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Crêpes et saucisses

texte Andréanne Martin

Jeudi matin, 8 h 10. Je suis assise dans la classe de 2e année primaire de mon amie qui enseigne dans une école francophone d’une ville de la Nouvelle-Écosse. Les élèves y entrent l’un.e après l’autre, tou.te.s énervé.e.s de constater qu’aujourd’hui sera une journée bien spéciale : il y a de la visite en classe !
« – Que tous ceux qui mangent à la cafétéria ce midi apportent leur 5 $ à madame Andréanne ! Andréanne, tu peux gérer ça et cocher le nom de tous ceux qui viennent te voir avec leurs sous ?
– Oui, pas de problème ! Et il y aura quoi au menu ce midi ?
– Aujourd’hui, c’est crêpes et saucisses.
– … ! ? »

Crêpes et saucisses ! Deux belles saucisses à déjeuner bien grasses et une petite crêpe, nappée d’un succulent coulis de sirop « de poteau », le tout servi avec un beau grand milkshake au chocolat en guise d’accompagnement. Une assiette digne des plus grands diners des années 60, ceux-là même avec les banquettes aux couleurs funky et le jukebox qui joue sa musique au gré des envies de ses clients. Je les revois encore, ces enfants si souriants, faisant la file devant moi pendant que je collecte leur 5 $ pour le populaire midi crêpes et saucisses. Leurs petits visages si naïfs, ne se doutant pas une seule seconde que dans moins de 15 minutes, ils allaient devoir cuisiner une salade de carottes et lentilles, me regardant me donner corps et âme devant eux, afin de leur expliquer l’importance d’une alimentation riche en fruits et légumes pour leur petit corps en pleine croissance.

Mon amie m’avait pourtant prévenue : la boîte à lunch de ses élèves contient régulièrement des aliments pauvres sur le plan nutritif. Bonbons, croustilles et aliments achetés en vitesse dans les chaînes de restauration rapide par des parents pressés par le temps le matin côtoient trop peu souvent des aliments frais et peu transformés. Je ne m’attendais pourtant pas à en voir si souvent au menu de la cafétéria. Les légumes s’y font rares. Même les poivrons et les champignons étaient absents de la garniture de la pizza servie le lendemain midi. En tout, les élèves de cette école n’ont qu’une vingtaine de minutes pour engloutir leur repas avant d’être précipités dehors pour digérer tout ça et de reprendre les cours en début d’après-midi. C’est ainsi que j’ai donc appris que ce ne sont pas toutes les provinces canadiennes qui appliquent une politique alimentaire en milieu scolaire. Et pourtant ! On sait depuis belle lurette qu’une carence en plusieurs éléments nutritifs contenus dans les fruits et légumes perturbe grandement la capacité d’apprentissage d’un enfant. La mémorisation, la résolution de problèmes et le traitement d’information demandent de l’énergie, le cerveau humain nécessitant près de 30 % de notre apport quotidien en calories pour bien fonctionner. Pour les enfants d’âges préscolaires, ce chiffre augmente à près de 50 % ! Il est donc primordial qu’enfants et adolescents aient accès quotidiennement à une alimentation de qualité et riche en nutriments.

Au Québec, les services de garde et les écoles de niveau primaire et secondaire sont soumis à une politique alimentaire depuis 2007. Malgré ce virage, force est de constater que la santé de nos jeunes ne va guère en s’améliorant. Les statistiques le démontrent bien : 30 % des jeunes Québécois sont actuellement en surpoids. Trois maladies chroniques ont connu une hausse importante chez les jeunes de 7 à 17 ans au cours des dernières années : l’asthme, le diabète et le cancer. Les enfants canadiens sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à recevoir un diagnostique de diabète de type 2, une maladie qui était jusqu’à tout récemment réservée aux adultes, puisque celle-ci s’installe normalement au bout de plusieurs années de mauvaises habitudes alimentaires (Source : Statistique Canada, 2004). Il y a de quoi s’inquiéter de l’avenir de ces enfants, sachant ce seront eux les adultes de demain ! Rien de bien rassurant pour l’avenir de nos institutions de soins de santé déjà en crise ! N’y aurait-il pas moyen de transmettre plus aisément l’importance d’un mode de vie sain à nos jeunes et d’en faire une priorité ? Sachant que les enfants apprennent beaucoup par mimétisme, en reproduisant inconsciemment les faits et gestes des adultes autour d’eux, il est d’une grande importance de les entourer de modèles inspirants afin de leur inculquer tôt les bienfaits d’une saine alimentation et d’une agriculture responsable. Ce n’est malheureusement pas toutes les écoles primaires et secondaires du Québec qui ont les moyens de le faire, en raison d’un manque de financement, d’infrastructures désuètes ou de ressources non qualifiées.

Heureusement, de belles initiatives, telles que Les Brigades Culinaires de l’organisme à but non lucratif La tablée des chefs, sont de plus en plus populaires en milieux scolaires. Ce programme permet aux jeunes adolescents d’acquérir certaines techniques culinaires de base bien utiles. Ces brigades sont présentement offertes dans 125 écoles secondaires du Québec à plus de 3000 jeunes sous forme d’activité parascolaire, et non dans le cadre de l’acquisition d’une compétence. Alors, à quand le développement d’un « cours d’économie familiale 2.0 » ?

À propos Marie-Amélie Dubé

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