Confluences : La collaboration comme moteur de création

Texte | David Ouellet
Photo | Jean-François Lajoie

Présentée au Musée du Bas-Saint-Laurent jusqu’au 10 janvier prochain, l’exposition Confluences : Laboratoire de création présente les oeuvres inédites de 10 artistes de la région, membres de VOIR À L’EST. Né du désir commun du collectif et du Musée de collaborer sur un projet qui ne constituerait pas seulement une exposition, mais bien une expérience de création à part entière, le projet s’est défini au fil des discussions, comme ce « laboratoire de création » mettant en lumière à la fois des oeuvres de la collection et des oeuvres nouvelles inspirées de celles-ci.

Oriane A.-Van Coppenolle, conservatrice et co-commissaire de l’exposition, explique que la citation est fort courante en art contemporain : « La pratique de la citation prend plusieurs formes, parfois plus directes et à d’autres moments plus détournées. C’est un exercice qui dynamise et revitalise la pratique des arts en portant un nouveau regard sur l’histoire de l’art tout en permettant un tremplin dans la production de l’artiste. » Ce contexte de création singulier donnait l’occasion aux artistes sélectionné·e·s de VOIR À L’EST de réfléchir à leur pratique à la lumière de celle d’un·e autre. Le titre de l’exposition, Confluences, illustre d’ailleurs bien cette idée de rencontre entre deux pratiques. Pour Jocelyne Gaudreau, artiste membre de VOIR À L’EST et cocommissaire de l’exposition, la volonté d’apporter aux artistes un contexte stimulant d’échange et de questionnement était au coeur de l’élaboration de cette exposition collective : « Par définition, un laboratoire fournit un cadre de recherche. Il était constitué ici de rencontres entre les artistes et les commissaires avant et pendant la création. »

« (…) CONFLUENCES REPRÉSENTE UNE OCCASION PRIVILÉGIÉE DE RAPPROCHEMENT ENTRE LES ARTISTES ET LA MUSÉOLOGIE (…) »

Au fil des deux rencontres, les commissaires ont soumis aux artistes une présélection d’oeuvres de la collection. À partir de corpus, les artistes ont fait un choix de trois oeuvres par ordre de préférence parmi lesquelles les commissaires ont effectué la sélection finale dans l’optique de privilégier autant que possible les premiers choix des artistes tout en assurant la parité des genres et une variété d’approches. Une fois le jumelage entre ces oeuvres et les artistes de VOIR À L’EST effectué, la deuxième rencontre s’est axée autour de discussions sur leur choix et la manière dont il·elle·s comptaient mettre la citation en oeuvre. « Nous comptions sur l’énonciation des intentions de travail devant le groupe et sur les réactions du groupe pour enrichir leur processus d’idéation, un peu à la manière d’un brainstorming », explique Mme Gaudreau. Les artistes ont ensuite pu « rencontrer » les oeuvres choisies et ainsi entrer en rapport direct avec elles.

Si ces rencontres ont pu se tenir comme prévu selon l’échéancier initial, l’arrivée de la pandémie au Québec a passablement bousculé la suite du projet. « L’impact du confinement n’a pas été le même sur tou·te·s les artistes. Pour certain·e·s, la création a suivi son cours sans trop d’écueils ; pour d’autres, la difficulté d’approvisionnement en matériel d’art a durement ralenti le processus de réflexion et de création, et finalement, certain·e·s ont été plus touché·e·s par le stress engendré par la pandémie », exprime Mme A.-Van Coppenolle. « Les visites d’atelier virtuelles nous ont permis de prendre le pouls des artistes et de leur création. Il·elle·s ont d’ailleurs fait preuve d’ouverture d’esprit et de générosité dans le cadre de ces échanges et en nous donnant ainsi accès à leur processus de création. »

Pour le Musée, le défi a été principalement de composer avec l’incertitude d’une réouverture éventuelle. Lorsque la réouverture des musées du Québec a été autorisée, il ne restait qu’un mois avant le début de l’exposition. « En mettant les bouchées doubles, nous sommes parvenu·e·s à présenter l’exposition à temps, et le défi a été relevé avec brio par les artistes », mentionne Mme A.-Van Coppenolle.

Cette expérience de création collaborative, la deuxième du genre après l’exposition Traverser le temps de 2009 (également en collaboration avec le collectif VOIR À L’EST), s’est avérée une expérience fabuleuse et fort appréciée pour tou·te·s les participant·e·s. Confluences représente une occasion privilégiée de rapprochement entre les artistes et la muséologie, permet de mettre en valeur le talent exceptionnel des artistes d’ici, et offre un rayonnement significatif à la collection du Musée. L’exposition a été déclinée en forme numérique sur le site internet du Musée, où des capsules vidéo avec les artistes participant·e·s sont également disponibles.

À propos de Marie-Amélie Dubé

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