réseaux sociaux, je crois que c’est aussi le travail de tout le monde de diversifier son contenu et, surtout, de se l’approprier !

Sur une note un peu moins amère, je vous invite à partager, vous aussi, votre vaisselle qui traîne depuis cinq jours. On pourra peut-être apprendre tranquillement à la laver ensemble !

À propos Marie-Amélie Dubé

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