Brise-Glace avec Éric Gagné

Texte | Marie-Amélie Dubé

La dernière fois qu’on s’est vu·e·s, je crois que le projet de ton nouvel album était déjà en marche, n’est-ce pas ?

Oui, il y a un an ou deux. C’est la première fois que j’ai pris autant de temps pour un album, évidemment à cause des conditions actuelles, mais c’est aussi ce qui nous a emmené·e·s vers autre chose. Vu qu’on a eu plus de temps, on a changé des trucs, on en a retravaillé et découvert d’autres, on a rajouté des tracks de musique qu’on n’aurait autrement pas mises, etc. Sur le coup, la longueur de temps m’a fâché, mais après coup, je suis très fier. Je trouve qu’on a mis le doigt dessus. On essaie toujours de faire de nouvelles choses, de ne pas stagner. Par exemple, l’album s’appelle Brise-glace et la chanson « Brise-glace » est instrumentale, en plus d’être la dernière de l’album. Chaque chanson est presque son propre petit univers, et l’album est varié. On est allé·e·s vers ce que les tounes nous amenaient au lieu de les forcer toutes dans la même direction.

Est-ce que tu penses pour qui ou pourquoi tu fais ta musique ? Le côté instrumental avec « Brise-glace » touche-t-il un côté plus cinématographique ?

Tu n’es pas la première qui me dit ça. J’ai plusieurs feedbacks de gens qui me disent que telle toune leur fait penser à telle affaire. Peut-être que oui, il y a un côté cinéma. Mais sinon, à savoir si je fais mes tounes pour tel public ou telle raison, je réponds que j’aime faire des clins d’oeil, des références dans mes tounes. Comme « Brise-glace », il y a plein de clins d’oeil que des gens comprennent. Ou « En équipe », qui est une référence au décès d’un bon chum avec qui je jouais au hockey. Ça te sort de toi-même, mais c’est ce qui rend ça authentique.

Peux-tu nous parler un peu de la pochette de Brise-glace ?

Je trouve ça génial que plusieurs personnes l’interprètent de plein de façons. L’artiste est en fait un chum avec qui je joue au hockey. Mais je n’avais jamais su qu’il peignait ! Il ne le dit pas. C’est le genre de personne qui a une vie plus privée, qui ne montre pas ce qu’il fait. C’est dans la cinquantaine qu’il a fait un genre de coming out et nous a surpris
en faisant une exposition. On n’avait aucune idée qu’il était artiste ! J’ai adoré quand j’ai vu ses tableaux. Il donne une espèce de couche 3D ou de relief à sa peinture ; c’est vraiment hot. J’avais déjà le titre de l’album en tête, parce que je voulais que ça me représente un peu. Le brise-glace, ce n’est pas le plus fort ou le plus gros des bateaux, mais il a une direction et une vitesse en tête et il fonce. Alors j’ai lancé ça à mon chum. Moi, les gens avec qui je travaille, que ce soit le réalisateur, l’artiste de la pochette, le preneur de son, etc., je les laisse aller. Alors je lui ai dit « brise-glace » et qu’on se reverrait quand il aurait quelque chose. Dès que j’ai vu ce qu’il m’a présenté, j’ai capoté ! C’est ça que j’aime des artistes ; faut les laisser « artisser » ! [Rires.]

C’est vraiment un travail d’équipe, comme tu dis. Tu laisses aller tes collaborateur·trice·s, et même si c’est Gagné sur la pochette, ça reste vraiment quelque chose de groupe.

Absolument. C’est la meilleure idée qui l’emporte et elle ne vient pas nécessairement de moi. Le talent que j’ai dans la vie, c’est de partir des projets. Mais pour moi, tout le monde est meilleur que moi. Alors, je pars une idée, et tout le monde y met du sien. C’est sûr que, quand je pèse sur « Play » et j’écoute, faut que je me reconnaisse, que ça reste moi. Mais on réussit à le faire d’une belle façon. Il y a de moins en moins de ça, avoir du lousse. Tout est supervisé astheure, et pris dans une boîte. Alors, j’aime ça dire à mes musicien·ne·s : « Show me what you got ! »

Avec la situation pandémique depuis deux ans, réussis-tu quand même à passer à la radio, à avoir un bon feedback ?

Tu sais, je suis le capitaine du club des optimistes, mais même moi, j’ai trouvé ça dur. Je gagne mon sens en show. C’est là que je prends tout mon sens. Pour moi, c’est aussi la meilleure promo ; c’est là que tu peux rencontrer des gens et avoir une entrevue dans le journal local, vendre des albums, etc. Brise-glace est sorti le 22 octobre. J’ai fait un beau lancement à Montréal, et on était sold out avec supplémentaire. Je prévoyais aller faire un tour ici et là, on pensait que tout était reparti, mais là… C’est ça, c’est une réalité. Mais bon, on ne peut pas pleurer là-dessus. Toutefois, ça m’enlève un beau plaisir de la vie, ainsi que la plus belle promo que je peux avoir.

Tu en as fait des shows virtuels. Veux-tu continuer à en faire ?

Non. Moi, c’est fini. Je l’ai fait une fois ou deux, et c’est vraiment dur. C’était un show de 45 minutes, mais quand c’était terminé, ça me prenait 48 heures à m’en remettre. Ça me tire du jus. En virtuel, tu n’as pas de feedback immédiat, tu ne sais pas si c’est bon, si les gens ont aimé, si tu étais assez dedans, etc. Alors, tu peux seulement te motiver avec ce que tu penses que les gens peuvent penser. Et même regarder des shows virtuels d’artistes que j’adore, ça ne m’intéresse plus. Ça me draine. J’espère vraiment que le show du 22 janvier va se passer. On a travaillé vraiment fort dessus. C’est tellement différent de faire ça en live plutôt qu’en studio; c’est deux mondes.

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