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Café l’Innocent : Chapitre 2, La reprise de l’auberge espagnole

texte Marie-Amélie Dubé photo Catherine Roy

 

Au 18e siècle, on trouvait des refuges dans la péninsule ibérique, plus précisément sur le parcours de Saint-Jacques de Compostelle, où convergeaient des voyageurs de partout en Europe. On appelait ces lieux les auberges espagnoles. Cédric Klapisch, réalisateur, scénariste et producteur français, en a d’ailleurs fait un délicieux film éponyme : L’auberge espagnole, qui présentait parfaitement l’énergie singulière d’une colocation d’échange étudiant du programme Erasmus. Une auberge espagnole, c’est l’esprit fraternel, communautaire et collectif, la camaraderie, la désinvolture, les découvertes, les expériences, une recette parfaite pour l’épanouissement humain.

 

À Rivière-du-Loup, au creux de la Laf, au 460, se trouve une auberge espagnole. Un lieu rempli d’histoires attachantes et d’humains générateurs de projets. Une véritable communauté créative, tissée autour d’une cuisine d’où sortent les meilleures crêpes au jambon effiloché, le meilleur riz au tofu, la meilleure poutine végane et le meilleur gros « déj » de la planète ! C’est, bien évidemment, le Café L’innocent ! Après dix ans à accueillir en haut du café près d’une soixantaine de colocs différents (des noms sont écrits sur les cadres de porte de chaque chambre) qui ont tous travaillé de près ou de loin au café, participé à des vidéos, séances photos, expositions, DJ set, soirées de poésie ou de tatou, spectacles, vernissages ou séances de peinture en plein air sur la terrasse arrière, après dix ans à avoir cuit et servi un nombre astronomique de crêpes au jambon, Martin Couture, verbomoteur à la couette qui tourne, père spirituel de plusieurs jeunes en quête de sens, être progressiste, novateur et véritable chef d’orchestre de l’esprit d’ouverture qui règne au Café l’Innocent, est parti, a vendu, pioup, direction Sénégal ! Alors voilà ! Le 22 juin dernier, quatre de ses employés ont signé le rachat de l’entreprise qu’ils ont transformée en coopérative ; la Coop d’Innocents travailleurs. De collègues de travail à amis, de plongeur à cuisinier, d’hôtesse à serveuse, de serveuse à gérante, de coloc à voisine des colocs, les voilà maintenant copropriétaires ET cuisiniers, cuisinières, serveuses et gérante. Car, bien entendu, chacun conserve son poste dans l’entreprise. À quatre, ils cumulent 21 ans d’expérience au café ! Leur attachement au lieu, aux clients, à l’ambiance, aux anciens colocs du haut qui repassent et reviennent parfois à Rivière-du-Loup pour une durée indéterminée, est inconditionnel. « Moi, je le savais que ça allait finir de même, pis on était tous rendus là, ça avait bien du sens. Perso, je ne savais pas quoi faire de ma vie à part être ici [rires]. L’école, c’était pas mon truc vraiment. Tu sais, on avait déjà des responsabilités avant parce que Martin avait déjà délégué pas mal toutes les tâches parmi les employés. Je suis fière de servir nos produits locaux, d’accueillir les clients. Certains sont devenus assez proches qu’ils nous racontent leurs histoires. On est attachés à eux et eux à nous. Je vois des gens venir manger la même chose toutes les semaines depuis 6 ans. », raconte Andréanne Sergerie, gérante au service depuis quelques années. C’est la plus jeune, elle a 22 ans, et elle y travaille depuis ses 17 ans. L’Innocent, c’est SON resto et elle en prend soin.

« En fait, les gens se sentent chez eux ici ! »

Stéphanie Dion Gaudreault est arrivée au Café l’Innocent par hasard il y a trois ans, en même temps que Gohar, une des employées au service. Elle n’avait pas l’habitude de manger dans les restaurants, mais, un jour, sa route l’a menée ici avec Jimmy, son copain. Martin, comme il avait l’habitude d’aller rencontrer tous ses clients pour jaser, était allé les voir et les avait informés qu’il cherchait des employés au service. « Je n’avais jamais travaillé en restauration, j’étais issue d’un milieu plus traditionnel, anciennement conseillère financière chez Desjardins. Je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai eu le goût de venir travailler ici. ». Depuis ce temps, Stéphanie fait le délicieux gâteau au « fauxmage » à la croûte d’amandes et de dattes. Elle garde l’oeil sur les chiffres et souhaite poursuivre sa passion pour la bouffe maison santé avec sa mini-entreprise GouTssa. Ses confitures, granolas et autres produits pourront être dégustés à l’Innocent. « La gestion des problèmes à quatre, c’est tellement plus facile que si on était tout seul ! », rapporte Karianne Bastille, celle qui fait autant du service que de la cuisine depuis 6 ans. C’est la petite tornade du groupe. Celle à l’énergie forte, frondeuse et engagée. Si elle a une idée dans la tête, que je ne vois personne lui faire face ! « On se connaît tous, on connaît toutes nos forces et nos faiblesses pis on se respecte là-dedans. Moi, quand j’suis dans le jus, j’ai l’air bête [rires], mais ils le savent tous que c’est pas parce que je les aime pas ! » Avec le temps, ils ont pu développer cette vision commune transmise par Martin et ses projets. « Notre vision, nos valeurs sont les mêmes. La promotion de la culture, de l’achat local. C’est l’humain avant tout, la diversité, la qualité des produits et la relation, le contact avec les clients, c’est ça, l’Innocent ! », explique Karianne. « En fait, les gens se sentent chez eux ici ! Ils sont plus spontanés, ils sont à l’aise ! C’est comme si on les invitait chez nous, c’est familial. On a des messieurs qui arrivent ici et aiment le fait que, s’ils délaissent leur cravate, personne ne va dire un mot là-dessus. Ici, on accepte les gens comme ils sont ! ». Ça, c’est Waël, ou Wawa pour les intimes, LE CHEF ! Alors qu’il était étudiant au Cégep de Rivière-du-Loup, il a été invité à un potluck chez les colocs, en haut, et il a demandé à Martin s’il pouvait utiliser sa cuisine pour préparer son mets. Que pensez-vous qu’il a fait ? Son couscous ! Le couscous royal qui a rendu tant de bedons satisfaits au Café l’Innocent lors de froides soirées d’automne et d’hiver. Il n’a jamais apporté son CV et est maintenant chef copropriétaire.

Des projets pour l’avenir, ils en ont, bien entendu. Mais ils entendent d’abord digérer leur premier été qui a été fort occupé étant donné la récente reprise du resto et la saison touristique. Des événements, des menus midi, des soirées thématiques, une nouvelle ambiance à la Suite logique, juste à côté, font partie des points à l’ordre du jour des prochaines réunions de la coop. À suivre, dans une auberge espagnole près de chez vous !

PS : Si vous trouvez quelque chose qui ne fonctionne pas ou qui est brisé à l’Innocent, c’est la faute à Martin !

À propos Marie-Amélie Dubé

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Un commentaire

  1. Wow, c’est tellement cool cette article, merci.

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